novembre 30, 2021

Albatros – Drame Maritime

De : Xavier Beauvois

Avec Jérémie Renier, Marie-Julie Maille, Victor Belmondo, Iris Bry

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Laurent, un commandant de brigade de la gendarmerie d’Etretat, prévoit de se marier avec Marie, sa compagne, mère de sa fille surnommée Poulette. Il aime son métier malgré une confrontation quotidienne avec la misère sociale. En voulant sauver un agriculteur qui menace de se suicider, il le tue. Sa vie va alors basculer.

Avis :

Xavier Beauvois est un cinéaste atypique dans le paysage du cinéma français. S’intéressant à des sujets divers et variés, ce qui définit le cinéma de Xavier Beauvois, c’est son ton, très réaliste, qui résonne parfois à la limite du documentaire. Réalisateur à succès, on lui doit des films comme « Le petit lieutenant« , « Des hommes et des dieux » ou « Selon Mathieu« . Après l’échec total de sa « … rançon de la gloire » en 2014, Xavier Beauvois s’était lancé dans un film qui se passe en 1915 pendant la première guerre, « Les gardiennes« , et le metteur en scène avait alors renoué les bons retours.

Quatre ans après ses « … gardiennes« , Xavier Beauvois pose sa caméra à Etretat, pour un nouveau film qui revient à notre époque, « Albatros« . Très riche et particulièrement intéressant, « Albatros » est une œuvre qui s’intéresse à beaucoup de sujets d’actualité, comme les agriculteurs et la difficulté de vivre de leur métier, le quotidien des gendarmes, leur engagement, ou très brièvement, le tribunal médiatique. Sur le ton du documentaire, Xavier Beauvois livre donc un bon film, mais aussi un film qui se scinde en deux parties, puis une chute, et l’une d’entre elles, la dernière, même si elle conclut le film de très belle manière, s’aventure dans une errance en mer qui se fait franchement longue, abîmant ainsi quelque peu la force et intérêt d’ »Albatros« .

Laurent est commandant à la brigade de gendarmerie d’Etretat. La quarantaine passée, Laurent est un homme bien dans sa peau. Il a une bonne vie de famille, d’ailleurs, il prévoit de se marier avec celle qui est sa compagne depuis dix ans déjà, et il aime son métier. Mais un soir, sa vie va être bousculée lorsque voulant sauver un agriculteur du suicide, il va accidentellement le tuer.

Huitième film pour Xavier Beauvois, « Albatros » est un métrage duquel on ressort de manière assez partagé. Partagé entre l’excellence de sa première partie, l’intérêt pour sa deuxième et l’ennui radical lorsque son film chute.

Si j’apprécie de manière générale le cinéma de Xavier Beauvois, je dois aussi dire qu’il y a toujours un moment dans ses films où je décroche quelque peu et cet « Albatros » n’a donc pas échappé à cette règle. Pourtant, le film était parfaitement parti, nous entraînant dans une première partie réellement passionnante. Cette première partie présente avec détails, sincérité et réalisme le quotidien d’une brigade de gendarmerie. Le scénario oscille dans le quotidien de ces hommes et ces femmes, entre leur engagement pour le métier, leur confrontation face à la misère sociale, ou bien encore leur quotidien en dehors de l’uniforme. Il y a quelque chose de très juste qui se dégage du film de Xavier Beauvois. Les interactions avec les différents personnages, la façon de réagir aux événements, aux petits ou gros tracas du quotidien de la vie et du métier de gendarme, Xavier Beauvois est réellement au plus près de ses personnages et il nous embarque sans mal.

Il nous embarque encore plus grâce à la performance de Jérémie Renier qui est impeccable dans la peau de ce personnage fort et impliqué. On adore le suivre aussi bien sur le terrain que dans son quotidien avec sa famille. Vient ensuite l’élément déclencheur, celui qui va abîmer des vies et plus tard le film. Avec cet élément, le suicide d’un agriculteur qui va tourner à l’accident mortel, Xavier Beauvois vise juste encore une fois. Le scénario avait déjà commencé à explorer la pression que peuvent subir les agriculteurs qui croulent sous les normes, et derrière ça, ne vivent pas de leur travail. Là encore, le film est très intéressant, d’autant plus que Xavier Beauvois s’éloigne des caricatures et des clichés qu’on a déjà pu voir sur le sujet. Là encore, à travers les interactions et les événements, le réalisateur installe un ton très juste. Et ce ton, il le tient tout autant après la mort accidentelle, faisant alors changer le film de cap, explorant la procédure dans ces cas-là, et au-delà de ça, l’impact violent d’enlever une vie (« – Je voulais le sauver et je l’ai tué. »). Comment faire face à ce geste ? Comment affronter cette épreuve, surtout qu’en arrière, tout s’emballe ? Là encore, Jérémie Renier excelle, livrant un personnage détruit, qui ne cesse de toucher.

Mais voilà, après toutes ces qualités, et même si ça reste assez logique dans cette intrigue-là, Xavier Beauvois casse son film avec une errance en mer, qui n’arrive pas vraiment à convaincre, puis derrière ça, cette dernière, qui tend vers la contemplation, ennuie et nous fait attendre que le film se reprenne (ce qu’il fera heureusement dans ses dernières minutes). Si l’idée de faire fuir en mer son personnage est logique avec tout ce qui a été fait avant, « Albatros » enchaîne les minutes qui s’allongent, et un peu comme le personnage, le film tourne en rond. Cette partie de film dure peut-être une vingtaine de minutes (qui nous paraissent bien plus longues) et malgré la présence forte d’un Renier déboussolé, ça n’aura pas suffi pour abîmer l’ensemble du film et nous faire quitter la salle sur un ton partagé.

Ainsi donc, le dernier-né de Xavier Beauvois, sur son ensemble, reste un film intéressant qui tient de sacrés moments passionnants. Tenu par un Jérémie Renier parfait, tenu par des acteurs plus ou moins professionnels qui sont tous excellents (mention très spéciale pour Geoffrey Sery dans le rôle de Julien). Très bien filmé, avec un ton quasi-documentaire qui nous happe d’emblée, il est vraiment dommage que Xavier Beauvois n’ait pas réussi à tenir cette ligne jusqu’au bout. Après, si l’on fait l’addition entre ces deux parties passionnantes et ces vingt minutes d’errance ennuyantes, clairement, pour tout ce que le film raconte et pour ses comédiens, le dernier Beauvois mérite tout à fait qu’on s’aventure dans une salle de cinéma, et de manière personnelle, malgré mes déceptions, je ne regrette pas de m’y être aventuré.

Note : 13,5/20

Par Cinéted

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