août 10, 2022

Mentions Spéciales 2021 – Le Pré-Top

La vie est une question de choix et les bilans de fin d’année aussi. Avec une année aussi riche en termes de sorties de très bonne qualité, il a fallu faire des sélections (et vous le verrez, ça n’a pas été simple). Certains albums, malgré une excellente note, n’ont pas été retenus pour le top 100. Malgré tout, ce sont d’excellents disques qu’il est normal de mettre en avant. En attendant le top 100 de l’année musicale 2021, voici donc une sélection des mentions spéciales.

A Pale Horse Named Death – Infernum In Terra (Long Branch Records) (USA)

Fondé un an après la dissolution de Type O Negative (à la suite de la disparition de Peter Steele) par Sal Abruscato qui fut le batteur du célèbre combo de doom sur les albums « The Origin of the Feces » et « Bloody Kisses », A Pale Horse Named Death signe son 4ème album. Au programme, toujours ces thématiques aussi réjouissantes, mais moins introspectives, toujours ornées par ce doom gothique de grande classe aux vocalises grunge. La pochette le montre bien, le groupe a puisé son inspiration dans le contexte actuel si joyeux. Cathartique et crépusculaire, Infernum In Terra n’incitera pas à la gaudriole, mais permet un superbe exutoire à la morosité ambiante.

Archspire – Bleed the Future (Season of Mist) (Canada)

Les mecs d’Archspire ont probablement sorti l’album le plus rapide, le plus technique et probablement l’un des plus complexes de l’année. Avec son death metal technique supersonique, on peut dire que les Canadiens en laisseront plus d’un sur le carreau. Difficile de faire plus élevé dans la rapidité d’exécution, que soit le batteur Spencer Prewett qui fait passer Paul Mazurkiewic (pourtant loin d’être un mou du cul) pour un batteur de doom, la guitare et la basse à semer les speedy gonzales de Dragonforce ou encore les vocalises Oliver Rae Aleron, sorte d’Eminem ou de Twista du growl, un mec qui débite du guttural avec une vélocité déconcertante. Bleed the Future ne s’apprivoise pas en un claquement de doigts, mais assurément s’annonce comme une jolie baffe. Reste à se demander ce que les mecs mettent dans leur poutine.

Bastarður – Satan’s Loss of Son (Season of Mist) (Islande)

Avec la pandémie, pas mal d’artistes ont décidé de se faire un petit plaisir en expérimentant de nouveaux projets. C’est le cas notamment de l’islandais Aðalbjörn Tryggvason, chanteur et guitariste de Solstafir. Loin de son style habituel post-metal, ce dernier a décidé de revenir aux racines de son groupes, plus exactement à ce qui a influencé le black metal des origines (notamment Bathory), à savoir le crust-punk, en duo avec Birgir Jónsson de DIMMA. Orné d’une pochette à l’ancienne dans le pur esprit anarcho-punk 80’s, Satan’s Loss of Son c’est une demi-heure du pur crust bien cradingue qui sent la bière et qui raccroche les wagons avec le Slayer des débuts ou encore des inspirations comme Motörhead ou Napalm Death. Avec en prime que guests comme Marc Brewe (Insidious Disease), Alan Averill de Primordial, Ragnar Zolberg de Sign ou Þráinn Árni Baldvinsson de Skálmöld. Minimaliste, sans concessions, et crade à souhait, Bastarður est taillé pour les soirées poésie entre crétus.

Black Label Society – Doom Crew Inc (eOne) (USA)

En 23 ans d’activité, la bande à Zakk Wylde n’a pas chômé avec 11 albums à mettre au compte des bikers. Petite nouveauté pour ce Doom Crew Inc dédicacé au road crew et aux fans, le guitariste rythmique partage quelques solis avec le maître shredder. Sinon, on est sur du BLS pur jus avec le quota de 3 ballades certes über-clichesques mais toujours efficaces pour dépoussiérer le matelas. Pour le reste, on est sur un biker metal rèche comme il faut avec une certaine agressivité retrouvée depuis deux albums. Alors certes, il y a quelques longueurs mais ça reste toujours aussi efficace.

Bridge Burner – Disempath (Hibernation Release) (Nouvelle-Zélande)

Bridge Burner est un groupe fondé en 2015 et évoluant dans un registre blackened hardcore, avec des touches de death et de crust-punk. Des fois que ce serait trop gentil, les aucklanders abritent en leur sein l’horreur Ben Read qui a exercé sur le premier album de Ulcerate et sur Poison of Ages de 8 Foot Sativa. Disempath est plutôt court. 26 minutes pour 9 titres dont 7 ne dépasse pas les 3 minutes. Pour autant ce sont 26 minutes à haute intensité, 26 de pure démence, de dissonance angoissante, de batterie tonitruante et de hurlement de fous furieux. On est plongé dans une noirceur infinie, d’atmosphère boueuse et violence pure. Pas accessible à tous, parfois franchement répétitif mais indéniablement généreux en sensations.

Bridge City Sinners – Unholy Hymns (Flail Records) (USA)

« Not your grandparents folk music », voilà le credo de Bridge City Sinners, groupe voguant dans un croisement entre country/folk outlaw mâtiné d’influences punk mais aussi de jazz de la période de la Prohibition jusqu’à des terres plus improbables comme le death (ou plus précisément death folk). Si les musiciens évoluent dans un registre folk/country classique avec fiddle, contrebasse, banjo, guitare, le spectre vocal de la chanteuse est hallucinant, allant jusqu’à des growl et des shriek plus inattendus. Et malgré tout, la sauce prend franchement au fil de ces histoires qui colleraient à merveille pour Halloween. Certes, Bridge City Sinners est une bizarrerie, une anomalie à une époque où les genres sont codifiés et parfois balisés. En cela, Unholy Hymns, troisième album des américains, est salutaire.

Burning Witches – The Witch of the North (Nuclear Blast) (Suisse)

Elles ont beau ne pas avoir un line-up stable sur deux postes importants (la chanteuse et deux guitaristes successives sont parties dont la dernière gratteuse a rejoint les rangs du jeune groupe Crypta aux côtés de deux ex-Nervosa), les suissesses Burning Witches en sont tout de même à 4 albums en 6 ans d’existence. Pour autant, la qualité est là. Mieux, elle s’améliore. Le précédent était bon et avait de solides arguments mais avec l’arrivée de Larissa Ernst, elles ont encore musclé leur jeu. Au menu, toujours ce heavy power légèrement cliché de bonnes factures blindé par des riffs de haute voltige, la paire Kalkuhl/Ernst faisant merveille au tricot de six-cordes, et la voix de Guldemond ayant gagné en sobriété. Au final, c’est un album plus que solide qui impose le quintette helvète au rang des formations heavy power sur qui il faut compter.

Capra – In Transmission (Metal Blade Records) (USA)

Y a des groupes qui galère des lustres avant de percer et d’autres qui pour qui ça se décante assez vite. Pour Capra, on est plus dans la seconde catégorie. Formé en 2016 à Lafayette en Louisiane, le groupe signe chez les poids lourds Metal Blade quatre ans plus tard pour un premier album. Quatuor emmené par la chanteuse Crow Lotus, Capra fait un hardcore bien hargneux dans un style proche de Knocked Loose et Comeback Kid, avec un côté martial à la Hatebreed. En gros, Capra c’est franc du collier. Côté artwork, on pense à Converge. Côté musique, Jeremy Randazzo, Tyler Harper gratte sec, Ben Paramore donne de la profondeur avec une basse menaçante et Crow Lotus hurle comme une possédée (on penserait presque à Nikki Brumen, les vocalises BM en moins, dans des morceaux bien méchants comme Torture Ship, Paper Tongue, Mutt ou Samuraiah Carey). En plus, le mix est hyper carré et les morceaux s’enchaînent de manière limpide. 11 morceaux pour 32 minutes de destruction, de chaos et de rage. En somme, pour un RGPJ de qualité dans les pits, Capra c’est LE jeune groupe qu’il faut.

Carcass – Torn Arteries (Nuclear Blast) (Angleterre)

Pères fondateurs du goregrind passés au death metal, plus de 35 ans d’existence dont 11 ans de break et 7 albums, Carcass n’a plus rien à prouver (demandez à Phœbe Buffay). C’est donc armé de cette décontraction que les Anglais débarquent avec ce Torn Arteries orné d’une pochette maraîchère à la Arcimboldo façon gore-vegan. Après un (très bon) Surgical Steel plus classique, Carcass se montre à la hauteur de leur réputation de rois du contre-pied. Pas tant dans les vocalises (du Jeff Walker pur jus) ou les lignes de basses (du Jeff Walker pur jus) mais plutôt dans cette inventivité du riff (du Bill Steer pur jus). Loin de la grammaire classique death pur et dur, celui-ci s’embarque dans des contrées heavy-rock, par moments prog (le fleuve Flesh Ripping Sonic Torment Limited), voire stoner sur Dance of Ixtab (Psychopomp & Circumstance March No.1 in B). Ceci n’empêche pas Carcass de revenir sur son style plus death old school hybridé au thrash (Eleanor Rigor Mortis, Kelly’s Meat Emporium) ou plus solennel avec l’ironique In God We Trust. Pour faire court, il serait dommage de passer à côté de ce Carcass cuvée 2021, volonté de sortir d’un carcan trop attendu. Les gars de Liverpool continuent de se faire plaisir et c’est communicatif.

Cepheide – Les Échappées (Les Acteurs de L’Ombre Productions) (France)

Né en 2013, Cepheide fait partie de la pléthorique scène post-black parisienne. Fruit de Gaetan Juif, batteur de Basilique et de Rance et homme-orchestre de Baume et de Scaphandre, Cepheide sort son second album, quatre ans après Saudade. Les Échappées tourne autour des réactions physiques et émotionnelles de notre corps. Un black atmosphérique aussi abrasif et sombre que méditatif, certes classique dans sa forme mais d’une efficacité redoutable. Avec Les Échappées, on se concentre sur son propre corps, sa psyché et le lâcher prise est total.

Coronary – Sinbad (Cruz del Sur Music) (Finlande)

L’aventure Coronary a commencé dans un marché aux puces avec la rencontre du guitariste Aku « Herr Lederwurst » Kytölä et du batteur Pate Vuorio. Les deux évoluent dans des groupes de thrash et se trouvent plein de points communs notamment musicaux. Ajoutons le guitariste Jukka Holm, le chanteur Olli « The True Herman » Kärki et le bassiste Jarkko Aaltonen (qui lui officie dans un groupe un poil plus connu: Korpiklaani) et ça fait Coronary, groupe sorti de terre en 2017 et qui sort là Sinbad (mot valise entre Sin (péché) et Bad (mauvais), le premier album. Coronary plonge l’auditeur dans les années metal 70/80, une époque blindée d’albums cultes. Niveau vocalises, on pense à un mix entre Udo Dirkschneider et Rob Halford. On pense à des albums comme Heaven and Hell de Black Sabbath, ou encore Rocka Rolla de Judas Priest. Les musiciens font plus que le job avec de superbes riffs et des paroles certes pas hyper recherchées (sur Burnout par exemple) mais toujours fédératrices.

Crypta – Echoes of the Soul (Napalm Records) (International)

La vie d’un groupe n’est pas un long fleuve tranquille et Nervosa en est la preuve vivante. Après un plan social où seule la guitariste Prika Amaral était restée dans le navire, la bassiste-chanteuse Fernanda Lira et la batteuse Luana Dametto ont formé Crypta avec Tainá Bergamaschi, transfuge du groupe de folk metal Hagbard et l’ex-Burning Witches Sonia Nusselder. Quatre musiciennes venues du folk metal, du power metal et du thrash rugueux pour un groupe résolument death. Crypta c’est donc du death metal, old school jusqu’à la pochette. Du death blindé de riffs et de solis monstrueux de la paire Nusselder/Bergamaschi (Death Arcana et Shadow Within en sont de parfaites exemples). Fernanda Lira à encore musclé son growl depuis Nervosa, plus vénèr que jamais, et Luana Dametto tabasse comme une morte de faim plus de 40 minutes durant. Ne cherchez pas le calme et la volupté, la finesse est dans les solis virtuoses, pour le reste c’est du décrassage de tympans pur et simple diablement efficace. Echoes From the Soul est encore une preuve qu’il reste de la place pour un death pur et dur sans aucune fioriture.

Crystal Viper – The Cult (Listenable Records) (Pologne)

Et de 8 pour Crystal Viper, groupe polonais emmené par le missile Marta Gabriel. Comme à son habitude, le groupe fait dans le heavy à l’ancienne tendance power, rapide et épique avec une batterie supersonique assurée par le nouveau cogneur Ced, des envolées de notes à la six cordes assurées par la triplette Andy Wave/Eric Juris/Marta Gabriel. On retrouve les thématiques fantasy et horreur chères au groupe. Des morceaux explosifs lorgnant vers Judas Priest ou Iron Maiden (Down In The Crypt, Forgotten Land, Flaring Madness) ou plus lourds (Whipers From Beyond), mais aussi des morceaux complexes et riches en variations comme Asenath Waite, à chaque fois emmené par l’organe impressionnant de Marta Gabriel. Laquelle monte encore d’un cran lorsque Crystal Viper reprend Welcome Home de King Diamond sur lequel la chanteuse réussit à rivaliser avec la voix extrêmement haut perchée du danois.

Darkthrone – Eternal Hails (Peaceville Records) (Norvège)

19 albums en 35 ans pour les Norvégiens de Darkthrone, piliers historiques du black metal. Un black metal old school, aussi rêche qu’un vieux jean et aussi confortable. Avec le duo Fenriz/Nocturno Culto, on sait où on va. La lenteur doomeuse de Hate Cloak ou la patine heavy de His Masters Voice n’éloignent pas Darkthrone de sa ligne conduite. Certes prog’ par moments, Eternal Hails ne s’écarte jamais longtemps du black metal pur jus à la 90’s. Ça semblera déjà vu pour certains, mais Darkthrone reste Darkthrone, et le fait bien.

Dee Snider – Leave a Scar (Napalm Records) (USA)

Et si la rencontre avec Jamey Jasta était ce qui a donné un nouvel élan à la carrière solo de Dee Snider? Après For the Love of Metal, Leave a Scar en apporte une preuve supplémentaire. Certes, c’est du heavy tout ce qu’il y a de plus classique mais la production ultra-testostéronée de tonton Jamey dope à merveille les chansons de l’ex frontman de Twisted Sister. C’est simple mais hyper efficace, la voix de Snider fait mouche comme à l’époque de Stay Hungry et flirte avec l’organe de Ronnie James Dio. Un must.

Eisbrecher – Liebe Macht Monster (Sony/RCA) (Allemagne)

On retrouve Eisbrecher pour un neuvième album quelques mois à peine après leur album de reprises Schicksalsmelodien. Les Allemands signent un album bien rentre dedans et énergiques comme ils savent si bien faire. Avec Liebe Macht Monster, Eisbrecher montre que le confinement et l’arrêt des concerts n’a pas entamé leur enthousiasme pour livrer des morceaux à l’énergie communicative ni leur hargne. Taillé pour mettre les haut-parleurs à l’épreuve, Liebe Macht Master s’écoute fort et en bougeant tous les membres. Deutsche qualität!

Ektomorf – Reborn (Napalm Records) (Hongrie)

15 albums en 26 ans, les Hongrois d’Ektomorf font partie des légendes du thrash en Europe. Après de multiples changements de line-up, le quatuor semble avoir trouvé une stabilité depuis peu. Influencés par des groupes comme Sepultura, Ektomorf a glissé des éléments de musique tzigane dans leur groove metal. Pour leur cinquième album, Ektomorf optent pour un retour vers un pur thrash à l’ancienne sans fioriture. S’il y du Sepultura dans leur musique, on peut voir également une influence de Metallica sur cet album. Il ne serait pas incongru de faire le parallèle entre la pochette de Reborn et Jump in the Fire, et le début de Where the Hate Conceives a de faux airs de Battery. Du côté de la voix de Zoltán « Zoli » Farkas, il y a du Max Cavalera et un chouia du Robb Flynn de Burn My Eyes. Plutôt court (38 minutes au compteur), Reborn est marqué par un sentiment d’urgence. Sans révolutionner son monde, sans fioritures ni chichis, Ektomorf nous offre un délice de thrash old school musculeux avec des musiciens en feu (Dániel Szabó fait également des merveilles aux fûts), un Farkas qui beugle comme un damné, une production pas dégueu et une efficacité de tous les instants. Nuques fragiles s’abstenir.

Electric Guitars – Freewheeler (Mighty Music) (Danemark)

Sous ce nom de groupe tellement bateau que quasi personne n’y avait pensé se cache un combo danois fondé par le duo de gratteux Mika Vandborg/Soren Andersen partisan d’un hard rock à l’ancienne, lorgnant parfois vers le blues rock d’AC/DC, le boogie rock et vers des touches rock pur jus dans le style des Foo Fighters. Freewheeler est le quatrième album du groupe. Condensé de tubes en puissance tous plus jouissifs les uns que les autres, c’est l’un albums de hard rock immanquables de cette année.

Everytime I Die – Radical (Epitaph) (USA)

Neuvième album pour les coreux new-yorkais d’Everytime I Die. Malgré un artwork coloré, Radical porte bien son nom. Presque une heure d’agressivité, de riffs distorsion et d’un Keith Buckley qui beugle comme s’il s’était cogné le petit orteil. Radical offre quelques moments plus posés où on croirait entendre la voix de Chino Moreno de Deftones. Pour le reste, on est dans un registre core classique, sans concession, pas hyper original mais aussi massif que rugueux qui se conclue par un morceau limite prog où la musique se fait nettement plus chaotique. Ça tranche dans le lard, ça nettoie le cérumen, bref c’est bon pour la santé.

Ex Deo – The Thirteen Years of Nero (Napalm Records) (Canada)

Side-project du chanteur Maurizio Iacono du groupe canadien Kataklysm (on peut même dire que 3/4 de Kataklysm en font partie) Ex Deo est un quintette montréalais centré autour de l’empire Romain. Du death metal sympho, grandiloquent à souhait et furieusement épique, voilà ce qui attend l’auditeur de ce 4ème opus, tournant autour d’un des empereurs qui a fait couler le plus d’encre, notamment son caractère impitoyable et sa folie destructrice. De l’incendie de Rome aux batailles de Legio IX Hispana, The Thirteen Years of Nero brasse le règne court et violent de Nero, entre récits historiques et mythes folkloriques. A l’image de son sujet, Ex Deo ne fait pas dans la demi-mesure, optant pour une musique théâtrale et ambitieuse.

Exhorted – Old Bastards Never Die (M & O Music) (France)

Les francs-comtois ne font pas que de la cancoillotte mais aussi du metal. Après les excellents albums d’Abyssal Ascendant et de Carcariass, c’est au tour d’Exhorted de faire parler la poudre avec son très bon death-thrash rugueux, puissant et sans fioritures, influencé par des groupes comme Vader. Nos régions ont du talent !

Exodus – Persona Non Grata (Nuclear Blast) (USA)

Créé en 1979, Exodus fait partie des pionniers du thrash et a su s’imposer, albums après albums, comme un des groupes les plus importants du genre. Persona Non Grata est le 12ème effort du groupe et sort 7 ans après Blood In Blood Out. Un laps de temps dû à la longue tournée de Slayer sur laquelle Gary Holt officiait à la gratte, des soucis de santé au sein du groupe ainsi que le covid. Et en 7 ans, Exodus n’a rien perdu de sa superbe et offre un régal de thrash sans concession. Persona Non Grata, c’est une heure de brutal interrompu par un court interlude acoustique. Gary Holt ciselée du riff, Tom Hunting cogne dru, Lee Altus claque de la corde et Steve Souza (comme bien des thrasheux) a une voix parfois crispante, il s’en donne à cœur joie. Bref, c’est du thrash pur et dur, un genre certes balisé et ancré dans ses habitudes mais, bien exécuté, peut être d’une efficacité redoutable.

Flotsam And Jetsam – Blood In The Water (AFM Records) (USA)

Près de 40 ans d’existence (en comptant les premiers noms sous lesquels le groupe officiait avant de trouver son nom définitif), 14 albums au compteur, Flotsam And Jetsam est un vétéran de la scène thrash US. Pourtant étrangement le groupe ne jouit pas de la même aura que des formations comme Death Angel, Exodus ou encore Testament. Le membre le plus connu du groupe est le bassiste co-fondateur Jason Newsted qui, après le premier album, en a quitté les rangs pour le vaisseau amiral Metallica. Pour autant, Flotsam And Jetsam bénéficie d’une certaine popularité auprès des thrashers grâce à des albums qui ont marqué les esprits. Blood In the Water est de ceux-là. Un album marqué du sceau de la détermination et de l’envie d’en découdre jusque dans la pochette qui montre un Flotzilla (la mascotte du groupe) bien véner. 12 pépites thrash blindées de gros riffs, ornées d’une ligne de basse racée et d’un bon cognage de fûts plutôt varié, mention spéciale à la paire The Walls/Cry For The Dead qui sont un cran au-dessus du reste. Le tout porté par ma voix de Eric A.K., l’une des voix les plus mélodieuses du thrash doté d’un timbre qui rappelle parfois Bruce Dickinson. Du thrash, du thrash et encore du thrash, et de très haute volée. Le reste n’est que littérature.

Fortress – Don’t Spare the Wicked (High Roller Records) (USA)

Dans le sillage de groupes comme Haunt (avec qui ils ont sorti un split), Fortress est un groupe fondé en 2016 et dans la lignée de cette scène revival heavy 80s californienne. Fortress mêle heavy avec un soupçon de power à l’ancienne avec des vocalises inspirés par Bruce Dickinson ou encore Rob Halford avec un rythmique soutenue et la ballade instru à arpèges de gratte électrique qui va bien. Et le résultat donne un premier album bien troussé et respectueux de son glorieux héritage.

Hate – Rugia (Metal Blade Records) (Pologne)

Dans le sillage de leurs compatriotes de Behemoth, Hate est un groupe de blackened death polonais formé en 1991. 12ème album en 30 ans d’existence, Rugia propose un monument de noirceur sépulcrale, un déferlement de haine et de violence mortifère. Bref (35 minutes seulement) mais intense, Rugia multiplie les parpaings dans la tronche assénés par une batterie supersonique, des riffs monstrueux et un Adam Buszko qui a plus envie de te passer la gueule à la ponceuse que te chanter des ritournelles. Bienvenue en enfer!

Hegemon – Sidereus Nuncius (Les Acteurs De L’Ombre Productions) (France)

Cinquième album en 25 ans d’existence pour Hegemon, groupe Montpelliérain qui, en plus d’avoir un nom qui claque, pèse dans le game du black metal hexagonal. Sidereus Nuncius est un album d’une noirceur implacable, froid comme la mort. Un condensé de pur black à l’ancienne, lugubre et sans la moindre respiration. Intense de bout en bout.

Kal-El – Dark Majesty (Majestic Mountain Records) (Norvège)

Cinquième album pour Kal-El, groupe norvégien de stoner doom. Dark Majesty mêle ce doom écrasant mais nettement plus dynamique que Monolord et les boucles hypnotiques du stoner. Le morceau fleuve Temple résume à lui seul l’album. Ça dure certes plus de 11 minutes mais c’est hyper patate, et communicatif. Au final Dark Majesty a beau durer 1h05 pour 7 morceaux, c’est tout sauf plombant et chaque morceau va jusqu’au bout de son raisonnement sans trop en faire, et la voix puissante et chaleureuse de Cpt Ulven finit d’imposer le groupe comme un incontournable. Bref, Kal-El ça n’a pas de kryptonite dans le slip.

King Woman – Celestial Blues (Relapse Records) (USA)

Éduquée dans un environnement religieux conservateur, Kristen Esfandiari utilise la musique comme exutoire et comme revanche et s’en donne à cœur joie au sein de la formation américaine de doom King Woman où sa voix éthérée colle à merveille avec une instrumentation lourde et rugueuse. Deuxième album du groupe, Celestial Blues est une authentique réussite, fruit d’un groupe certes peu prolifique mais s’appuyant sur des fondamentaux certes classiques mais hyper efficaces.

Korpiklaani – Jylhä (Nuclear Blast) (Finlande)

Créé en 1993 sous le nom de Shamaani Duo puis Shaman avant d’opter pour leur nom actuel en 2003, Korpiklaani en est à 11 albums et s’est construit une fanbase solide, que ce soit grâce à la qualité des albums, souvent salués, que des prestations live. Et à l’écoute de Jylhä, on comprend tout de suite l’engouement pour les finlandais. Malgré la barrière d’une langue peu parlée en dehors de leurs pays, Korpiklaani véhicule une certaine énergie positive. Le chant rauque de Jonne Järvelä et porté par une superbe orchestration folk metal avec une très bonne utilisation du violon et de l’accordéon. C’est frais, patate, catchy, bien orchestré, ça donne une furieuse envie de danser sur les tables en exhibant fièrement les poils de pieds de hobbits, tout en buvant de la bière à la corne quitte à s’en mettre plein la barbe. Les 13 titres sont autant d’hymnes immédiats qui réchaufferont les nuits d’hiver.

Korsakov – погружать (auto-production) (France)

Derrière cette pochette magnifique se cache le premier album de Korsakov, duo qui ne vient pas de Russie mais de Lille et donne dans un post-black tantôt planant au niveau des riffs tantôt d’une violence sourde et implacable au niveau de tout le reste. 43 minutes d’une noirceur insondable, une chape de plomb dense et impénétrable d’où s’échappent des hurlements de damnés sur fond de blast beats et de guitares surmenées. Encore une fois, on a là une preuve que la scène black hexagonale est d’une richesse inépuisable.

The Lurking Fear – Death, Madness, Horror, Decay (Century Media Records) (Suède)

Et de deux pour The Lurking Fear, supergroupe de death lovecraftien suédois composé de 3 At The Gates, du chanteur-guitariste de Tormented à la basse et d’un ancien d’Enbalmed. The Lurking Fear c’est un At The Gates qu’on aurait déshabillé de son côté mélodique pour un death tranchant dans le vif et brut de décoffrage. Une plongée dans l’univers toujours aussi joyeux de l’auteur de Démons et Merveilles ou des Montagnes Hallucinées. Dans la droite lignée du death suédois des 90s, The Lurking Fear et ses membres au CV prestigieux propose une musique crade, grasse et surburnée, un petit régal pour nostalgiques de l’époque.

Marianas Rest – Fata Morgana (Napalm Records) (Finlande)

Marianas Rest est un groupe de doom-death formé en 2013. Après un premier album plus ancré death mélodique, le sextet sort son deuxième opus, Fata Morgana, plus dans le registre doom-death. Marianas Rest s’inscrit dans le melodeath à la finlandaise, école Insomnium. D’ailleurs, on retrouve Aapo Koivisto, claviériste d’Omnium Gatherum. Musicalement, Fata Morgana mêle la lourdeur du doom, dans le tempo comme dans l’orchestration théâtrale et massive, ainsi que le côté très mélodieux, limite apaisant dans les atmosphères, comme le font Insomnium ou Wolfheart. Aux growls très particuliers et la voix très hargneuse de Jaakko Mäntymaa répond sur plusieurs morceaux les chœurs éthérés, presque angéliques de Lindsay Schoolcraft, ancienne de Cradle Of Filth. Ce qui donne à plusieurs morceaux (Glow from the Edge, The Weight, Fata Morgana et le magnifique final South of Vostok, clairement les meilleurs de l’album) un côté étrangement méditatif et atmosphérique. Alliant noirceur, passage violents et contemplatifs, superbes lignes de guitares et lourdeur de frappe, Fata Morgana est un album dense, particulièrement bien dosé, composé par des musiciens solides et superbement produit. Une balade de presque une heure dans les forêt finlandaises, parfait pour s’évader.

Modern Rites – Monuments (Debemur Morti Productions) (USA/Suisse)

Modern Rites est un duo composé du suisse Berg (Aara) et de l’américain Jonny Warren (Kuyashii), formé en 2020 et signé chez Debemur Morti. Modern Rites c’est un black metal industriel violent, lugubre, désespéré, martial, froid et aux confins de la folie furieuse. Première œuvre du duo, Monuments est une pépite du genre. Blast béat, basse profonde et omniprésente, riffs incisifs et voix d’outre-tombe. De son intro glauque à sa conclusion, Monuments est une plongée en apnée dans une musique sans concession aucune. A la fois d’une agressivité sans nom, sans compromis et extrêmement novateur Modern Rites offre un premier album plus que solide.

MØL – Diorama (Nuclear Blast) (Danemark)

Fondé en 2012, le groupe danois MØL signe son 2ème album, le premier chez Nuclear Blast. Diorama peut parfois prêter à penser à la démarche du dernier Nature Morte avec ce post-black parfois éthéré dans son orchestration qui ferait presque penser à Deafheaven couplé à des hurlements de damnés de Kim Song Sternkopf. Et là encore, ça marche, on est de cesse basculer entre un légèreté et violence, avec quelques touches de chant clair aérien (grâce notamment aux chœurs solaires de Kathrine Shepherd, de Sylvaine et de Mirza Radonjica). Au final, Diorama est un album étrange, impeccable de maitrise dans les deux tableaux sur lesquels il joue, bizarrement méditatif, doucement violent, toujours équilibré.

Morcheeba – Blackest Blue (Fly Agaric Records) (Angleterre)

Poids lourd de la scène trip hop, Morcheeba, dès son premier album Who Can You Trust porté par le single Trigger Hippie, a enchaîné les albums de haute volée jusqu’à un coup d’arrêt en 2003 quand la chanteuse Skye Edwards quitte le groupe pour se lancer en solo. Par la suite, les albums, bien que bons ne sont pas autant attrayants. En 2010, Edwards revient mais quatre ans plus tard, c’est au tour de Paul Godfrey de lâcher l’affaire. Repartant sous la forme d’un duo sous le nom de Skye & Ross, les deux survivants du trio signent un neuvième album sous la bannière de Morcheeba en 2018. Blackest Blue est le dixième opus de Morcheeba. Musicalement, il s’appuie sur Skye Edwards (l’une des plus belles voix tous styles confondus), leur point fort majeur. Pour le reste, les compos de Ross Godfrey sont toutes aussi planantes, mais sont un brin répétitives et forment un magnifique écrin pour la voix de la chanteuse. Sans être autant enthousiasmant que Charango ou Big Calm, Blackest Blue demeure une livraison solide, probablement la meilleure depuis le départ de la chanteuse. Un moment suspendu appréciable par les temps qui courent.

Muddles – Mind Muddling (Klonosphere/Season of Mist) (France)

Groupe porté par une volonté de s’affranchir des barrières Muddles sort son premier LP chez Klonosphere. Mind Muddling débarque comme un album de rock/metal alternatif, mais part autant dans le djent, le heavy rock ou encore des élans death. Barbara a une palette vocale très large, elle chante de sa voix puissante et chaleureuse, rappe parfois, murmure ou part dans un growl en un claquement de doigts, son aisance est impressionnante tout comme la versatilité des musiciens et de leurs compositions. Bien sûr, la démarche peut dérouter mais ceux qui prendront le wagon ne bouderont pas leur voyage. S’il fallait encore une preuve de la vitalité de la scène rock française, allez chercher du côté des bons labels.

Nemoreus – Arnea (Autriche)

Du folk metal dont le chanteur a un registre oscillant entre chant clair hardrockisant et petits élans death, c’est ce que proposent les Autrichiens Nemoreus qui sort son premier opus Arnea.  Nemoreus ne prétend pas s’inscrire dans les schémas classiques du groupe de folk metal pagan jusque dans l’intro obligatoire avec son d’orage ou la pochette. On navigue sur des terrains exploités par des formations comme Eluveitie, mais avec cette petite touche d’originalité au niveau du chant. Pour le reste, c’est maîtrisé de bout en bout, jouissant d’un mastering plutôt propre qui aidera sans problème l’auditeur à s’immerger dans l’univers de cette formation autrichienne qui, sans chercher à révolutionner son genre, apporte un premier effort solide au potentiel scénique fort.

Nervosa – Perpetual Chaos (Napalm Records) (Brésil)

En voilà un album qui porte bien son nom. En effet, ça a toujours été le chaos perpétuel chez Nervosa, notamment pour le line-up. En effet, Nervosa a plus fait pour la flexibilité du travail qu’un militant du MEDEF radicalisé. En 11 ans d’existence, 4 batteuses se sont succédées. Et pour fêter les 10 ans du groupe, Nervosa se l’est joué Tranxène 200 (ceux qui n’auraient pas la réf peuvent checker dans les parodies des Inconnus) avec carrément 2 membres sur 3 qui ont été priées d’aller se faire voir (ce que la chanteuse bassiste Fernanda Lira et la batteuse Luana Dametto ont fait en formant Crypta). Exit le trio, place au quatuor et bien que Nervosa est considéré comme un groupe brésilien, c’est plutôt une formation internationale aux forts accents européens que nous avons aujourd’hui. La batteuse Eleni Nota est grecque, l’italienne Mia Wallace (passée par Abbath sur l’album Outstrider occupe la basse, et au micro, l’espagnole Diva Satanica (Bloodhunter, Outreach), et bien sûr Prika Amaral à la gratte. Et au final, alors que le nouveau line-up a tout juste un an, c’est un énorme album que nous livrent les « Brésiliennes », voire même le meilleur album du groupe.

Nightfall – At Night We Prey (Season of Mist) (Grèce)

Fondé en 1991, le groupe Nightfall s’est imposé peu à peu dans le paysage du metal grec. Au fil de leur carrière, les athéniens ont navigué entre le black metal des débuts au death mélodique en passant par une phase gothic/dark. Il aura fallu 8 ans pour que Nightfall donne successeur à leur neuvième album Cassiopeia. 8 ans au cours desquels le chanteur Efthimis Karadimas a officié au sein du groupe de gothic doom The Slayerking et surtout s’est battu contre ses propres démons. Une signature chez Season of Mist, le retour du guitariste Michalis Galiatsos absent depuis 2003 ou encore de l’ancien logo, autant de signes qui prouvent que Nightfall est de retour et qu’ils ne sont pas venus pour faire des tartines de feta. Un come-back avec un album remanié avec Kostas Kyriakopoulos (lui aussi passé par The Slayerking) qui avait officié deux ans dans le groupe à la basse et qui est passé à la guitare et les nouvelles recrues Fotis Giannakopoulos (passé par Septicflesh pour Communion, The Great Mass et Titan) à la batterie et la bassiste Vasiliki Biza. Oppressant, parfois funeste, liant thématique personnelle et mythologie comme à l’habitude du groupe, At Night We Prey se pose dans la droite lignée de la discographie du groupe avec un haut niveau de qualité au niveau de la composition, de l’orchestration et de l’écriture.

Omnium Gatherum – Origin (Century Media Records) (Finlande)

Neuvième galette pour Omnium Gatherum, groupe figurant parmi les piliers du death mélodique finlandais. Après un sacré changement de line-up au niveau d’une gratte, de la basse et de la batterie, Omnium Gatherum sort Origin, comme la signification d’un nouveau départ. Un nouveau départ et une nouvelle direction avec un death mélo à la finlandaise contenant certes son lot de riffs velus et de growls néanderthaliens, mais aussi une ambiance plus enjouée et légères. Finlande oblige, les synthés sont très présents. Ça groove pas mal avec quelques accents pop au niveau du riff. Bon après, ça reste un death riche, profond et dense, mélodique, rythmé et chaleureux, moins ténébreux que ce que le groupe avait l’habitude de sortir.

Planet of the Dead – Pilgrims (auto-production) (Nouvelle-Zélande)

Venus de Wellington, les kiwis de Planet of the Dead sortent un deuxième album en un an. Nourris à la culture SF jusqu’au superbe artwork rendant hommage à cet univers, les gars multiplie les influences qu’ils mettent en musique avec un sludge doomy abrasif, massif et inventif allant jusqu’à des petits clins d’œil comme ce riff reprenant la mélodie d’un thème de La Nuit des Masques. Riffus, rugueux et portés par la voix d’un mec qui bois du plomb fondu au petit déjeuner, les morceaux qui blindent Pilgrims envoient du très lourd.

The Pretty Reckless – Death By Rock n’Roll (Fearless Records) (USA)

Death by Rock N’Roll est un quatrième album plutôt solide. Déjà, y a des guests qui font saliver (Matt Cameron & Kim Thayil de Soundgarden et LE génie Tom Morello). Musicalement, c’est très propre, les mélodies sont catchy en diable, et le plaisir est là. Taylor Momsen a un très beau grain de voix et une palette plutôt intéressante. Dans l’ensemble, il faut que reconnaitre que c’est très formaté et calibré pour les radios US (ce qui est toujours mieux que calibré pour les radios françaises) mais ça reste hyper bien branlé, solide sur la forme et c’est suffisamment généreux et communicatif que ça emporte l’adhésion.

Red Fang – Arrows (Relapse Records) (USA)

Cinquième album pour Red Fang, formation venue de Portland et devenue culte à force de clips géniaux et d’albums foutrement bien troussés. Encore une fois, les mecs ne se renient pas et continuent sur leur lancée avec cet alliage stoner sludge simple et efficace. Encore une fois, ils ne viennent pas avec l’intention de tout révolutionner mais de briser les nuques avec un son aussi gras qu’un Pierre Ménès en plein régime à base de saindoux avec certes une radicalisation au niveau d’un son plus crade que d’habitude. C’est simple mais généreux et efficace. Bref le gras, c’est la vie.

Rhapsody of Fire – Glory For Salvation (AFM Records) (Italie)

Pas le temps de souffler chez Rhapsody of Fire. Deux ans et demi après The Eighth Mountain, les piliers du power sympho italien sortent un quatorzième album, Glory For Salvation. Comme à leur habitude, Rhapsody of Fire nous sort un album grandiloquent, théâtral à souhait, marqué du sceau de la virtuosité, des six-cordes qui font de la haute voltige, des envolées lyriques et des morceaux épiques et parfois à rallonge. Pas grand-chose de nouveau sous le soleil, les transalpins n’évitent pas la redite mais dans leur registre, ils livrent une nouvelle fulgurance dont ils ont le secret avec la majesté qu’on leur connaît.

Sarin – You Can’t Go Back (Prosthetic Records) (Canada)

Sarin est un groupe canadien de post-metal légèrement influencé par des formations comme Isis. You Can’t Go Back est leur troisième album, premier signé chez Prosthetic Records, label réputé pour la qualité de son catalogue. Musicalement, c’est un post-metal bien lourd, aux tonalités doomeuses et à l’atmosphère sombre et chargée. Une bonne demi-heure suffocante avec pour seule respiration le « plus léger » instrumental Otherness, d’une beauté folle. Pour le reste, des vocalises growlées, des riffs denses et rugueux, de la grosse saturation et une batterie lourde. On se prend un sacré tronc dans la gueule par des bûcherons bien musclés (et non ce n’est pas une métaphore porno) et à la fin on en redemande.

Sepultura – Sepulquarta (Nuclear Blast) (Brésil)

(Encore à cause de la pandémie, épisode 453) Sepultura n’a pu (des masses) défendre leur excellent Quarta (d’ailleurs les dates sont encore reportées à l’an prochain), du coup, comme plusieurs confrères, les brésiliens ont saisi l’opportunité de l’existence d’internet pour garder un lien avec les fans. Pour ce faire, ils ont multiplié les jams sessions avec des invités au cours desquelles ils ont repris des standards de la période Max Cavalera ou des morceaux plus récents. Sur ces nombreux livestreams, 15 ont été choisis pour une sortie sous forme d’album live. Alors, bien sûr il a fallu faire une sélection, du coup certains titres phares manquent à l’appel. N’empêche, le cast d’invités est mammouthesque, la setlist est plus correcte et les reprises ont de la gueule. Que demande le peuple?

Settle Your Scores – Retrofit (Mutant League Records)

Settle Your Scores fait partie de ces groupes de pop-punk qui actionne la machine à remonter le temps pour revenir à une époque où cette musique ne faisait pas de la merde. On retrouve donc un pop-punk sous influence Sum41, Blink (enfin, le vrai Blink pas celui de maintenant) ou de New Found Glory. Alors, oui, les paroles sont cheasy à mort, mais musicalement c’est aussi jubilatoire qu’à l’époque, et la voix du chanteur est franchement pas dégueu (allez sur le site du groupe, vous verrez à quel point les mecs pour le délire rétro jusqu’au bout). On a de nouveau 17 piges et rien que ça, ça fait plaisir comme sensation.

Space Chaser – Give Us Life (Metal Blade) (Allemagne)

Formés il y a 10 ans, les Allemands Space Chaser nous offre une troisième galette avec Give Us Life qui comme le groupe en a l’habitude, tourne autour de la SF. Musicalement, on pense à Kreator avec ce duo lead/rythmique véloce, un batteur supersonique et une bonne basse, même si c’est moins technique que la bande à Petrozza. Chose rare dans le genre, la voix n’est pas éraillée à l’extrême. Officiant chez Metal Blade et évoluant plutôt dans une sphère plus confidentielle, Space Chaser gagne à être connu et Give Us Life est l’une des galettes les plus solides et jubilatoires de l’année thrash 2021.

Starified – Fat Hits (Ripple Music) (Russie)

Starified est un trio de hard rock formé en 2017, Fat Hits est leur troisième album. Musicalement, c’est inspiré de Led Zep’, Foo Fighters, Jack White, entre autres. Et bien que leur musique sonne américaine à morts, les gars viennent de….Moscou (décidément, la Russie est un terreau de groupes intéressants). Fat Hits a pour concept de rendre hommage au rock alternatif/hard rock des années 90. Et ça marche. On rentre vite dans le vif du sujet avec un bon gros rock qui déménage, des morceaux bien patates, hyper efficaces, blindés de gros riffs et de jolies lignes de basse, et portés par la voix chaleureuse du batteur/chanteur Vadim Ambartsumian. Mention spéciale au bien fun Ode to Tenacious D, ou à la fausse power ballad Same Old River. On pardonnera quelques tics vocaux clichés comme sur le titre Don Loco, car dans l’ensemble, ça fait le job, et ça donne une belle envie de rouler vitre ouverte et cheveux aux vents, quand bien même les températures ne s’y prêtent pas.

Superlynx – Electric Temple (Dark Essence Records) (Norvège)

Superlynx n’est pas un fauve avec une cape ou une variété de weed mais un trio de stoner-doom qui, bien qu’il sonne comme un groupe américain qui s’est fait un trip dans le désert du Mojave, vient d’Oslo dans le pays des blackeux. Electric Temple est le troisième album du groupe, un album bien psychédélique porté par une batterie et une guitare lourde bien qu’ici ce soit la basse qui soit mise en avant et par la voix éthérée de la chanteuse bassiste Pia Isaksen. 10 titres pour 43 minutes, aucun très long morceau qui plombe même si ça peut sembler parfois répétitif mais c’est le genre qui veut ça. Parfois mélancolique (Laws of Nature) avec une petite touche d’agressivité (Apocalypse), Electric Temple rend hommage aux 60s psyché avec Moonbather et son mantra chamanique. Superlynx inclut aussi du piano dans son fuzz et ça rend bien comme Then You Move où le batteur Ole Teigen prend le micro dans un registre à la Nick Cave, ou l’élégant et minimaliste Siren Sing (toujours avec Teigen au micro). Le feu d’artifices final May nous offre un duo Isaksen/Teigen de toute beauté. Classique, racé et hypnotique, Electric Temple sent l’encens, l’ayahuasca et l’herbe rigolote.

Talk Show Host – Mid-Century Modern (Wiretap Records) (Canada)

Depuis l’horrible Nine de Blink-182, tout portait à croire qu’à quelques exceptions comme Knocked Down (à quand le nouvel album?), le pop-punk de la glorieuse époque de la fin 90s était mort, enterré et que sa dépouillé était profané. C’est du coup d’autant plus réjouissant que de tomber sur un groupe comme Talk Show Host, groupe canadien formé en 2015 et qui, après quelques singles, lâche un premier album. Plutôt court (une demi-heure) mais néanmoins jubilatoire, ce premier effort nous offre tout ce qu’on est en droit d’attendre du genre avec des morceaux immédiats aux refrains fédérateurs, aux mélodies accrocheuses, tantôt rapide tantôt en mid-tempo avec une ou deux ballades. Bref, une vraie madeleine de Proust à la poutine. Des fois le bonheur c’est aussi des choses simples.

Telethon – Swim Out Past The Breakers (Take This To Heart Records) (USA)

Telethon n’est pas uniquement un programme caritatif où les présentateurs au bout du rouleau côtoient des chanteurs capables de demander à des myopathes en fauteuil de se lever. C’est aussi un groupe de pop-punk/indie rock/power-pop américain. Swim Out Past The Breakers est leur dernière livraison, ornée d’une pochette réalisée sous champis. C’est du rock indie/post-punk dynamique, énergique, enjoué, bardé de tubes aux refrains immédiats et aux mélodies fédératrices (et aux petites touches de ska par endroits). Interdit de ne pas avoir le smile en écoutant l’album.

Tigerleech – Melancholy Bridge (M&O Music) (France)

Tigerleech est un groupe parisien formé en 2013. La base stoner couplée à un sludge massif se pare de teinte hardcore. La voix de Shelby, chaleureuse et puissante, est accompagnée par une orchestration massive et carrée, des riffs bien gras et une basse tour à tour écrasante et élégante. Immédiat dès les premières mesures, ce second album intitulé Melancholy Bridge, s’avère enthousiasmant au fil des écoutes.

Typhoid Rosie- Queen of Swords (auto-production) (USA)

Quatrième album pour les Brooklyners de Typhoid Rosie, groupe punk d’influence pop-punk porté par une mise en avant de la mélodie et le chant bien classe de sa vocaliste, la Riot girl Rosie Rebel. C’est pêchu, tout en gardant une certaine conscience dans certains titres. Queen of Swords est une enfilade de tubes immédiats et accrocheurs. Une très jolie découverte.

Unreqvited – Beautiful Ghosts (Prophecy Productions) (Canada)

Unreqvited est un one-man band canadien ayant une certaine productivité. Beautiful Ghosts, le sixième effort, continue la poursuite en avant vers un post-black toujours plus atmosphérique, toujours plus abscons. Les morceaux sont mélancoliques et planants, on peut même dire que certains titres comme Rêverie sont destinés à t’ouvrir les chakras en deux. Pour autant Unreqvited n’en oublie pas la grammaire black classique, les passages qui blastent, les riffs parfois rageurs et les hurlements lointains. Un album assez profond mais qui ne plaira pas à tout le monde.

Unto Others – Strength (Roadrunner Records) (USA)

Après Mana sorti en 2019, période chargée de galères entre obligation de changer de nom pour Idle Hands, soucis administratifs à cause de la politique de fermeture des frontières de Trump privant le groupe de son guitariste, changement de label, et la pandémie qui a stoppé les tournées, autant de complications qui auraient eu raison de n’importe quelle formation récente et à raison. Mais les gars de Portland ne se sont pas démontés. Et c’est ainsi que naquit Unto Others (exit Idles Hands), groupe signé chez Roadrunner. Pour le reste, l’identité musicale reste la même, un mix entre gothic rock orienté 80s et heavy metal avec des vocalises entre Sisters Of Mercy (grosse influence sur le plan de la voix et des claviers), Joy Division et des euuuarrrr à la Tom G. Warrior. Strength s’interdit rien et explore tout un pan des 80s, entre heavy à la Maiden, rock gothique et même de l’arena rock. Le tout en évitant de basculer du côté obscur du kitsch. Et c’est réussi.

Various Artists – Flag Day OST (Node Records) (USA)

De retour avec un cinéma intimiste, puissant et humble, Sean Penn convoque de nouveau Eddie Vedder (ainsi que sa fille Olivia), mais aussi Cat Power et Glenn Hansard, chanteur de The Frames pour mettre en musique cette poignante histoire atypique d’une relation forte, intense et presque toxique entre un voyou et sa fille. 13 titres (dont une magnifique reprise de R.E.M.) entre folk bluesy et rock planant, 13 pépites qui collent parfaitement aux grands espaces américains et à la vie sur la route.

Wedge – Like No Tomorrow (Heavy Psych Sounds) (Allemagne)

Sous cette pochette très vraisemblablement réalisée sous Adobe Illustrator se cache le troisième album de Wedge, « Like No Tomorrow », un titre qui sonne particulièrement à propos en cette période de confinement à répétition. Wedge est un trio allemand formé en 2014, évoluant dans le registre stoner/revival psychédélique 70’s et signé par le très prolifique label italien Heavy Psych Sound depuis leur début. Pas révolutionnaire pour deux sous, mais hyper efficace, Like No Tomorrow est un concentré de pur rock énergique, dansant, groovy à souhait et fort bien exécuté. Les premiers titres ont beau être très classiques, ils fonctionnent immédiatement et dès l’excellent Across the Water, le groupe passe la vitesse supérieure avec des morceaux un cran au-dessus, jusqu’au final à rallonge Soldier, morceau fleuve de 9min qui prend le temps d’une longue intro instrumentale avant une lente progression, et malgré sa durée, ça passe tout seul. Le mix est propre et l’orgue est bien mis en avant comme sous inspiration de certains groupes californiens phares des 60/70’s. Simple, sans fioritures, mais franchement bon.

Wolf King – The Path Of Wrath (Prosthetic Records) (USA)

Wolf King nous vient de la Bay Area de San Francisco, zone qui nous a abreuvé en grands groupes comme Metallica, Exodus, Testament, Death Angel, ou Possessed. Contrairement aux groupes cités, Wolf King officie dans le blackened hardcore, version la plus violente du hardcore. En gros, les sacrifices de chèvres au clair de lune se font au cœur de moshpits. Second album du quatuor, The Path of Wrath mêle blackened hardcore, black metal pur et dur (notamment au niveau de la guitare dissonante et des blasts de batterie sur des morceaux comme The Path of Wrath, Incantation et Grief Portrait), doom ou encore death. Aux hurlements glaçants de Tim Wilson s’ajoute les gros growls (hélas pas toujours terribles) du guitariste Jacob Broughton (plus à l’aise aux cordes de gratte qu’aux cordes vocales). Condensé de charges de blindés croisant le bellicisme du core au côté violent et obscur du black metal, porté par le taf énorme de Connor White aux fûts, les riffs ravageurs de Broughton, la basse lourde de Brian Mojica et les vocalises de Wilson, The Path of Wrath est un album très solide et Wolf King assurément un groupe à suivre.

Zaratus – In The Days Of Whore (Van Records) (Grèce)

Zaratus, jeune groupe formé en 2019 et qui réunit deux vétérans de la scène black metal hellène: le musicien multi-instrumentiste qui-fait-toutiste Vasilis « Bill El » Zobolas (Soulskinner, Thou Art Lord, ex-Nergal, ex-Principality of Hell, ex-Terra Tenebrae, ex-Vanity…) actif depuis la moitié des 90s et le chanteur vétéran Stefan Necroabyssious (Katavasia, Funeral Storm, Varathron, ex-Kawir), un mec en place depuis la moitié des années 80. Zaratus fait dans un black metal canal historique, à la frontière de l’avantgarde black metal, assez pointu et axé sur les mythes anciens et un paganisme pré-monothéiste. L’orchestration est parfois complexe, avec des nappes de synthé éthérées enrobant une batterie endiablée, des riffs acérés et des variations de rythmes. Marquée sous le sceau du chaos, malsaine, dissonante et complexe, la musique de Zaratus peut laisser sur le carreau ceux qui découvrent tout juste le black metal mais ceux qui accrocheront connaitront un album riche, généreux, passionnant et pour le moins original.

Par Nikkö

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