mai 25, 2024

Petite Nature – Sensibilité Lorraine

De : Samuel Theis

Avec Aliocha Reinert, Antoine Reinartz, Mélissa Olexa, Izïa Higelin

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Comédie

Résumé :

Johnny a dix ans. Mais à son âge, il ne s’intéresse qu’aux histoires des adultes. Dans sa cité HLM en Lorraine, il observe avec curiosité la vie sentimentale agitée de sa jeune mère. Cette année, il intègre la classe de Monsieur Adamski, un jeune titulaire qui croit en lui et avec lequel il pousse la porte d’un nouveau monde.

Avis :

Comédien et réalisateur, Samuel Theis s’est surtout illustré à la télévision dans des séries télés. Ainsi, on aura pu le voir dans des séries telles que « Fiertés« , « Un village français« , « Dix pour cent« , « Chez Maupassant » ou encore « Maman a tort« . Puis en 2014, il passe à la réalisation, en co-réalisant avec Claire Burger et Marie Amachoukeli, « Party Girl« , un film qui se passait déjà en Lorraine.

Huit ans après cette première expérience, le cinéaste revient sur les écrans pour un premier film solo, « Petite nature« . Posant sa caméra à Forbach, on ne peut pas dire que Samuel Theis ait choisi un sujet des plus faciles pour son premier film. Personnel et quasi-autobiographique, « Petite nature » est un film qui se pose à hauteur d’enfant pour nous raconter le quotidien de Johnny, un petit garçon de dix ans, qui rêve d’autre chose, qui se découvre, qui a bien du mal à accepter son milieu et plus largement qui est intéressé par le monde des adultes et plus particulièrement par son nouveau maître. Si le film est quelque peu longuet, il demeure intéressant, et joli dans son intimité. Puis surtout, il est porté par un jeune acteur qui crève l’écran.

Forbach, Johnny a dix ans, avec sa mère, son grand-frère et sa petite sœur, ils habitent en cité. Venant de la classe populaire, ayant peu de moyens, Johnny a bien du mal à apprécier sa vie. En avance sur les autres enfants de son âge, Johnny est fasciné par le monde des adultes, qu’il regarde avec autant d’envie que de curiosité. Cette année-là, un nouveau professeur titulaire arrive dans son école, Monsieur Adamski. Très vite, le professeur sent bien que le petit garçon a du potentiel, alors il le pousse à s’ouvrir, à s’intéresser à d’autres choses qui ne sont pas de son milieu social, mais ce que ne sait pas le professeur, c’est qu’en faisant ça, en le poussant, en s’occupant plus de lui, Johnny franchit une nouvelle porte…

Pour son premier film en solo, Samuel Theis a puisé dans son passé et s’est aventuré sur un sujet assez casse-gueule. Un sujet délicat dans tous les sens du terme et l’on peut dire que le metteur en scène s’en sort très bien, filmant cette histoire et son petit personnage avec la pudeur, la distance, et l’intimité qu’il faut.

Comme je le disais, « Petite nature » est inspiré en très grande partie de l’enfance/adolescence de son réalisateur, qui à travers ce film, a choisi d’aborder tout ce qu’il l’a poussé à aller plus loin, et choisir une autre voie que celle qui aurait pu lui être prédestinée. Filmé à hauteur d’enfant, observé avec un regard d’enfant, « Petite nature » est un film très riche en sujets. À travers les yeux de son personnage, Samuel Theis évoque tout un tas de choses, comme le fait de grandir trop vite, les responsabilités trop grandes sur ses petites épaules, la démission des parents, la honte ressentie d’appartenir à telle ou telle classe, l’envie d’autre chose, l’envie d’ailleurs, la découverte d’autres univers et ici de la culture, notamment grâce à un maître d’école intègre qui sent bien la curiosité et le potentiel du gamin.

Puis il y a cette fascination, cette admiration excessive et mal traduite au travers les yeux de ce petit garçon qui a un gros crush pour son professeur. D’ailleurs, à travers ce sujet-là, le réalisateur évoque aussi la profession de maître d’école, l’affect dans le travail et les assurances et autres gardes fous que le professorat établit pour éviter tout quiproquo et autres potentielles accusations qu’il pourrait y avoir (à un moment donné, le film penche un peu vers un côté déjà vu, mais heureusement, on est très loin de ça finalement). À travers ce crush, et de manière plus générale la vie de son personnage, « Petite nature » est aussi un film qui parle du passage de l’enfance à l’adolescence. Ce moment où la force des choses et l’ouverture sur d’autres mondes fait que l’enfant en nous est abandonné et grandit d’un coup.

La conjugaison de tout cela donne alors un film délicat, intime, et tout simplement beau et touchant. Cette intimité, on le ressent et on la voit aussi dans la mise en scène de son réalisateur qui nous entraîne dans un film qui sonne vrai. Il y a beaucoup de simplicité et de crédibilité qui se dégagent de ce film et de ces personnages. On pourrait même dire que « Petite nature« , à certains moments, sonne si réel qu’il se rapprocherait du docu-fiction tant il est « épuré de tout cinéma ». Après, derrière tous ces bons points, il faut aussi souligner que le film a des problèmes de rythme, et même s’il est intéressant, il est aussi longuet, un sentiment étrange, car sur l’ensemble du film, on ne sait pas trop où ces longueurs s’installent.

Enfin, si le film sonne aussi juste et délicat, c’est grâce à cette petite trouvaille qu’est le jeune Aliocha Reinert. Acteur non-professionnel, le petit garçon fait preuve d’une maturité et d’une présence à l’écran assez incroyable. Touchant, rageur, sauvage, délicat, drôle ou triste, Aliocha Reinert est assurément une très belle révélation et il est sûr qu’une carrière peut s’ouvrir à lui. Ce sentiment, on le retrouve aussi avec Mélissa Olexa qui comme Aliocha Reinert, n’est pas une actrice professionnelle et dans la peau de la mère du petit, fait des merveilles. C’est bien simple, les deux en volent la vedette aux acteurs professionnels que sont Antoine Reinartz et Izïa Higelin.

Ce premier film solo pour Samuel Theis est donc une petite douceur qui navigue bien entre drame, chronique sociale, découverte de soi et passage de l’enfance à l’adolescence. Simple, beau, touchant, évitant les clichés ou les pièges de son récit, si « Petite nature » est un peu longuet, il demeure résolument un joli film qui mérite bien qu’on s’y arrête.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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