décembre 4, 2021

La Révolution des Fourmis – Bernard Werber

9782226086365-X

Résumé :

Le livre raconte l’histoire de la fourmi 103e et d’une étudiante au chant captivant, Julie Pinson. Elles essaient chacune de révolutionner leur monde respectif, se rencontrent, et se comprennent malgré les millions d’années de préjugés qui les séparent.

Avis :

Après un premier tome moyen et décevant (assez long et convenu dans sa progression), une suite qui rehaussait nettement le niveau avec un potentiel mieux exploité, Bernard Werber nous offre la conclusion de sa trilogie des fourmis sur une… révolution ! Ces petites bestioles charmantes qui occupent votre jardin ou celui de votre voisin ont décidément une (courte) vie bien remplie, à tel point que l’on peut y consacrer trois romans. On connaît l’auteur pour son univers original, parfois rocambolesque et l’on espère que le titre du livre ne sera pas usurpé. Alors, une fin en apothéose ou la montagne qui accouche d’une souris ?

Étant donné que Le jour des fourmis créé la surprise, on ne pouvait qu’attendre de sa suite directe de confirmer l’essai et parvenir à l’aboutissement de ce cycle sur une très bonne note. Malheureusement, la lecture du présent ouvrage ne sera pas aussi facile et étonnante que pour son prédécesseur. Au lieu de poursuivre dans sa lancée, l’auteur semble rebrousser chemin. On découvre un nouveau panel de protagonistes assez banal (mais nous nous y attarderons plus tard), ainsi qu’une trame bien moins entraînante et palpitante que précédemment.

Pour tout dire, la première et seconde partie se révèle longue, plate et laborieuse dans leur élaboration. On a l’impression d’être revenu au premier livre avec une progression bancale, pas forcément dénué d’intérêt dans le fond, mais assez prévisible dans son ensemble. L’enquête sur le mystère de la pyramide au sein de la forêt occupe une place instable jusqu’en fin de parcours et les états d’âme de la jeune Julie, ainsi que son quotidien de lycéenne restent classiques, à la limite des clichés. L’on peut toujours saluer les qualités d’écriture de Bernard Werber, mais l’intrigue pâtit de sérieuses carences tant au niveau des tenants et aboutissants que dans le développement de son idée de base. C’est comme si le meilleur du second opus reprenait les écueils du premier.

Le principal problème provient de l’absence de confrontation entre les deux mondes. La révolution se fait cruellement attendre. On ne fustigera pas la non-violence dont elle fait preuve ; là est tout l’intérêt justement. Non, on regrettera que chacun de leurs côtés, les humains et les fourmis se révoltent sans jamais (ou presque) se toucher des doigts. Pour les fourmis, il s’agira d’une (r) évolution d’un point de vue artistique et technologique. Pour notre civilisation, une prise de conscience sur l’absurdité de notre société. Il demeure tout de même un sursaut d’orgueil dans la seconde moitié, même si le procès cocasse traîne parfois en longueur. En tous les cas, on verra un discours sans langue de bois sur le manque de diversité dans la culture et la baisse de l’originalité dans sa globalité.

De ce point de vue, l’auteur partage des thèmes profonds en usant d’un humour corrosif, voire sarcastique, qui n’empêchera pas de faire sourire. Il retranscrit le même type d’émotions que lorsque l’on parcourt l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu. Atout qui parvient difficilement à occulter des nouveaux personnages peu attachants. Julie et les sept nains forment une gamme de caractères conventionnels en dépit de leur volonté à changer les choses. Les seconds couteaux sont facilement oubliables (y compris le flic chargé de l’enquête). Quant aux fourmis, elles sont les seules à poursuivre leur chemin. La croisade contre les doigts étant terminée, on découvre un autre mal qui frappe la colonie : la maladie de l’individualisme. Intéressant et bien amené, mais moins percutant que la maladie des états d’âme.

Inconstant est le mot qui vient en tête pour résumer la trilogie des fourmis. Doué d’un concept de base singulier et inédit, on en ressort quelque peu décontenancé ; à la fois mitigé sur certains pans du récit, enthousiaste sur les messages véhiculés, amusé par des traits d’humour bien sentis et parfois agacé par des longueurs pénibles et des passages nettement dispensables. La trilogie des fourmis forme une somme de contradiction où le meilleur côtoie le moins bon. À ce titre, ce troisième volume en est le parfait exemple. Il recèle à lui seul ce que l’on aime et ce que l’on peut lui reprocher. On a l’impression d’effectuer un tour de montagnes russes où les fulgurances succèdent à des séquences discutables. Assurément, il s’agit d’un OVNI littéraire non exempt de défauts, mais à découvrir pour les idées qu’il véhicule.

Note : 13/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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