mars 3, 2024

Skins

Titre Original : Pieles

De : Eduardo Casanova

Avec Ana Polvorosa, Candela Pena, Carmen Machi, macarena Gomez

Année : 2020

Pays : Espagne

Genre : Drame

Résumé :

Un drame social à l’humour noir où des personnages défigurés doivent trouver le moyen de vivre dans une société qui fuit leurs différences.

Avis :

Tout d’abord acteur pour la série Aida, Eduardo Casanova va se diriger vers la réalisation au milieu des années 2010. Son premier film sera donc Pieles, rebaptisé dans nos contrées Skins, car l’anglais, c’est plus vendeur que l’espagnol. Bref… On pourrait croire que le réalisateur s’est jeté à corps perdu dans l’horreur, avec une affiche très étrange et un pitch qui ne l’est pas moins. Pourtant, Skins est un film inclassable, qui possède des éléments dramatiques dans son scénario, mais qui contient aussi des passages comiques, voire parfois ubuesques. Ovni total et complet, c’est quatre ans après sa production que l’on retrouve le long métrage sur Netflix, un choix audacieux, voire même étrange, pour la plateforme. Doté d’une durée très courte (à peine 1h15), le film comporte des moments très durs, comme des passages bien crades et gênants. Retour sur un objet culturel atypique et déroutant.

Il n’y a pas vraiment de scénario précis dans Skins. Ici, on va suivre des personnes qui ont un handicap physique et qui aimeraient bien vivre comme tout le monde. Mais c’est très compliqué pour cette femme qui n’a pas d’yeux. Ou encore pour cette jeune fille qui a un anus à la place de la bouche. Et que dire de ce grand brûlé qui fait l’amour à une femme défigurée. Et comment trouver l’amour lorsque l’on est obèse, ou encore faire un bébé lorsque l’on est de petite taille et célibataire. Skins pose des questions autour de ces personnages qui vont se graviter autour. Ainsi, on aura droit à des thématiques importantes et justes, mais parfois, Eduardo Casanova va bien trop loin dans le graveleux et l’expérimentation. Ce qui fait du film un objet insolite, intéressant, mais parfois aussi à côté de la plaque.

Tout commence avec un homme qui vient dans une sorte de maison close alors que sa femme a accouché. Accueilli par une vieille tenancière à poil, il jette son dévolu sur une jeune fille qui n’a pas d’yeux, et à qui il offre des diamants pour poser à la place. Dix-sept ans plus tard, on retrouve cette jeune fille devenue femme, qui se prostitue pour qui aime les expériences atypiques. Très rapidement, on se rend compte que le film sera quelque chose de très étrange, voire parfois gênant, non pas à cause du handicap de ces personnes, mais à cause du comportement des gens autour. Il y a une volonté très forte de vouloir vivre comme tout le monde, mais certains protagonistes vont vite se rendre compte que c’est impossible, à l’image de cette jeune fille qui a un anus à la place de la bouche.

Se prenant en main, cette fille va alors commander un repas dans un restaurant, subissant les rires moqueurs de la tenancière, puis elle va se faire agresser dans la rue, à cause de sa différence. Le segment de ce personnage, malgré de grosses maladresses sur certaines séquences, est très intéressant et ce sera peut-être le plus touchant. En effet, cette fille veut tout simplement vivre comme tout le monde, et c’est impossible. Son père se voile la face en lui offrant comme cadeau d’anniversaire un masque de licorne pour cacher sa monstruosité. Cela enfonce le clou d’un personnage à la dérive qui s’approche de plus en plus du suicide. Et c’est aussi ave ce personnage que l’on ressent vraiment la méchanceté de notre société, qui n’accepte pas la différence, et la fait plus souffrir qu’autre chose.  

Par la suite, d’autres segments vont venir se greffer et des personnages vont graviter autour de plusieurs personnages. On aura donc droit à cette femme atteinte de nanisme, et qui est exploitée par une société de média pour jouer un petit ourson. Sa vie importe peu pour les « normaux » qui utilise son image pour gagner de l’argent. Elle montre alors toute la douleur de la solitude et sa volonté d’être une maman avec une fécondation in vitro. On voit là aussi tout le symbole de la toxicité masculine, mais aussi de ce profit qui se moque bien des personnes en situation de handicap. Parmi tous ces segments, un seul est un peu en deçà des autres, c’est celui du couple où les deux ont des visages abimés. Les deux ont des volontés différentes dans la vie, mais tout cela reste presque trop sage par rapport au reste.

Lui veut se reconstruire une nouvelle vie en faisant une reconstruction faciale. Elle veut vivre avec sa difformité et que tout le monde l’accepte telle qu’elle est. Une façon de démontrer que malgré nos blessures et nos différences, malgré le fait de ressembler à un « monstre » pour la société, on a aussi les mêmes problèmes que certains. Bref, tout ce petit monde possède des thèmes très importants (et on n’oublie pas ce garçon qui n’accepte pas ses jambes et veut devenir une sirène), allant du trouble à cause de parents absents ou tyranniques à des handicaps lourds et parfois sordides. Eduardo Casanova a des choses à dire et il le fait d’une manière très atypique, entre gravité et humour scato. Car oui, on aura droit à du caca et du pet à toutes les sauces.

Et c’est là les limites du film. Rien ne nous est vraiment épargnés, jusqu’à nous dégoûter sur certaines séquences, comme un lavement forcé ou une scène finale qui lorgne vers le putassier. Le film avait-il vraiment besoin de ça ? Pas vraiment. Les thèmes se suffisaient à eux-mêmes et surtout, la mise en scène étonnante pouvait déjà nous surprendre dans le bon sens du terme. Là, on reste sur des séquences qui font rire (la jeune fille qui éteint les bougies de son anniversaire en pétant), alors que le but premier est de faire réfléchir sur la situation de ces personnes dans notre société. Et le regard que l’on porte sur elles. Parfois sur un handicap pas forcément hallucinant, mais simplement sur l’obésité d’une femme. Bref, l’équilibre est parfois rompu, ce qui baisse la force de certains passages. Mettre mal à l’aise, oui, faire rire avec du scato, non.

Au final, Skins est vraiment un film totalement à part dans le catalogue Netflix. Véritable ovni dans ce qu’il raconte et dans la façon de le raconter, Skins est un film qui ose et qui ne se freine jamais. Au risque parfois d’aller trop loin. Les ruptures de ton en font parfois un film ingrat et grossiers, qui lorgne vers le putassier pour tenter de mieux percuter. Manque de bol, c’est tout le contraire qui se passe. Fort heureusement, on reste surtout sur les messages malins que le film véhicule et l’aspect sale gosse qui hante tout le métrage, de sa première à sa dernière image, dégueulasse.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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