novembre 30, 2021

Duel à Ichijoji – Musashi Persiste et Signe

Titre Original : Zoku Miyamoto Musashi : Ichijôji no Ketto

De : Hiroshi Inagaki

Avec Toshiro Mifune, Michiyo Kogure, Mariko Okada, Kaoru Yachigusa

Année : 1955

Pays : Japon

Genre : Aventure, Action

Résumé :

Takezo, rebaptisé Musashi Miyamoto, est devenu un samouraï hors pair. Depuis des années, il parcourt le pays au gré de ses affrontements dont il sort toujours vainqueur. Le voici désormais à Kyoto pour combattre maître Yoshioka. Dans la grande ville, il retrouve ses deux soupirantes : la vertueuse Otsu, ancienne fiancée de Matahachi, et la jeune Akemi, également courtisée par Yoshioka. Alors que l’affrontement entre les deux hommes est sans cesse repoussé, la violence autour de Musashi ne fait que croître…  

Avis :

Avec La Légende de Musashi, Hiroshi Inagaki inaugurait sa nouvelle trilogie consacrée au célèbre samouraï avec force et conviction. Sorte de préquelle au mythe véhiculé par l’imaginaire collectif, ce premier volet développait un portrait nuancé et davantage complexe que la figure valeureuse communément présentée. Il en ressortait une incursion saisissante à bien des égards pour poser les bases d’un parcours hors du commun. Second métrage du projet, Duel à Ichijoji s’immisce dans le sillage de son illustre prédécesseur où Miyamoto Musashi forge sa réputation et sa légende à coups de katana, mais pas seulement…

Si l’on pouvait s’attendre à une scission avec La Légende de Musashi, elle est moins flagrante qu’escomptée. En effet, le protagoniste gagne en notoriété et en puissance. Sa renommée s’étend à l’archipel nippon et tranche radicalement avec le personnage de Takezo, un rien colérique et immature avant qu’il n’emprunte la voie du sabre. De ce côté, il est vrai que Musashi se montre davantage tempéré et fait preuve de recul quant à son existence, ses objectifs. Pour autant, il paraît difficile de ne pas distinguer un tiraillement, si ce n’est un renoncement, en ce que sa précédente vie aurait pu lui offrir. À défaut de doutes et de regrets, on songe surtout à une introspection qui tend vers une remise en question sincère.

En ce sens, le premier duel du film aboutit à une victoire amère. Elle suggère en effet une mécompréhension de la voie du sabre. Le personnage du moine est là pour nous le rappeler, car elle ne revêt pas uniquement une connotation guerrière. Certes, cette dernière présente une importance non négligeable, comme l’atteste l’œuvre littéraire de Musashi lui-même. Elle nécessite également d’appliquer des préceptes au quotidien. Certains d’entre eux renvoient même à une austérité toute monacale quant à la consommation d’alcool ou le rapport aux femmes. Deux notions qui, dans le cas présent, démontrent les tentations et les diversions auxquelles le samouraï est confronté.

Symbole de vulnérabilité dans le précédent métrage, la femme est ici assimilée à un obstacle. À cet égard, la dureté des propos de Musashi tranche radicalement avec ce qui a pu être avancé auparavant, comme si son changement de patronyme l’avait profondément transformé ; a fortiori lorsqu’on considère ses sentiments pour Otsu. Il n’en demeure pas moins que certaines séquences dégagent la sensualité propre à la gent féminine. C’est notamment le cas des représentations de buyō (danse traditionnelle japonaise) sur fond de yōkin et de shamisen. Par la même, ces apparats et cette mise en scène cérémonieuse renvoient à une image sibylline de la femme.

Comme évoqué avec La Légende de Musashi, on retrouve également ce mystère qui émane des plans nocturnes ou noyés dans un clair-obscur somptueux. Sur ce point, Hiroshi Inagaki excelle pour valoriser les décors et son personnage central. En revanche, on demeure sur la réserve quant aux chorégraphies des affrontements. Si l’on pouvait comprendre le parti pris pour le premier volet, les combats sont toujours aussi expéditifs. On privilégie les postures et l’observation de l’adversaire aux joutes physiques. On a beau apprécier cette tonalité réaliste et le charisme de Toshirō Mifune pour magnifier ses instants, cet aspect du film souffre d’un traitement elliptique, pas forcément de circonstances.

Au final, Duel à Ichijoji constitue une suite de qualité, même si elle ne parvient pas à atteindre l’excellence de son prédécesseur. La narration emprunte un cheminement logique dans la construction du mythe de Musashi. Les débuts tourmentés du samouraï cèdent la place à un parcours initiatique ; pas uniquement sur la voie du sabre, mais sur la recherche de son identité. Là encore, le propos nuancé empreint d’humanisme demeure présent, se teintant d’une rigueur qui fait autant la force que la faiblesse du protagoniste. Cette prise de conscience permet alors d’appréhender la vie de samouraï dans son ensemble et pas seulement au bout de la lame d’un katana. On regrette néanmoins des passes d’armes trop furtives, même si foncièrement réalistes.

Note : 15/20

Par Dante

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