février 7, 2023

La Nonne

Titre Original : The Nun

De : Corin Hardy

Avec Taissa Farmiga, Demian Bichir, Bonnie Aarons, Jonas Bloquet

Année : 2018

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Quand on apprend le suicide d’une jeune nonne dans une abbaye roumaine, la stupéfaction est totale dans l’Église catholique. Le Vatican missionne aussitôt un prêtre au passé trouble et une novice pour mener l’enquête. Risquant leur vie, les deux ecclésiastiques doivent affronter une force maléfique qui bouscule leur foi et menace de détruire leur âme. Bientôt, l’abbaye est en proie à une lutte sans merci entre les vivants et les damnés…

Avis :

Initiée en 2013, la saga Conjuring a trouvé un succès fulgurant, donnant vite l’envie à James Wan et ses producteurs de faire une suite, puis une franchise. Non content de nous faire frémir avec le couple Warren, la franchise se dote de quelques spin-off, dont le détestable Annabelle et sa poupée maléfique, ou encore La Nonne et son démon déguisé en bonne sœur. James Wan étant très occupé de son côté avec Aquaman et des films plus personnels, il décide de jeter son dévolu sur Corin Hardy, dont le premier film, Le Sanctuaire, fut une très agréable surprise. Tourné pour l’essentiel à Bucarest, La Nonne raconte comment un prêtre est dépêché dans un couvent pour élucider un mystère sur une bonne sœur pendue. Et les choses ne vont pas se passer comme prévu… Tout comme pour le spectateur, qui va surtout bailler d’ennui.

Valak con dios

Le plus gros souci de ce film réside dans son scénario, qui n’est qu’une succession de saynètes avec des éléments qui sont censés faire peur. On se retrouve donc avec un prêtre qui n’a peur de rien et une bonne sœur qui va observer des choses bizarres, jusqu’à affronter le vilain démon. Se voulant résolument lugubre et jouant avec les codes de la nunsploitation, La Nonne va vite virer horreur basique, avec une flopée de jumpscares qui ne font plus peur depuis belle lurette. Et c’est bien là tout le problème du film, qui n’arrive à aucun moment à créer de la tension, de la peur, se focalisant sur des effets faciles et non sur une ambiance plus délétère, plus chaotique, plus démoniaque. Il manque au métrage une envie de plonger dans une horreur bis qui sied bien mieux aux églises à l’abandon et aux démons pervers.

Pire, ici, l’antagoniste n’a pas forcément de force et ne fait pas peur. Il faut dire que ses apparitions sont réduites comme peau de chagrin, et que les seules fois où il vient jouer des coudes avec les « héros », c’est pour pousser des feulements et dégueuler des serpents. Pas de quoi nous filer la chair de poule. Cela provient essentiellement du scénario qui ne sait pas quoi faire de Valak. Les enjeux du démon sont obscurs et on a vraiment l’impression que ce film n’existe que pour le look du démon. Look que l’on doit surtout au physique atypique de son actrice, Bonnie Aarons, qui a déjà joué des rôles inquiétants, notamment dans Mulholland Drive de David Lynch. Mais tout miser sur un design ne fait pas un film, et La Nonne en est un exemple flagrant.

Mauvaise Sœur

L’autre très gros point faible du film se trouve dans les personnages. Car si Valak est sous-exploité et ne sert strictement à rien, il en va de même pour les deux personnages principaux qui sont écrits à la truelle. Si Taissa Farmiga joue bien son rôle d’ingénue des familles, son personnage est tout simplement inutile. Il s’agit d’une jeune fille vierge, qui est la proie idéale pour un démon lubrique. Et c’est tout. Elle ne possède aucun background et n’a aucun impact sur la suite du film. Il en va de même pour le prêtre joué par Demian Bichir. Sorte de tête brûlée qui n’a peur de rien, il va affronter le démon avec un certain aplomb et rien ne semble le surprendre. De plus, l’acteur n’arrive pas à insuffler un vent de sympathie sur ce personnage qui, lui aussi, ne possède aucun bagage et flirte avec le je m’enfoutisme.

Quant aux personnages secondaires, ils sont tout simplement inexistants. On aura bien un jeune québécois à la langue bien pendue, mais hormis être l’ajout humoristique, il n’apporte aucun plus à l’histoire. Il en va de même chez les bonnes sœurs qui végètent entre quatre murs gris, pour finalement dire quelques prières de temps à autre pour s’assurer une ambiance mortifère. Sauf que cela ne prend jamais vraiment. L’empathie est absente et même si on sent que le budget conséquent a permis de peaufiner certains plans et de jouer avec la lumière, on ne ressentira rien, la faute à des protagonistes construits à la truelle. C’est quand même dingue d’avoir autant d’argent et de ne finalement ne rien en faire, si ce n’est une paire de plans jolis, comme le couloir plein de croix, avec les déambulations dans le cimetière.

Même pas peur

Un peu comme le fut Annabelle, La Nonne est une déception dans sa gestion de l’horreur. L’ambiance est bien trop sage pour construire quelque chose de prégnant. Si quelques moments sont bien amenés, à l’image de cette matriarche en noir qui parle de façon un peu mystique, globalement, le film n’est jamais à la hauteur de nos attentes. Le bodycount ne dépasse jamais les doigts d’une main, et la menace de Valak semble peser sur le couvent. On notera aussi une absence d’imagination dans la mise en avant des effets de peur. Le cauchemar du prêtre qui se retrouve dans un cercueil est très mal amené et les éléments qui se veulent grandiloquent frôle souvent le film de super-héros. Le coup des bonnes sœurs qui sont envoyées valdinguer dans les murs est risible. Tout comme la marque sur le dos de la bonne sœur qui ne sert finalement à rien.

Au final, La Nonne est un énième film d’horreur à gros budget qui ne possède pas d’âme. Sans envergure au niveau de son scénario, ans projet intéressant pour son monstre, sans écriture pour ses personnages, le film de Corin Hardy loupe presque tout ce qu’il entreprend. On ne sauvera que quelques plans inspirés, sauvés par une photographie du plus bel effet. Pour le reste, on s’ennuiera ferme face à une franchise qui s’enlise dans le mauvais. Quand un film est fait uniquement pour l’argent, ça se voit…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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