janvier 28, 2022

Made in Hong Kong

Titre Original : Heung Gong Jai Jo

De : Fruit Chan

Avec Sam Lee, Neiky Yim, Wenders Li, Amy Tam

Année : 1997

Pays : Hong-Kong

Genre : Thriller

Résumé :

Hong Kong, été 1997. Mi-Août est un jeune marginal ayant abandonné le collège il y a quelques années pour vivre de menus larcins. Il est à présent collecteur de dettes pour un certain M. Wing, proche des triades locales. Le quotidien de Mi-Août va se trouver bouleversé par deux événements : la découverte par Jacky, petit voyou handicapé mental qu’il a pris sous son aile, de deux lettres d’adieux laissées par une jeune suicidée, et sa rencontre avec la jolie Ah Ping dont il tombe rapidement amoureux. Or cette dernière est atteinte d’une maladie incurable…

Avis :

Si le cinéma constitue une source de divertissement, il est aussi un excellent moyen d’interpeller sur les problématiques sociétales ; qu’elles soient endémiques à un lieu ou généralisées à une période. Cette manière de communiquer à travers l’image implique une connivence avec le spectateur. L’empathie naît alors d’un traitement intimiste. Ce qui sous-tend bien souvent l’annihilation des frontières entre le public et la fiction. Pour ce faire, il convient d’adopter une mise en scène anticonformiste, voire marginale dans l’enchaînement des séquences. Avec Made in Hong Kong, c’est précisément dans cette optique que Fruit Chan développe son propos et sa vision d’une société hongkongaise en déliquescence.

Le réalisateur officie dans un registre particulièrement délicat. Dans les intentions, il souhaite amalgamer les fondamentaux du polar hongkongais, à l’instar de Ringo Lam ou Tsui Hark, avec les codes du drame social. Cela sans compter quelques notes de légèreté qui détonne dans un tel contexte. Avec seulement deux films à son actif pour l’époque, guère passés à la postérité, il convient également d’évoquer son expérience émergente. Il comble néanmoins cet écueil avec une implication et un enthousiasme qui forcent le respect. Cela étant dit, il n’est donc pas surprenant que Made in Hong Kong présente des atours amateuristes à bien des égards.

On songe tout d’abord au casting dont le « jeu naturel » se rapproche de quelques comportements mécaniques, qui manquent de spontanéité. Çà et là, on distingue des regards égarés, une gestuelle incertaine ou encore des silences qui suggèrent le caractère improvisé desdites séquences. En un sens, on peut trouver une tonalité réaliste et épurée à l’exercice. Le fait de choisir des acteurs inconnus rompt également avec les attentes du public. On le déstabilise. On le coupe de ses repères. À l’instar des protagonistes, le spectateur se retrouve alors esseulé par cette mise en scène brute de décoffrage qui ne s’embarrasse guère du cadrage ou de la cohérence du montage.

Tout comme ces arrêts sur image éludant un passage violent, la réalisation traduit un chaos constant. Une confusion qui tient autant de l’état d’esprit des personnages que de leur condition sociale. Une course effrénée « vue de face » implique l’absence de perspectives. La promiscuité des blocs d’immeuble se fait l’écho d’un avenir étriqué, dénué d’espoir. L’environnement urbain étouffe, broie et excrète l’individu. La minéralité est omniprésente. Il y a bien quelques passages où la photographie sature l’image de nuances azurées. Pour autant, elles ne symbolisent pas l’évasion ; pas même la libération inhérente au suicide. Il s’agit du bleu propre à la suffocation. Une asphyxie latente et inéluctable, comme l’atteste l’état de santé d’un des personnages.

En cela, Made in Hong Kong interpelle par une critique sociale acerbe, sans concession. Eu égard à la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, Fruit Chan met en avant ses inquiétudes quant à la liberté d’expression. Il n’hésite pas à critiquer le système éducatif, le rôle des parents et, plus généralement, une société sans codes moraux, où les mœurs sous-tendent une sexualité débridée. Pour illustrer cet état de fait, on songe à l’impunité des triades ou à la violence crue de certains règlements de compte, démembrements à l’appui. Face aux épreuves, à l’absence de soutien, les sentiments de révolte et de colère cèdent progressivement le pas à la résilience, au renoncement, puis à l’abattement. Ce n’est pas tant le choix de tourner le dos à la société qui marginalise l’individu, mais son refus de combattre, de persévérer.

Au final, Made in Hong Kong est un drame social corrosif. Particulièrement âpre dans ses propos, il distille une ambiance délétère, évoluant vers un nihilisme de circonstances. La perte de repères, l’absence de perspectives d’avenir, l’incapacité à se dépêtrer de sa condition… Le film de Fruit Chan s’avance comme une descente aux enfers où la souffrance morale et tout aussi vivace que les sévices physiques, sinon davantage. Certes, la narration s’affranchit de tout conformisme, quitte à diluer l’intérêt des séquences pour se focaliser sur l’affliction et la détresse des protagonistes. Au même titre que la réalisation, la bande-son se veut parfois oppressante, anxiogène, à force de notes dissonantes, de mélodies décharnées. Une œuvre déstabilisante et violente qui se fait l’écho du mal-être de la jeunesse et d’une société malade.

Note : 14/20

Par Dante

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