décembre 10, 2022

Avant le Déluge

De : André Cayatte

Avec Bernard Blier, Marina Vlady, Clément Thierry, Jacques Chabassol

Année : 1954

Pays : France

Genre : Drame, Policier

Résumé :

Dans les années 1950, en France. Cinq jeunes amis sont pris de panique face au risque de guerre nucléaire avec la Corée. Leur décision est prise : ils vont aller s’installer sur une île perdue, pensant y être à l’abri. Mais pour financer ce périple, il faut de l’argent. Daniel, Philippe, Jean, Richard et Liliane se lancent alors dans un cambriolage qui tourne au bain de sang…

Avis :

Ancien avocat du barreau de Toulouse, c’est à l’âge de trente-trois ans qu’André Cayatte opère un nouveau virage dans sa vie, car après avoir quitté la robe d’avocat, André Cayatte s’était lancé dans l’écriture, avec un premier roman publié en 1928. Farouchement opposé à la peine de mort et voulant parler d’injustice, le jeune Cayatte va alors peu à peu se diriger vers le cinéma. Si ses premiers films seront assez loin du reste de sa carrière, une fois le réalisateur implanté, André Cayatte ne va avoir de cesse que de livrer au travers d’une impressionnante filmographie, une longue réflexion sur la justice, le collectif, et tout un tas de sujets de société qui trouvent encore des échos aujourd’hui.

Après un chef-d’œuvre, « Justice est faite« , et un grand film, « Nous sommes tous des assassins« , les années 50 se poursuivent pour André Cayatte avec un autre grand film qui a connu un très joli succès au moment de sa sortie en salle, amenant plus de deux millions six-cent mille spectateurs. Film quelque peu oublié aujourd’hui, avec « Avant le déluge« , André Cayatte livre un film assez sidérant qui se trouve être d’une très grande richesse dans ce qu’il raconte. Abordant la justice, l’éducation et le rôle des parents, tout en abordant aussi la terreur d’une troisième guerre mondiale et nucléaire, « Avant le déluge » est un film incroyable de bout en bout, qui nous entraîne dans un engrenage qui commence, du moins pour ses personnages, bien avant qu’on allume notre écran !

La France participe à la guerre de Corée et il pèse sur le monde la menace d’une troisième guerre mondiale. Une guerre qui serait alors nucléaire. À Paris, cinq jeunes gens de dix-sept ans à peine sont terrifiés à l’idée de cette guerre et pour y échapper, ils ont un plan, partir s’installer sur une petite île quelque part en Polynésie. Or, pour faire ce voyage, il faut un budget, et même si quelques-uns ont des parents aisés, ils n’ont pas assez d’argent pour entreprendre ce voyage. Alors pour réunir les fonds nécessaires, ces cinq amis vont se lancer dans un cambriolage afin de dérober un timbre de collection. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu et commence alors un engrenage dramatique dont aucun d’eux ne ressortira indemne.

André Cayatte est un immense réalisateur dont plus je découvre la filmographie, et plus cette dernière se fait passionnante et surtout, elle résonne comme terriblement d’actualité, alors même que ses films ont tous, pour les moins vieux, une quarantaine d’années.

Coïncidence très étrange au vu de l’actualité du moment, voici que je m’arrête sur ce « Avant le déluge » qui parmi la multitude de sujets que le film traite, aborde la terreur d’une possible guerre nucléaire et d’une troisième guerre mondiale. Passionnant de bout en bout, parfaitement monté, réalisé et rythmé, « Avant le déluge » est un film qui tient un scénario assez incroyable. Un scénario d’une richesse folle et qui ne s’arrête jamais, tant André Cayatte et son scénariste Charles Spaak ne cessent de fournir encore et encore l’intrigue. À travers cet engrenage meurtrier, « Avant le déluge » est un film dont tous les sujets qu’il aborde de près ou de loin résonnent comme tristement d’actualité, alors même que le film va fêter d’ici peu ses soixante-dix ans.

« Avant le déluge » est un film qui parle de justice certes, et comment cette dernière est encore une fois rendue (c’est le cheval de bataille de son cinéaste), mais derrière cette cour de justice et son procès, le réalisateur en profite pour aborder tout un tas de sujets comme la peur d’une nouvelle guerre mondiale, notamment chez les jeunes. Comment le sentiment d’oppression s’installe avec des rumeurs, ou encore avec la presse. Puis derrière ça, André Cayatte aborde aussi l’éducation, les parents démissionnaires, l’influence des parents, les préjugés, l’antisémitisme, mais aussi la perte de l’innocence, les désillusions chez les jeunes, puis la peur (et l’influence) et tout ce qu’elle peut engranger comme comportement, qui amènera ces jeunes gens de bonne famille, à commettre l’irréparable.

On ajoutera à ce riche scénario, un élément osé, puisque André Cayatte, au beau milieu de ces jeunes, incorpore une histoire d’amour entre deux jeunes garçons, et il le fait de manière « normale et naturelle », sans jamais appuyer sur l’homosexualité, sans jamais les montrer du doigt ou les rejeter, ce qui là encore est incroyable et totalement novateur pour son époque.

Pour traiter tous ces sujets et leurs conséquences, aussi bien sur les adolescents criminels, que sur les parents, André Cayatte raconte ce récit à grand coup de flashbacks tous très bien utilisés. Avec ce procès, le réalisateur construit un puzzle parfait, qui réunit en deux heures et vingt minutes toutes ses pièces, pour livrer son triste constat, laissant les parents, leurs regrets, ces jeunes gens condamnés face à eux-mêmes et nous, spectateurs, sur le carreau, avec tout un tas de réflexions et surtout toute un tas d’émotions, face à ces destins brisés, à cause d’un engrenage, qui comme je le disais, de manière génialement raconté, s’est mis en route, avant même qu’on allume notre lecteur DVD. Bref, c’est fou !

Ce film, c’est aussi une montagne d’émotions et de passion grâce à ce brillant et impressionnant casting qu’a réuni André Cayatte. De manière assez incroyable, le metteur en scène a réussi à faire exister tous ses personnages, et il y en a une bonne vingtaine, et chacun trouve justement sa place et à travers eux, toutes les ficelles que tire le scénario, même les plus petites, sont importantes. À noter parmi les rôles courageux et complexes, surtout pour l’époque, ceux de Jacques Chabassol et Roger Coggio, qui incarnent les deux jeunes gens qui sont en couple.

On retiendra dans les têtes les plus connues, Bernard Blier qui est fabuleux en père aimant ou encore Antoine Balpêtre en père antisémite qui n’apprendra rien de toute cette histoire. D’ailleurs, avec les portraits de ces parents, « Avant le déluge » pose finalement une bonne question : ces jeunes criminels sont-ils eux aussi des victimes ? Victimes de leurs parents, de leur éducation, et comme je le disais plus haut, de la démission de leurs parents ?

Après un chef-d’œuvre et un grand film, en continuant sur sa lancée, André Cayatte, pour son troisième film des années 50, livre encore une fois un nouveau chef-d’œuvre. Incroyable de bout en bout, passionnant aussi bien dans ce qu’il raconte que dans sa construction, courageux, en avance sur son temps, posant des sujets et réflexions qui demeurent encore aujourd’hui, et même encore plus aujourd’hui d’actualité, « Avant le déluge » est un film qui m’a laissé sur le carreau et au-delà de ça, il impose vraiment André Cayatte comme l’un de mes cinéastes préférés. L’un de ces cinéastes dont la filmographie est décidément passionnante. Bref, il faut voir les films de ce type !

Note : 20/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.