janvier 22, 2022

Le Premier qui l’a Dit

Titre Original : Mine Vaganti

De : Ferzan Özpetek

Avec Riccardo Scamarcio, Nicole Grimaudo, Alessandro Preziosi, Carmine Recardo

Année : 2010

Pays : Italie

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

Grande réunion chez les Cantone, illustre famille de Lecce dans les Pouilles, propriétaire d’une célèbre fabrique de pâtes.
Tommaso, le benjamin, veut profiter du dîner pour révéler à tous son homosexualité.
Mais alors qu’il s’apprête à prendre la parole, Antonio, son frère aîné, promis à la tête de l’usine, le précède pour faire… la même révélation.
Scandale général, malaise du père qui chasse le fils indigne.
Tous les espoirs se portent alors sur Tommaso pour reprendre l’affaire familiale et perpétuer le nom des Cantone.
Tommaso a d’autres plans, mais comment peut-il à présent dire la vérité à sa famille ? C’est alors que ses amis romains débarquent pour une visite surprise dans les Pouilles.

Avis :

Ferzan Özpetek est un réalisateur turc qui s’est imposé en Italie. Il s’installe très jeune en Italie et après avoir été assistant réalisateur pendant une dizaine d’années, Ferzan Özpetek commence à réaliser à la fin des années 90. Au départ, ses films passent sous les radars, et c’est au cours des années 2000 que le réalisateur va gagner du terrain, allant même jusqu’en 2003 à décrocher le David di Donatello du meilleur film pour « La fenêtre d’en face« . Depuis ce prix, le réalisateur enchaîne les films et développe si bien son univers qu’il est décrit par certain comme le Almodóvar italien.

Après avoir livré des drames à la fin des années 2000, Ferzan Özpetek commence cette nouvelle décennie avec une comédie dramatique assez enjouée, qui arrivera à garder en son sein une part de réflexion très intéressante. Film sur l’acceptation de l’homosexualité au sein d’une famille, « Le premier qui l’a dit » tient un scénario original et frais, une mise en scène inspirée, et des personnages très attachants et touchants.

Huitième film pour Ferzan Özpetek, « Le premier qui l’a dit » est un petit délice qui n’a pas manqué sa cible. On rit, on est touché, on est ému, voire même un peu plus, et au-delà de tout ça, on est transporté avec douceur, couleurs, et quelques clichés bien vus. Bref, une jolie réussite pour le plus italien des réalisateurs turcs.

Grande réunion de famille chez les Cantone. Tout le monde est là et ces quelques jours en famille ont de quoi raviver les cœurs. Tommaso, le plus jeune de la famille qui habite à Rome, loin des siens, veut profiter de ces quelques jours en famille pour leur faire plusieurs révélations, dont la plus importante, qu’il est homosexuel. Tommaso avait tout prévu, ça se passerait le soir, pendant le dîner, comme ça, tous seraient au courant, et il n’aurait pas besoin d’y revenir. En revanche, ce que Tommaso n’avait pas prévu, c’est que son frère aîné, Antonio, le devancerait, faisait lui aussi son coming out ce soir-là. Ce premier coming out va alors déclencher un scandale, et envoyer leur père à l’hôpital. Dès lors, avec un coming out, leur père fait un infarctus, alors comment faire un deuxième dans la foulée…

Agréable, drôle, rafraîchissant, enjoué, juste, et en même temps posant un bon regard sur l’acceptation de soi et des autres, « Le premier qui l’a dit » est un petit sans faute qui nous entraîne entre le rire et les émotions.

Écrit par Ferzan Özpetek, « Le premier qui l’a dit » est un film qui tient tout d’abord un très bon scénario. Un scénario qui arrive à être à la fois classique et original. Classique de par son idée générale, oui on ne compte plus le nombre de films qui aborde le coming out, mais face à d’autres métrages, Ferzan Özpetek arrive sans mal à imposer une originalité, et ce « … premier qui l’a dit » se suit avec sourire et plaisir, avec le sentiment de redécouvrir dans un sens ce genre d’histoire. Car oui, là où le metteur en scène s’échappe du lot, c’est avec cette histoire d’avoir deux coming out à faire au sein d’une même famille. Ainsi, une fois le premier fait, on assiste à toute une galerie de rebondissements, jugements et réactions qui posent une sorte de suspens, et rend très compliqué le coming out d’un deuxième fils. Jouant avec justesse avec les situations, les regards et les mots, Ferzan Özpetek livre un film qui réussit à se faire drôle et frais, alors que son fond est dramatique.

Le réalisateur nous amuse, nous divertit, il grossit le trait, laissant parfois son film aller vers une sorte de soap qui déclenche des rires, alors que ce n’est pas censé être drôle (difficile de ne pas rire devant ce père de famille macho au possible, effondré, pleurant toutes les larmes de son corps). Puis au moment où l’on ne s’y attend jamais, Ferzan Özpetek arrive toujours à sortir son film de la comédie, pour poser de justes questions. « Le premier qui l’a dit » n’est pas un film sur l’homosexualité, mais plutôt un film qui parle de l’acceptation de soi. Un coming out à tout âge est toujours compliqué, et surtout avant de le faire pour les autres, il faut le faire pour soi, et Ferzan Özpetek, à travers toutes les péripéties, les regards, les réactions, et les jugements, arrive parfaitement à parler de ça. Ainsi « Le premier qui l’a dit » arrive à se faire très touchant, tout faisant rire.

Si le film est juste dans ce qu’il raconte, il l’est tout autant dans sa mise en scène, Ferzan Özpetek livrant un film qui est une petite boule d’énergie. Oscillant très bien entre la comédie et l’émotion, le réalisateur impose un rythme, un univers étonnant avec une très belle histoire en parallèle. Puis au-delà de ça, son film est plein de piquant et de couleurs, ce qui fait que l’on se plaît à aller de scène en scène, car ces dernières ont toujours une idée qui est intéressante, une idée qui embellit toujours l’ensemble. Bref, Ferzan Özpetek livre un beau cinéma, et l’on ressort de son film touché et surtout avec le sourire aux lèvres.

Enfin, si tout est bien ficelé, il est vrai que « Le premier qui l’a dit » aurait une toute autre saveur s’il n’y avait pas cette troupe de comédiens qui sont tous divins dans leurs rôles. Bien sûr, on retiendra Nicole Grimaudo, Alessandro Preziosi, Elena Sofia Ricci, Ilaria Occhini, ou encore ce groupe de quatre qui composent les amis venant de Rome, mais il est vrai que le film de Ferzan Özpetek est avant tout porté par deux acteurs magnifiques, qui trouvent là de très beaux personnages. D’un côté, on aura donc Ennio Fantastichini, qui dans le rôle du père fait des merveilles, et de l’autre, il y a Riccardo Scamarcio dans la peau du fils, qui était prêt et qui se retrouve coincé.

« Le premier qui l’a dit » de Ferzan Özpetek est donc une belle réussite, doublée d’un très beau film sur l’acceptation de soi, l’acceptation des autres, ainsi que sur le regard des autres. Drôle, voire même hilarant parfois, Ferzan Özpetek n’oublie jamais de livrer un drame où l’émotion est présente et surtout elle se fait belle. Bref, ce « … premier qui l’a dit » est une belle découverte qui se déguste sans modération.

Note : 15/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.