juin 29, 2022

Angel Heart

De : Alan Parker

Avec Mickey Rourke, Robert De Niro, Lisa Bonet, Charlotte Rampling

Année : 1987

Pays : Etats-Unis, Canada, Angleterre

Genre : Fantastique, Thriller

Résumé :

New York, 1955. Le détective privé Harry Angel est engagé par un certain Louis Cyphre pour retrouver la trace de Johnny Favorite, un ancien crooner qu’il avait contribué à lancer. Devenu invalide pendant la guerre, ce dernier croupirait dans une clinique psychiatrique de la région, mais M. Cyphre soupçonne l’établissement de couvrir sa mort. Harry Angel apprend bientôt que Favorite a été enlevé par deux personnes originaires du Sud des États-Unis, moyennant finance. L’enquête va s’avérer plus dangereuse que prévue, semant la mort sur son passage. Elle conduira également le détective sur les terres mystiques de La Nouvelle-Orléans…

Avis :

Si certains artistes aiment se cantonner à un genre ou un style de prédilection, d’autres étendent leur talent dans bien des domaines ; parfois aux antipodes. Chaque nouvelle œuvre est l’occasion de surprendre, de prendre à contre-pieds les attentes du public. En ce sens, la carrière d’Alan Parker est d’autant plus intéressante à appréhender que ses projets cinématographiques se suivent et ne se ressemblent pas. Preuve en est avec Midnight Express, Pink Floyd : The Wall ou Angel Heart. Le présent métrage n’est autre qu’une adaptation libre du roman Falling Angel de William Hjortsberg. L’occasion de plonger dans le New York des années 1950 sur fond de mysticisme et de rites vaudou…

Angel Heart s’avance d’emblée comme un hommage référentiel aux polars et films noirs de la période susnommée. Cela tient tout d’abord au personnage principal de détective privé, un rien misanthrope, bourru et totalement investi dans ses affaires. Il n’est pas sans rappeler J.J. Gittes (Jack Nicholson) dans Chinatown ou Stanley White dans L’Année du dragon, également interprété par Mickey Rourke. La fumée de cigarette stagnante dans un bureau délabré et quelques verres de whisky plus tard, on retrouve cette atmosphère typique, presque surannée et, depuis, souvent reprise sous forme de clichés ou de parodies. Pourtant, le propos ne prête guère à sourire. Il n’est nulle question de second degré ou d’opportunisme pour ressusciter l’âge d’or du genre.

Alan Parker insuffle une ambiance lourde, rude et nihiliste à de nombreux égards. Cela vaut pour ses plans à la géométrie travaillée, à ces jeux de clair-obscur subtils pour exprimer le parcours tortueux d’Harry Angel dans un univers qu’il méconnaît. Celui de la religion vaudou, de ses rites et, plus généralement, de l’occultisme. Ses investigations le mènent dans les bas-fonds new-yorkais, puis en Louisiane, à la rencontre de personnages tout aussi torturés que lui. Au fil des conversations et des interrogatoires, on distingue des allusions plus ou moins sibyllines censées amener à une nouvelle compréhension de l’affaire. L’approche est nuancée dans le sens où son périple le plonge inéluctablement vers ses propres tourments.

En soi, cette enquête traduit autant la perdition de son humanité qu’une quête identitaire. Contrairement à d’autres productions plus frontales et non moins remarquables, comme Hellraiser, la transition entre la réalité et le paranormal se veut plus subtile, insidieuse. S’il n’y avait quelques occurrences de dernière minute, on pourrait même appréhender l’histoire comme un thriller psychologique. D’ailleurs, on distingue de nombreux éléments qui tendent vers ce traitement. Cela tient, entre autres, à la caractérisation tourmentée, à ces scènes de crime d’une rare violence. À quelques exceptions prêtes, celles-ci privilégient pourtant l’aspect suggestif.

Une simple évocation est alors bien plus percutante qu’une vision explicite, presque voyeuriste, des assassinats, même si ceux-ci font l’objet d’une symbolique toute particulière. Sur ce point, comme sur l’interprétation littérale des évènements, l’intrigue s’échelonne sur différents niveaux. On apprécie cette méticulosité à construire l’histoire de telle manière à offrir une double lecture. Celle qui considère la réalité comme une notion inaltérable et celle où l’on entraperçoit le reflet, à la fois difforme et malléable, d’un point de vue bien plus subjectif qu’escompté. Dans cette optique, le processus de manipulation est maîtrisé et bien amené pour flouer le spectateur lors d’un premier visionnage.

Au final, Angel Heart s’avance comme une singularité dans la filmographie d’Alan Parker. À mi-chemin entre le polar et le fantastique, son métrage se distingue par une atmosphère digne des meilleurs films noirs des années 1950. Soutenue par une tonalité paranormale qui renvoie à quelques allusions faustiennes, l’histoire se veut moins linéaire qu’attendu, ne serait-ce qu’à travers cette progression tortueuse et délétère. Les investigations initiales anesthésient la vigilance du spectateur avant d’évoquer des considérations qui gagnent en complexité. Il en ressort un film sombre, intrigant et de belles factures quant à sa mise en scène, sa bande-son et sa photographie.

Note : 16/20

Par Dante

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