décembre 3, 2021

Laisse-Moi Entrer – John Ajvide Lindqvist

Auteur : John Ajvide Linqvist

Editeur : Bragelonne

Genre : Horreur

Résumé :

 » – Oskar… Cela provenait de la fenêtre. Il ouvrit les yeux et regarda dans cette direction. Il vit les contours d’un petit visage de l’autre côté de la vitre. Il écarta ses couvertures mais avant qu’il ait eu le temps de sortir de son lit, Eli murmura : – Attends. Reste dans ton lit. Est-ce que je peux entrer ? Oskar chuchota : – Oui. – Dis que je peux entrer. – Tu peux entrer. « 
Oskar a 12 ans, il vit seul avec sa mère au cœur d’une banlieue glacée de Stockholm. Il est martyrisé par trois adolescents de son collège. Eli emménagé un soir dans l’appartement voisin. Un homme l’accompagnait. Elle sort le soir, semble ne craindre ni le froid ni la neige et exhale une odeur douceâtre et indéfinissable.

Avis :

Les vampires dans la littérature, c’est une histoire d’amour et de sang qui ne date pas d’hier. Entre le Dracula de Bram Stoker ou le Carmilla de Sheridan Le Fanu, les suceurs de sang ont toujours eu le vent en poupe. Et chaque période a son livre de prédilection sur la thématique vampirique. On peut citer Anne Rice et son Entretien avec un Vampire, ou encore Stephenie Meyer avec la saga Twilight (oui, moi aussi, ça me mal d’écrire ça…). En règle générale, le vampire est plutôt d’origine anglo-saxonne ou américaine. Cependant, au début des années 2000, un auteur suédois va créer la surprise avec un best-seller, Laisse-Moi Entrer. Vendu à plus de 270 000 exemplaires, le roman de John Ajvide Linqvist va être rapidement adapté au cinéma par Thomas Alfredson (Morse), puis les américains vont en faire un remake. La curiosité de lire le matériau de base était fort.

On le sait tous, il faut mieux lire une œuvre avant de voir son adaptation. Mais parfois, le cinéma a un plus gros retentissement que la littérature, et c’est après avoir vu un film que l’on se rend compte qu’il est tiré d’un roman. C’est un peu le cas avec Laisse-Moi Entrer, dont le film ne porte pas le même nom. Mais une œuvre du septième art, même s’il elle s’appuie sur des écrits, reste la vision d’un auteur, et la lecture d’un livre peut nous amener vers autre chose. Et ce n’est pas tout à fait le cas ici, car la première chose qui va frapper avec le roman de John Ajvide Linqvist, c’est que Thomas Alfredson a profondément respecté l’œuvre. De nombreuses scènes vont revenir en tête et il y a vraiment la même sensation qui s’en dégage, ce sentiment d’assister à une histoire d’amour tragique.

Ici, on va suivre Oskar, un jeune garçon qui est tyrannisé à l’école. Il est la tête de turc de trois garçons de sa classe. Un soir, en bas de chez lui, il rencontre Eli, une jeune fille étrange avec qui il va nouer une amitié solide, qui va se transformer en histoire d’amour. Eli est un vampire. Oskar s’en doute, mais grâce à elle, il va trouver le courage de se rebeller, et ces deux marginaux, ces laissés-pour-compte, vont tout faire pour vivre en paix. Dans les grandes lignes, Laisse-Moi Entrer est une histoire d’amour fantastique avec quelques fulgurances horrifiques bien dosées. L’auteur va d’abord mettre en scène un contexte très difficile, celui du harcèlement scolaire et des parents qui nient la violence de leurs enfants. Oskar est seul, sa mère travaille tard et il souffre. A un tel point qu’il rêve de tuer ses harceleurs.

Sans jamais tomber dans la surenchère, l’écrivain va dépeindre une Suède rurale et prolétaire qui galère pour vivre. Outre Oskar et la situation précaire avec sa mère, l’auteur va présenter des personnages qui ont du mal à joindre les deux bouts, qui se retrouvent au bar, mais qui n’arrivent pas forcément à se payer des coups à boire. Le contexte social est très important dans cette histoire, car il place son intrigue dans un lieu pauvre, laid, fait de neige et de béton, et où les morts sont finalement sacrifiables. Mais la force du récit réside dans l’existence même de ces personnes, qui restent des humains, qui ont une vie, des sentiments, et qui vont devoir faire face à une menace inconnue. Mais là aussi, John Ajvide Linqvist va faire fort en mettant en avant un vampire qui ne veut pas forcément faire du mal.

Il survit et sa vie de reclus ne lui convient pas vraiment. Eli est un personnage en perpétuelle souffrance, qui trouve en Oskar un ami, un confident, un alter ego dans la marginalité. Et c’est le thème le plus fort du roman. Tous ces marginaux qui végètent autour de citer HLM et qui doivent se serrer les coudes tout le temps. L’auteur nous sert finalement une histoire d’amour macabre et poétique autour de personnages qui ne comptent pour personne, qui souffrent sans arrêt. Mais derrière ce mal-être se cachent souvent de bons moments, des amitiés et des personnages attachants. Pour autant, l’écrivain n’oublie pas les salauds de première, pour en faire un boogeyman efficace. On aura droit à un sale type, pédophile, envieux, malade, qui va revenir pour faire du mal à Eli. Ce personnage, Hakan, est d’ailleurs le seul vrai méchant de l’histoire. Avec les harceleurs.

Si le thème du harcèlement scolaire ne trouve pas de résolution dans le roman, si ce n’est une résolution violente et nihiliste, on notera que John Ajvide Linqvist ne donne pas de pistes de réflexions, comme s’il n’y avait pas de solutions dans le système scolaire. Tout comme les autres thèmes du roman, l’amour, la fidélité, l’amitié, il y a une sorte de désespoir qui baigne les lignes. Le roman n’est pas joyeux, loin de là, et il y a certains passages qui sont assez durs. On pense bien évidemment à tout ce qui touche la pédophilie, qui est difficilement soutenable, mais aussi à la finalité de toutes les relations. Rien ne se finit bien. Si les relations père/fils, ni les relations mère/fils, et encore moins les relations fils/beau-père. Laisse-Moi Entrer est rude, triste et il est parcouru de quelques fulgurances brutales.

Car oui, en plus d’offrir un fond froid et désespéré, le roman s’octroie des passages qui vont faire mal. Si les attaques d’Eli son rapides, elle reste un vampire qui ne veut pas forcément tuer pour se nourrir. On sera plus surpris par les méthodes de son « père » qui lui trouve du sang au début, agissant comme un tueur en série, obsédé sexuel. Les phases de harcèlement sont aussi très crues. Mais la plus grande violence réside dans l’attaque des chats, qui sentent les vampires et qui vont se ruer par centaine sur une femme infectée. La séquence décrite est parfaite, au point d’avoir mal pour la victime, mais aussi pour la multitude de chats tués. John Ajvide Linqvist ne mâche pas ses mots et certaines phases de description sont vraiment prenantes.

Au final, Laisse-Moi Entrer est un excellent roman. Succès surprise lors de sa sortie, reconnu dans le monde en partie grâce à son adaptation cinématographique qui est un chef-d’œuvre, cette histoire d’amour macabre est à la fois belle et dure, désespérée et faite de petits moments doux, qui apportent un moyen de souffler dans un contexte social rigide et morne. Bref, une belle réussite et un succès amplement mérité pour un roman vampirique qui renouvelle grandement le genre.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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