novembre 30, 2021

La Voie de la Lumière – Les Valeurs d’un Samouraï

Titre Original : Miyamoto Musashi Kanketsuhen : Kettô Ganryûjima

De : Hiroshi Inagaki

Avec Toshiro Mifune, Kaoru Yachigusa, Mariko Okada, Michiko Saga

Année : 1956

Pays : Japon

Genre : Aventure

Résumé :

Musashi a renoncé aux combats pour mener une vie simple. Le jeune homme rustre des débuts semble avoir enfin trouvé la voie de la sagesse. Lorsque son ennemi acharné, le talentueux et ambitieux sabreur Kojiro Sasaki, le met au défi, Musashi lui donne rendez-vous dans un an. Il sait que ce combat sera le plus important de sa vie…

Avis :

Comme pour d’autres personnalités qui confèrent au mythe, retracer la vie de Miyamoto Musashi est un projet de grande envergure, sinon de longue haleine. Sous la forme d’un ou de plusieurs films, toute la difficulté tient à mettre en avant la singularité et la fascination qui se dégagent de l’homme, comme du samouraï. Bien sûr, l’approche peut se focaliser sur l’aspect grandiloquent, épique ou, a contrario, dépeindre un portrait plus intimiste et réaliste, non sans quelques affrontements homériques à l’appui. C’est avec ce dernier choix artistique qu’Hiroshi Inagaki tisse sa fresque ambitieuse en trois actes consacrés à l’une des plus grandes figures historiques du Japon.

Le premier volet remontait aux origines du mythe et à la perfectibilité de l’homme. Œuvre majeure et magistrale, La Légende de Musashi précède Duel à Ichijoji. En dépit de quelques écueils aisément occultés par de nombreuses qualités, ce second opus démontrait la maîtrise et la détermination du samouraï ; fut-ce au-devant de dizaines d’adversaires. À travers ces intrigues, le cheminement de Musashi tenait autant d’une évolution de son état d’esprit qu’à un long voyage fait de rencontres et de périls. La Voie de la lumière ne s’avance pas comme le point d’orgue de ce parcours initiatique, mais plutôt le prolongement d’une démarche psychologique sur la valeur de l’homme et le sens qu’il donne à sa vie.

Le fait que Musashi continue son apprentissage n’implique pas forcément un sentiment d’inachevé dans sa quête, mais plutôt un approfondissement des préceptes qu’on lui a inculqué. Si le courage et la force prévalent toujours, l’humilité et la maîtrise de ses émotions sont également essentielles dans l’équilibre du samouraï. En ce sens, il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec l’ouvrage Mystères de la sagesse immobile de maître Takuan Soho. De même, la poursuite du voyage n’est plus une longue errance entre deux villes, deux duels. Elle aspire à la construction d’un foyer, à une vie simple et éloignée des tourments du champ de bataille. Ironie du sort ou cycle karmique, Musashi en revient à travailler une terre similaire à celle de son village natal. Ce qu’il fuyait précisément, il le désire non sans lucidité sur ses ambitions passées.

La renommée de Musashi est établie dans tout l’archipel nippon. Sa célébrité tient alors à son patronyme et non à son apparence. Ce qui confère quelques scènes délectables quand ses adversaires prennent conscience de son identité. Comme évoqué précédemment, là n’est pas le propos du film. En effet, le samouraï recherche la paix et ne sort le sabre qu’en dernier recours. Il ne renie pas ce qu’il est devenu ; pas même les sacrifices qu’il a consentis jusqu’alors. Cependant, il souhaite accéder à une nouvelle forme de sagesse après avoir acquis la tempérance. Preuve en est, les provocations et les remarques pleines de perplexité n’ont aucun impact sur son comportement. Un véritable contraste avec le personnage de Takezo.

Ce dernier est évoqué, sans doute par nostalgie et par regret, par Otsu dont les années n’ont guère altéré les sentiments. Au même titre que sa rivalité avec Akemi, l’aspect romantique trouve ici un nouvel essor, même si l’on délaisse tout symbole et connotation liés à la femme, comme ce fut le cas dans les deux premiers métrages. Cela vaut également pour certaines incursions cérémonieuses, sciemment mises en retrait. En revanche, la présence du shogunat Tokugawa se fait davantage ressentir avec une proximité d’autant plus étroite auprès de Musashi et de Sasaki, son plus redoutable adversaire. On notera que leur caractérisation s’écarte de tout manichéisme. Les deux hommes font preuve d’un respect mutuel et tiennent à combattre avec honneur.

À ce titre, l’ultime duel fait l’objet d’une véritable leçon de mise en scène, imposant certains fondamentaux du chanbara. La fluidité de la caméra accompagne les mouvements des deux bretteurs. On a droit à une formidable alternance des points de vue et des perspectives. La tension est palpable, ne serait-ce qu’à travers l’observation de l’adversaire, les positions techniques et la célérité des déplacements. Cela sans compter sur le cadre de la plage, les difficultés à évoluer dans le sable ou les pieds dans l’eau. Pour parfaire le tableau, Hiroshi Inagaki amorce le combat de nuit dans une aura crépusculaire, avant qu’il ne se conclue à l’aurore, évoquant un nouvel éveil pour le vainqueur.

Au final, La Voie de la lumière constitue la quintessence de la trilogie Musashi d’Hiroshi Inagaki. Bien plus qu’un film ou un projet sur la vie de samouraï, son œuvre se veut profondément sincère, humaine, dans la manière de dépeindre un mythe, une philosophie de vie. En l’espace de trois films, il n’encense pas l’une des plus grandes figures du Japon. Il le présente avec ses forces et ses perfectibilités. Dans un contexte historique soigné, la réalisation tire parti d’environnements somptueux à même de retranscrire l’atmosphère de l’époque d’Edo à ses débuts. Porté par le charisme exceptionnel de Toshirō Mifune, il en ressort un triptyque mémorable qui préfère s’écarter de la grandiloquence des affrontements pour mieux se concentrer sur la narration et les personnages à travers la quête initiatique de Musashi.

Note : 17/20

Par Dante

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