décembre 7, 2021

Les Galeries Hurlantes – Jean-Marc Dhainaut

Auteur : Jean-Marc Dhainaut

Editeur : Taurnada Editions

Genre : Fantastique, Horreur

Résumé :

Karine, dix ans, joue avec un ami imaginaire. Tout ce qu’elle sait, c’est son âge et qu’il n’aime pas Alan Lambin, le spécialiste en paranormal que son père, désemparé et dépassé par une succession de phénomènes étranges, a appelé à l’aide. Et si l’origine de tout cela se trouvait dans les anciennes galeries minières existant toujours sous ce village du Nord ? Le seul moyen d’accéder à ce dédale oublié de tous serait les sous-sols d’un hôpital abandonné et hanté par le souvenir de tous ceux qui y laissèrent leur vie, un matin d’hiver, treize ans plus tôt.

Avis :

Depuis les classiques du XIXe siècle, les histoires de hantise se sont multipliées. Privilégiant tour à tour la peur, les confrontations paranormales ou l’approche psychologique du sujet, ces récits aiment à se pencher sur l’éventualité d’une vie après la mort et, par conséquent, de la survie de l’âme. En parallèle des best-sellers et des ouvrages passés à la postérité, on compte peu d’incursions probantes dans le domaine. Il y a bien quelques auteurs qui sortent du lot, comme Adam Nevill ou John Connolly, mais le genre se contente généralement de ses acquis. Preuve en est avec des détournements pseudo-comiques ou des itérations d’inspiration gothique qui n’en ont pourtant guère la saveur, comme l’exécrable Wild Fell.

Sous forme de roman court, Les Galeries hurlantes s’insinue dans le genre par le biais d’investigations sur des lieux censément hantés. Cette approche n’est pas sans rappeler les affaires d’Ed et Lorraine Warren. Cela tient au couple de Mina et d’Alan, mais aussi à la complémentarité de leurs compétences ; des dons de médiumnité à la méthodologie des enquêtes. Bien que la présente intrigue ne les réunisse pas à proprement parler, on ressent ce lien indéfectible qui les unit. De même, le personnage d’Alan fait preuve de pragmatisme, recherchant tout d’abord une explication rationnelle avant de s’orienter vers le surnaturel.

Eu égard à son format et à un nombre de pages modéré, cet ouvrage ne s’embarrasse guère de circonvolutions narratives. La mise en condition est immédiate afin de rentrer rapidement dans le vif du sujet. Le fait de découvrir les évènements par le prisme d’un intervenant extérieur ne joue pas forcément sur une peur viscérale, mais les phénomènes paranormaux demeurent bien amenés. Il n’y a rien de foncièrement novateur dans lesdites manifestations, mais elles s’intègrent parfaitement dans l’histoire. À l’image de cette clochette qui tinte la nuit ou cette suite de nombres proférée par l’un des personnages, leur symbolique possède une signification qui survient en aval du récit.

Ici, l’impact psychologique se produit à différents niveaux. Ce n’est pas tant la violence des phénomènes qui prévaut, mais plutôt cette certitude qu’ils proviennent d’un défunt aux activités et habitudes bien définies. Entre dépression, alcoolisme et folie, les conséquences sont avérées sur les témoins et victimes. On apprécie également le fait d’écarter toute connotation sensationnaliste pour se focaliser sur la qualité de l’atmosphère, jouant sur la dangerosité des lieux et le côté oppressant qui en découle. En cela, l’approche insidieuse ne cantonne pas uniquement le « problème » à un cadre précis, mais à des endroits clefs pour mieux comprendre l’origine des évènements.

En complément de l’évocation du passé de la famille Delbique, l’auteur s’immisce aussi dans celui de la région du Nord. On songe aux corons, ainsi qu’à la dangerosité du métier de mineur. De telles évocations offrent une touche singulière au genre sans pour autant sombrer dans une intrigue régionaliste. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un prétexte, mais d’un apport justifié afin de parfaire l’ambiance. Cela tient, entre autres, à l’exploration de galeries désaffectées et d’un hôpital délabré. L’angle de description n’est pas sans rappeler les récits d’urbex ; la tonalité fantastique en sus. Ce qui permet d’appuyer l’aspect déliquescent de lieux à l’abandon.

Au final, Les Galeries hurlantes s’avance comme une très bonne surprise en matière de ghost story. Le rythme demeure tendu. Les incursions paranormales sont variées et présentent toutes une raison d’être. L’histoire est plaisante à suivre et s’insinue avec habileté dans le passé des bassins miniers du Nord. À cela s’ajoute une approche psychologique plus subtile qu’escomptée. On apprécie également le travail de fond réalisé pour trouver une signification et un sens au métier d’enquêteur du paranormal. Sans révolutionner ce courant littéraire, Jean-Marc Dhainaut propose une intrigue immersive tout en évitant les poncifs et les facilités du genre. Recommandable à plus d’un titre.

Note : 15/20

Par Dante

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