mai 25, 2022

Moon Knight – Comment Éviter d’en Faire un Batman Blanc

D’Après une Idée de : Jeremy Slater

Avec Oscar Isaac, Ethan Hawke, May Calamawy, Ann Akinjirin

Pays : Etats-Unis

Nombre d’Episodes : 6

Genre : Super-Héros

Résumé :

Employé discret dans une boutique de souvenirs, Steven Grant est soudain victime de pertes de mémoire et est hanté par des visions d’une autre vie. Il découvre qu’il souffre d’un trouble dissociatif de l’identité et qu’il partage le même corps qu’un mercenaire, Marc Spector. Alors que l’étau se resserre sur Steven / Marc, les deux hommes, plongés dans une aventure périlleuse parmi les puissants dieux d’Égypte, vont devoir trouver leur équilibre dans cette double identité.

Avis :

Alors que la Phase 4 de chez Marvel continue son petit bonhomme de chemin dans les salles de cinéma (Doctor Strange in the Multiverse of Madness), elle est aussi fortement présente sur la plateforme Disney+. D’ailleurs, c’est sur celle-ci qu’elle entama cette nouvelle ère, avec notamment la longue et fastidieuse série Falcon et le Soldat de l’Hiver. Souhaitant pleinement mélanger les médiums, Marvel se fait un petit plaisir d’envahir les salles obscures et les écrans de télé. Et si les cinémas laissent place aux super-héros les plus connus, Disney+ sera l’occasion de raconter des histoires en parallèle, ou de présenter de nouveaux héros, comme par exemple Moon Knight. Plutôt méconnu du grand public (ce qui veut dire ceux qui ne lisent pas forcément de comics), cette nouvelle série aurait pu être intéressante, si elle était restée fidèle à l’histoire de base.

Pour les non-initiés, Moon Knight est un super-héros qui apparait pour la première fois au milieu des années 70. Il s’agit d’un mercenaire du nom de Marc Spector, ultra entrainé, qui va devenir un justicier la nuit pour combattre le crime. Afin de garder son identité secrète, il devient Steven Knight le jour, un financier qui fait fortune. Bien évidemment, on voit de suite la ressemblance avec le chevalier noir de Bob Kane. Cependant, au fil des histoires, Moon Knight va évoluer, et il va faire la connaissance de Khonsou, un Dieu égyptien, qui va lui faire don d’une armure et de pouvoirs décuplés les soirs de pleine lune. C’est à partir de là que son histoire d’éloigne volontairement du schéma de Batman. Avec la série, les scénaristes sont partis sur autre chose, qui avait tous les arguments pour être intéressant, la double personnalité.

Dès le premier épisode, on va faire la connaissance de Steven, un employé du musée d’égyptologie à Londres qui dort attaché à un lit, entouré de sable. Plutôt excentrique, il va se retrouver, sans trop le comprendre, dans un pays village de Suisse, avec d’être poursuivi par des mercenaires et un type qui voue un culte à Hammit, déesse égyptienne. On va vite se rendre compte que le personnage souffre d’une double-personnalité, et qu’il se parle à travers des miroirs, ou tout du moins des reflets. Et si Steven est plutôt craintif, Marc est un vrai mercenaire, qui n’hésite pas à tuer pour s’en sortir, ou arriver à ses fins. Bref, on va rapidement voir que le thème principal de la série est de nous présenter un héros avec des failles, qui se bat pour se trouver lui-même.

Le problème, c’est que ce dédoublement de personnalité est assez inconstant, et il permet juste de changer certaines tonalités. Car lorsque Steven apparait alors en plein combat, il est incapable de se battre. La dualité va alors prendre des allures de règlement de compte pour récupérer un corps qui n’appartient finalement à personne. Cela met alors la série sur un pied fragile, n’arrivant pas souvent à trouver un juste équilibre entre drame et humour. Les affrontements s’amenuisent comme peau de chagrin, et on arrivera fatalement à un affrontement pour trouver la juste balance entre les deux personnalités. La série suit des rails, et essaye simplement de nous perdre en jouant sur notre perception. Comme pour Legion, on va se retrouver dans la tête du héros plusieurs fois.

Le quatrième épisode va s’amuser à déconstruire tout ce que l’on a vu auparavant. Voulant jouer au plus malin avec le spectateur, Moon Knight brouille les pistes entre ce qui se passe réellement, et ce qui se passe dans la tête du personnage. Ainsi donc, les deux entités se séparent, et le cinquième épisode, se déroulant dans un asile psychiatrique, permettra de faire un long flashback sur la vie de Marc Spector, afin de comprendre l’apparition de Steven. La série joue son va-tout pour nous faire ressentir de l’empathie, mais il est trop tard, le mal est fait. La narration est trop brouillonne, les premiers épisodes patinent trop pour que l’on ait envie d’en savoir plus sur le personnage. Ici, il est complexifié jusqu’à la lie, et on aura du mal à se retrouver au bout du sixième épisode.

D’autant plus que les personnages secondaires ne sont pas forcément intéressants. La mythologie égyptienne est à peine esquissée. Les Dieux restent des observateurs qui n’en branlent pas une, et qui se refusent d’agir pour les bonnes choses. Ici, ils laissent libre cours à un type qui tue des gens avant qu’ils ne fassent des méfaits. Le méchant de la série est assez classique, avec un Ethan Hawke en-dessous de ses capacités, ne donnant pas corps à un ennemi classique, qui veut juste devenir le roi du monde avec sa Déesse crocodile. Seul Oscar Isaac surnage dans le rôle, arrivant parfaitement à jouer deux personnalités très différentes, avec des accents qui n’ont rien à voir. L’acteur prend du plaisir et ça se voit. Quant à sa femme, jouée par May Calamawy, elle est plutôt convaincante, mais reste enfermée dans un passé qui en devient pénible, demandant des réponses aux pires moments.

Visuellement parlant, la série souffle le chaud et le froid. Certains passages sont très agréables, et il y a une vraie volonté graphique. Cependant, les effets spéciaux sont vraiment moches, et on voit toutes les incrustations. Le budget série n’est pas le même que pour les films du MCU et cela se voit. Hormis les Dieux qui sont plutôt bien fichus, pour le reste, et notamment les transformations en Moon Knight, on reste sur notre faim et ce n’est clairement pas à la hauteur de nos attentes. Reste alors un message de fond assez plaisant, à savoir le libre-arbitre et qui nous sommes vraiment, qui permet au héros d’exister de fournir de quand manger un petit peu. Cela rattrape les indigences graphiques et la narration bordélique qui empêche toute empathie avec le personnage principal.

Au final, Moon Knight n’est pas foncièrement une mauvaise série. Certains éléments sont intéressants, et il y a une vraie volonté de déstructurer le personnage de base pour l’éloigner au maximum de sa référence chez DC. Malheureusement, les moments sympathiques sont noyés dans une masse informe et indigeste, entre une histoire qui prend des détours pour un résultat simple, et des CGI insupportables. Bref, sans être catastrophique, Moon Knight ne va pas pisser bien loin, mais il reste un nouveau super-héros qui a du potentiel et qui peut, potentiellement, survivre à une deuxième saison.

Note : 12/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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