novembre 30, 2021

Jeux d’Enfants

De : Yann Samuell

Avec Marion Cotillard, Guillaume Canet, Thibault Verhaeghe, Joséphine Lebas Joly

Année : 2003

Pays : France

Genre : Comédie, Romance

Résumé :

Une vie entière pour se dire « je t’aime ». 80 ans pour démarrer une histoire d’amour. Et tout ça à cause d’un jeu. Ou peut-être grâce à un jeu.
Sophie et Julien ont défini les règles du jeu. Ils en sont, pour le restant de leurs vies, les arbitres et souvent les victimes. « Cap ou pas cap ? » « Cap ! Bien sûr ! «  Ils sont cap de tout : du meilleur comme du pire. Bafouer tous les tabous, défier tous les interdits, braver toutes les autorités, rire, se faire mal. Cap de tout !? sauf, peut-être de s’avouer qu’ils s’aiment.
Ce jeu commence avec un pari innocent : un pari afin d’oublier que Maman est gravement malade, afin d’oublier quand toute la classe te traite de sale polak. Et quelques paris plus tard, le jeu devient ce qu’il y a de
plus beau, de plus fort dans la vie des deux enfants.
Ils jouent, ils s’aiment ? Le jeu, l’amour ? L’amour, le jeu : finalement c’est tellement plus simple d’être ami.
Et ainsi la vie passe, le jeu reste, de plus en plus intense, comme la passion. Et chaque fois qu’ils se répondent « Cap ! », ils se disent « Je t’aime plus que ma propre vie ». « Plus que ma propre vie ? » « Cap ! »

Avis :

Venant d’une famille de comédiens, Yann Samuell a très vite eu l’envie de réaliser, mais à la place de demander de l’aide à ses parents pour financer des études de cinéma, le futur metteur en scène, qui est doué pour les arts graphiques, décide de mettre ce talent à contribution pour financer ses études. Or, Yann Samuell est très doué et il rencontre très vite le succès, « signant » des couvertures de romans, s’aventurant dans l’univers de Tolkien pour mettre « en couverture » une édition de « Bilbo, le hobbit« . Outre les couvertures de livres, il signe aussi des posters et des logos. Yann Samuell arrive si bien à se faire une place qu’il sera même contacté par les studios Disney qui lui offriront un poste à Burbank, ce qu’il déclinera, ne perdant jamais de vue son envie d’être réalisateur. D’ailleurs, en plus de l’illustration, dans les années 90, après ses études au Conservatoire libre du cinéma, Yann Samuell se met à réaliser pas mal de courts-métrages et de clips.

Après une rencontre avec le producteur et comédien Christophe Rossignon, Yann Samuell peut enfin se lancer dans son premier film. Ce sera « Jeux d’enfants« , une comédie dont il a signé le scénario de bout en bout, et qui réunit pour la première fois, Marion Cotillard et Guillaume Canet. Ce qui devait être alors une petite comédie romantique comme une autre, va alors trouver un sacré succès, qui va dépasser nos frontières. Il faut dire que Yann Samuell a fait très fort avec cette première œuvre, à la fois douce et amère, à la fois rythmée, très speed et décalée et en même temps, arrivant à se poser comme une superbe histoire d’amour moderne, qui ose même s’aventurer dans la poésie, pour ne pas dire la féerie. Bref, un premier film sublime, qui reste encore aujourd’hui comme le petit chef-d’œuvre de son réalisateur.

Julien et Sophie se sont rencontrés quand ils avaient huit ans et entre les deux gamins, ça a collé tout de suite. Tout deux étant blessés par la vie, malgré leur jeune âge, pour camoufler ces blessures et surtout s’amuser pour se changer « la vie », il se lance dans une partie de Cap ou pas Cap. Et ce qui ne devait être qu’un jeu d’enfants va être bien plus que ça, véhiculant avec lui son lot de merveilles, mais aussi de douleurs et de troubles.

Sublime, original et poétique, « Jeux d’enfants« , premier film de Yann Samuell, est une petite merveille qu’on ne se lasse pas de revoir encore et encore. S’apprêtant à fêter ses vingt ans d’ici peu, « Jeux d’enfants » reste encore l’un des plus jolis films français qu’on a pu avoir depuis les années 2000.

« Jeux d’enfants » est un film qui tient un scénario très inhabituel. Comédie folle, le film de Yann Samuell s’aventure sur plusieurs terrains et mélange à la perfection les idées de douceur et d’amertume.

Très influencé, « Jeux d’enfants » est un film qui dans son ambiance et sa mise en scène conjuguera des allures du  » … fabuleux destins d’Amélie Poulain » pour sa colorimétrie, de « Trainspotting » pour son côté speed, notamment dans certains moments où la voix off explore des ressentis, du côté de Burton, notamment pour son final d’une poésie sublime, ou encore des plus jolies comédies romantiques américaines, avec ces envolées et autres échappées belles, pleines d’envie, d’amour, mais aussi de craintes, de douleurs et de troubles. Bref, Yann Samuell livre un film très étonnant, d’autant plus qu’il est une première œuvre.

Construit en trois grandes parties, « Jeux d’enfants« , derrière sa superbe d’histoire d’amour, est un film qui porte parfaitement son titre, tant le scénario arrive très bien à jouer avec cette idée de partie de jeu. Ainsi donc, le film enchaîne les défis. Des défis qui évoluent avec l’âge des personnages, commençant comme des bêtises de gamins, pour s’amuser et fuir les blessures, puis arrivés à l’âge adulte, ils se transforment en jeux plus pervers, et ces deux « joueurs » vont finir par se faire dépasser par eux même. Intelligent et prenant dans la construction de ses personnages et son histoire, Yann Samuell complexifie Julien et Sophie, qui vont passer à côté de leur vie finalement, par craintes et surtout par une forme d’orgueil, ce qui rend le film aussi triste que très beau.

Léger et frais, en même temps qu’il est très touchant et surtout très triste avec la tournure que va prendre cette folle histoire, « Jeux d’enfants » est aussi un film qui est souligné par une superbe BO du très talentueux Philippe Rombi. Poétiques et lyriques, les notes que le compositeur pose sont absolument parfaites pour accompagner cette histoire d’amour.

Bien entendu, ce film, c’est aussi et surtout un couple (qui n’était pas encore ensemble à l’époque), Marion Cotillard et Guillaume Canet et ils sont beaux ensembles. Drôles, inattendus, impertinents, bourrés de charme, on adore les suivre et suivre ses personnages qui se cherchent en permanence, qui repoussent toujours leur limite. Des personnages qui sont capables de se faire très mal, d’être parfois détestables l’un envers l’autre et pourtant, malgré ça, ils restent beaux et vraiment touchants. À noter que ce film tient aussi un Gilles Lellouche au look très improbable, ou encore un petit rôle pour Julia Faure, excellente actrice dont on ne parle pas assez. À noter aussi que Thomas Verhaeghe et Joséphine Lebas Joly, dans la peau de Julien et Sophie à l’âge de huit ans, sont tout aussi excellents et bourrés de spontanéité.

Ce premier film de Yann Samuell est donc une merveille, pour ne pas dire un petit chef-d’œuvre. Demeurant encore aujourd’hui comme le meilleur film de son metteur en scène, « Jeux d’enfants » est une « aventure » amoureuse pleine de poésies, de défis, de sentiments contradictoires, de drames, et derrière tout ça, d’amour, allant jusqu’à offrir un final fabuleux, qui de manière personnelle me bouleverse à chaque fois. Bref, dans mon apprentissage et mon amour du cinéma français, « Jeux d’enfants » est l’un de ceux qui m’a fait le plus de bien.

Note : 17/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.