novembre 30, 2021

Le Jour des Cendres – Jean-Christophe Grangé – Pas de Quoi s’Enflammer

Auteur : Jean-Christophe Grangé

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Dans un monde de pure innocence, quel peut être le mobile d’un tueur ?
Dans une communauté sans péché, comment le sang peut-il couler ?
À moins qu’à l’inverse… Le coupable soit le seul innocent de la communauté.

Avis :

Depuis une dizaine d’années, les romans de Jean-Christophe Grangé ont présenté un intérêt fluctuant, sinon déclinant. De thrillers engagés en ambiances aussi singulières que glauques, l’auteur du Vol des cigognes s’est progressivement enlisé dans une complaisance littéraire. À l’image de La Terre des morts ou de Kaïken, les histoires se sont contentées du minimum syndical, n’apportant strictement rien au genre ou à l’œuvre de leur géniteur. Avec La Dernière chasse, un nouveau pas a été franchi avec le procédé de novellisation des épisodes de la série Les Rivières pourpres. Le Jour des cendres s’inscrit également dans cette démarche qui interpelle autant sur le manque d’inspiration que sur le processus créatif lui-même.

Bien que l’approche soit dépourvue de toute originalité, le récit démarre pourtant sur une idée intrigante, suggérant un mystère dissimulé sous les apparats idylliques d’une communauté sectaire. Un tel sujet demeure toujours intéressant à creuser si tant est qu’il soit correctement développé. L’auteur opte alors pour une alternance des points de vue entre infiltration et investigations. Associé à une structure ponctuée de chapitres courts, le rythme se montre énergique et constant. De prime abord, on escompte donc un revirement qualitatif qui rehausse sensiblement le niveau par rapport aux précédentes itérations évoquées. Seulement…

On progresse bien vite dans un récit cousu de fils blancs. Si l’ennui n’est guère de circonstances, les procédés de narration font preuve d’une linéarité alarmante. À aucun moment, le lecteur ne se sent surpris ou floué par la tournure des évènements. Les retournements sont prévisibles au possible, tandis que le déroulement de l’enquête ne s’encombre guère de détails techniques ou d’explications approfondies. Grangé cultive l’art de la circonspection à travers des dialogues binaires et des descriptions sommaires. En l’occurrence, il aurait mieux valu ne pas confondre accessibilité et simplicité de la prose. On notera des tournures maladroites et un style sans relief, vraisemblablement émoussé par le temps.

De même, la présence de comparaisons saugrenues rend certaines séquences faussement comiques, voire caricaturales à certains égards. Dès lors, les confrontations avec de potentiels suspects ou l’exposition d’un cadre isolé se départissent de toute suggestivité quant à une menace latente. Les allusions et les éléments propres au fonctionnement des sectes sont à peine évoqués, pour ne pas dire absents. Des notions de manipulation à la doctrine, il faut se contenter d’un ersatz des croyances amish en Alsace. Toute la connotation religieuse en reste au stade des intentions. A priori, l’auteur semble plus soucieux de détailler le travail saisonnier et la production du vin.

De digressions en déconvenues, on se heurte également à une palette de clichés en guise de personnages. À aucun moment, ils ne sortent de leur carcan social. En l’absence d’évolution au fil des ouvrages, la figure du flic bourru et macho de Niémans fatigue. En 2020, on en reste encore à des répliques vieilles de plusieurs décennies concernant la gent féminine et l’éternelle rivalité entre policiers et gendarmes. Preuve en est avec le surnom éculé de ces derniers, « cruchots ». Quant aux femmes, on s’attarde davantage sur leur forme voluptueuse, à la lisière du fantasme sexuel tout droit sorti d’un porno, et non sur leurs compétences professionnelles.

Au final, Le Jour des cendres semble remiser définitivement Jean-Christophe Grangé comme auteur de romans-feuilletons sans envergure. Malgré un potentiel de départ prometteur, l’intrigue démontre vite ses limites et sa propension à la paresse littéraire. Le style de l’écrivain a perdu de sa force et ne permet plus d’instaurer une atmosphère à même d’accompagner le lecteur dans les vignes alsaciennes. De croyances sectaires à l’eugénisme, les sujets évoqués ne sont que prétextes mal avancés pour enchaîner les chapitres avec frénésie. L’histoire ressasse des poncifs éculés, des thématiques à peine esquissées, sans compter des protagonistes caricaturaux. S’il demeure moins mauvais que son prédécesseur, il en ressort un thriller globalement médiocre et sans grand intérêt. Une nouvelle déconvenue.

Note : 08/20

Par Dante

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