décembre 7, 2021

Eclosion – Ezekiel Boone

Auteur : Alexi Zentner

Editeur : Actes Sud

Genre : Horreur

Résumé :

Au cœur de la jungle péruvienne, une étrange et menaçante masse noire s’abat sur un groupe de touristes américains en excursion. Et les dévore vivants. Un peu partout dans le monde, des phénomènes anormaux et inexpliqués se produisent. Jusqu’à ce qu’en Chine, une bombe nucléaire explose, transformant tout l’ouest du pays en un vaste champ de ruines atomiques. Et ce colis qu’une scientifique spécialiste des araignées vient de recevoir, que contient-il ? Est-ce là, à l’intérieur de ce fossile qui semble lutter pour revenir à la vie après un sommeil de plusieurs milliers d’années, que se trouve la clef de l’énigme ?

Avis :

Avec les serpents, les araignées constituent le vecteur d’une peur universelle. Est-ce dû à leur apparence peu avenante, à leur capacité de prédation ou à cette insidieuse présence qui se dissimule chez soi, peut-être en ce moment même ? Souvent objet de dégoût, parfois de fascination, les arachnides demeurent un formidable prétexte à quelques incursions horrifiques. Au cinéma, on songe surtout à Arachnophobie, Arac Attack, L’Horrible invasion ou Tarantula. On a également eu droit à pléthore de séries B peu ragoûtantes, comme l’attestent Ice Spiders, Lavalantula ou encore Camel Spiders. En littérature, l’araignée s’avance souvent comme une justification pour présenter un thriller ou les agissements d’un tueur, tel que Maxime Chattam avec Maléfices.

Il est donc plus rare de se confronter à un tel récit sans sombrer dans le roman de gare. Derrière le pseudonyme d’Ezekiel Boone, on retrouve Alexi Zentner. L’auteur est peu connu en France si ce n’est par l’entremise de deux ouvrages : La légende de Loosewood Island et Les Bois de Sawgamet. Avec Éclosion, titre évocateur s’il en est, il initie les prémices d’une trilogie apocalyptique. Le concept est simple et néanmoins d’une rare efficacité : l’humanité est menacée par une invasion massive d’araignées à travers la planète. S’il est vrai que le sujet peut prêter à sourire, le traitement écarte d’emblée tout second degré ou connotation farfelue.

Contrairement à certains pendants cinématographiques, l’intrigue s’appuie sur des connaissances avérées en matière d’arachnologie et d’aranéologie. Cela passe autant par leur comportement, leur manière d’investir un lieu ou encore leurs attaques. L’évocation d’une masse uniforme est prépondérante au fil du récit, comme si elles étaient animées d’une conscience unique, même si l’on songe surtout à une espèce eusociale, comme les termites ou les fourmis. De nombreux indices vont en ce sens. On dénote aussi une attitude étrange, presque surnaturelle, qui vient contredire l’instinct des animaux.

Dans une optique similaire, la démarche rappelle Zoo de James Patterson et Michael Ledwidge. Le fait de construire l’intrigue autour d’une multitude de points de vue confirme également cette impression. En l’occurrence, le concept de « roman choral » prend une dimension planétaire, comme World War Z de Max Brooks. L’enchaînement des situations donne lieu à une présentation de dizaines et dizaines d’intervenants. Leur nombre est si conséquent que la succession des chapitres laisse à penser à l’absence pure et simple de protagonistes pour se focaliser sur des témoignages de l’invasion arachnide à travers le monde. Un temps d’adaptation reste nécessaire pour s’accoutumer avec cette approche ambitieuse.

S’il démontre une trame énergique, ce premier volet s’avance surtout comme une introduction, augurant les prémices de la véritable catastrophe. On le constate à travers ces cataclysmes isolés et, de prime abord, inexpliqués. Puis les fils de la narration se rejoignent pour former une toile à l’envergure démesurée. Enjeux géopolitiques, drames personnels, investigations policières, maîtrise du phénomène par les forces armées… Les situations se suivent et ne se ressemblent pas. À l’instar des antagonistes à huit pattes, un schéma se dessine autour de l’intrigue, offrant une vue d’ensemble sur cette « Apocalypse A ».

Au final, Éclosion est un roman horrifique efficace et bien construit pour instiller l’effroi d’une invasion arachnide à l’échelle mondiale. Il ne s’agit pas de poser un cadre intimiste pour suggérer une infestation silencieuse, mais d’exposer le problème comme un déferlement implacable. En dépit d’une multiplication des points de vue susceptible de décontenancer une partie du lectorat, le livre d’Ezekiel Boone s’avance comme une œuvre catastrophe recommandable. L’approche reste soignée avec des explications crédibles et judicieuses afin de mettre à mal la place de l’humanité au sommet de la chaîne alimentaire. On excusera alors certaines facilités propres à la caractérisation des personnages qui confèrent à des poncifs sans surprise. Quand Arachnophobie rencontre Zoo

Note : 15/20

Par Dante

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