janvier 27, 2023

Chromosome 3

Titre Original : The Brood

De : David Cronenberg

Avec Oliver Reed, Art Hindle, Samantha Eggar, Henry Beckman

Année: 1979

Pays: Canada

Genre: Horreur

Résumé:

Un psychiatre invente une thérapie révolutionnaire qu’il applique à ses malades. Il n’avait pas prévu les effets secondaires, particulièrement destructeurs…

Avis :

Il y a des réalisateurs qui ont des thématiques de prédilection et qui en ont fait leur cheval de bataille dans le septième art. On pourrait citer l’humanité des montres pour Guillermo Del Toro (même si c’est très réducteur) ou encore les transformations physiques dans le cinéma de David Cronenberg. Le cinéaste canadien est d’ailleurs devenu l’un de ses innombrables réalisateurs cultes du cinéma d’horreur grâce à une imagerie très particulière, très clinique, et des transformations assez ragoutantes. Pour autant, si on regarde de plus près sa carrière, on voit qu’elle prend aujourd’hui une forme toute différente, délaissant la chair pour se concentrer un peu plus sur l’esprit et de manière plus pragmatique. Mais ce n’est pas la seconde moitié de sa carrière qui nous intéresse aujourd’hui, non seulement parce qu’elle est un peu trop plan-plan, mais aussi et surtout parce qu’elle est moins forte visuellement. Et cela même si certains films sont vraiment excellents comme A History of Violence.

Au début de sa carrière, David Cronenberg va explorer le champ du corps et il va en faire son thème principal, qui trouve d’ailleurs un parfaite synthèse dans son quatrième métrage, Chromosome 3 (ou The Brood en version originale, comme ça, si ça peut vous éviter de chercher les inexistants Chromosome et Chromosome 2). Dans ce film, on va faire connaissance avec un psychiatre qui essaie de guérir certains patients d’un manque affectif ou de psychoses parfois incongrues. Il va alors prendre sous son aile une jeune femme qui semble avoir du mal à gérer sa colère. A travers un jeu de rôle et un livre qu’il a écrit qui se nomme The Shape of Rage, il va tenter de faire sortir les démons de la jeune femme. En parallèle, le mari de cette jeune femme garde leur petite fille et il va se passer des phénomènes très étranges autour d’eux, des monstres prenant la forme d’un enfant tuent leur entourage. Jusque-là, on ne voit pas très bien où se place la transformation dans une telle histoire, et pourtant, elle va prendre tout son sens au fur et à mesure que l’intrigue se dévoile. Relativement court, le film va distiller ses indices, laissant entrevoir une possibilité inhumaine quant à la création de ces petits monstres.

En un sens, le film veut montrer la puissance de notre psychique. En effet, The Shape of Rage (la forme de la rage pour les allergiques de l’anglais) est un livre qui donne le premier indice, à savoir matérialiser sa colère et lui donner une sorte de vie. Avec le psychiatre, qui fait ressortir les démons de la jeune par la parole et un subtil jeu de rôle, le film va montrer à quel point notre cerveau peut conditionner notre corps. A quel point nous sommes dépendants de notre matière grise et à quel moment elle peut dérégler notre physique, au point de créer des choses immondes et immorales. Le film va très loin dans sa démarche et il va créer un certain malaise, notamment dans sa fin et sa résolution qui montre de façon frontale ce que l’on redoutait tous. Avec ce film, David Cronenberg pousse à son paroxysme le lien étroit qui lie le corps et l’esprit. Alors on pourra toujours pester sur une intrigue qui se dévoile assez vite. Tout du moins, un certain suspens va venir égailler tout ça, laissant planer un doute sur les intentions du docteur, mais aussi sur les ravages que fait sa médecine expérimentale sur des personnes fragiles. Le suspense est donc savamment dosé pour tenir en haleine sur tout le film.

Mais ce n’est pas tout. Le réalisateur va emprunter des codes à d’autres genres que l’horreur pure et même si le gore et le sanglant sont bien présents à l’écran, le temps de quelques meurtres, il y a une mise en scène qui se rapproche vraiment d’un giallo ou du Ténèbres de Dario Argento. Notamment au niveau de deux points. Les meurtres sont orchestrés de façon très coupés, ne laissant jamais vraiment entrevoir le meurtrier ou encore sa façon d’opérer. On verra des coups, on imaginera la scène qui se déroule hors-champ et du coup, cela rapproche Chromosome 3 de certains giallos. Et on peut le comparer au film d’Argento dans sa mise en scène. Non pas que la modernité soit mise en avant, mais il y a un côté clinique très « malaisant ». C’est-à-dire que Cronenberg à un certain sens de l’épurement, et on peut le remarquer aussi dans ce métrage. Le blanc est une couleur qui prédomine, tout comme l’aspect aseptisé, qui fait penser aux quartiers modernes de Ténèbres. Ensuite, ce film détient quelques séquences choc qui ne laissent pas indifférents, renvoyant presque l’humaine à un stade animal, léchant ses petits plein de sang pour les nettoyer. Une scène pas anodine et qui est là pour nous rappeler que notre statut d’humain n’est pas irrémédiable et que nous sommes des mammifères avant tout.

Enfin, le film possède aussi une qualité indéniable, c’est son casting. Oliver Reed est comme à son habitude absolument impeccable dans son rôle. Il irradie de charisme et vole la vedette à tout le monde. En face de lui, Art Hindle est très convaincant en mari inquiet et qui souhaite arrêter ce traitement qui semble faire du mal à sa femme et à sa fille. Tout le reste du casting demeure au cordeau, notamment Samantha Eggar qui joue la jeune femme perturbée et qui est bluffante dans un rôle très difficile et complexe mais qu’elle tient à merveille. Et mention spéciale à Cindy Hinds qui joue la jeune fille du couple, tout d’abord assez inexpressive, puis qui va se dévoiler au fur et à mesure du métrage, pour un rôle très complexe.

Au final, Chromosome 3 est un film relativement réussi et qui pose quelques questions assez intéressantes sur le pouvoir de notre cerveau sur notre corps et notamment la puissance de la colère. David Cronenberg en profite pour peaufiner sa mise en scène épurée et clinique, tout en y apportant des personnages assez étranges, parfois incapable du moindre du dialogue ou ayant des difficultés pour simplement parler et échanger. Bref, il s’agit d’un film étrange, assez lancinant, parfois très violent, de temps à autre visuellement dérangeant, mais toujours intéressant, et c’est bien là l’essentiel.

Note : 15/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=McoaQyrVg_E[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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