juin 22, 2021

La Tour Montparnasse Infernale

De : Charles Nemes

Avec Eric Judor, Ramzy Bedia, Marina Foïs, Serge Riaboukine

Année : 2001

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Un soir, suspendus au 52ème étage de la Tour Montparnasse, Eric et Ramzy, deux laveurs de carreaux, ont pris du retard dans leur travail. Pendant ce temps, la jolie Stéphanie attend son oncle, le puissant PDG du Groupe Lanceval, et ses fils, les actionnaires principaux, pour un conseil d’administration nocturne qui va se révéler bien mouvementé. En effet, un commando surentraîné investit l’immeuble, contrôle tous les accès et prend la famille Lanceval en otage. Stéphanie est en fait l’organisatrice du coup monté et convoite la fortune de son oncle qui la méprise depuis toujours. Stéphanie et ses hommes n’attendent plus que la main de la chère mère, dont les empreintes vont permettre d’actionner le mécanisme d’ouverture du coffre. Cependant, nos deux compères sont restés au sommet de la Tour et risquent bien de faire capoter le plan machiavélique de la belle.

Avis :

De tout temps, il y a eu des films générationnels. Des films qui ont marqué une année, une décennie, une époque, et qui restent encrés dans les mémoires des spectateurs de cette époque. Des répliques à certaines scènes, il y a de ces films qui, malgré leur qualité parfois douteuse, sont des éléments qui font partie de nous. Et les presque quarantenaires français d’aujourd’hui auront deux comédies qui vont faire mouche, La Cité de la Peur et La Tour Montparnasse Infernale. Si certains nourrissent un culte à la première comédie tout en reniant l’existence même de la seconde, force est de constater que dans les deux cas, répliques et punchlines se bagarrent dans le cerveau de certaines personnes. Néanmoins, on le sait, le problème avec les films générationnels, c’est qu’ils ne tiennent pas forcément dans le temps et vieillissent. Est-ce le cas avec le film de Charles Nemes ?

T’es mignon mais t’es un tout petit breton

Il est clair que ce n’est pas avec ce film que l’on va trouver un scénario digne de ce nom. Ici, une prise d’otages à lieu dans la tour Montparnasse, et deux laveurs de carreaux débiles vont semer la zizanie dans ce grand bordel. Parodiant allègrement Die Hard et La Tour Infernale, le film de Charles Nemes ne se prend absolument pas au sérieux, et dès le départ, le ton est donné. On trouve nos deux laveurs de vitres en train de cracher du haut de leur nacelle sur les gens en dessous. Blagues débiles, répliques surréalistes, durant une petite dizaine de minutes, on nous présente ces deux personnages atypiques, avec un Ramzy qui a les pieds sur terre et qui veut devenir musclé, et un Eric complètement con, enfant dans la peau d’un adulte. Néanmoins, en posant cette introduction, le film arrive à faire deux choses.

Présenter deux personnages cons mais attachants et poser l’humour absurde qui sera la base de tout le film. Et très rapidement, le métrage va dérouler son intrigue en mettant en avant la prise d’otages. Toujours en gardant à l’esprit l’humour stupide, le film va prendre une dimension dramatique, avec des méchants, très méchants, et une manipulation qui ne va jamais marcher comme prévu. Bien évidemment, les références seront multiples et le film va aller à fond dans le débile, le régressif, mais sans jamais faire n’importe quoi. En effet, malgré les bêtises, malgré certaines situations ubuesques, le scénario suit son fil et, petit à petit, les choses avancent dans le bon sens. Certes, l’histoire n’aboutit à aucune critique, si ce n’est que la naïveté peut parfois sauver, mais c’est drôle. C’est drôle car on ressent de l’empathie pour ces deux débiles qui vont tout faire capoter.

Stop a break a down

Mais au-delà de ces deux abrutis finis, il y a aussi des répliques qui fusent et un humour absurde qui fait mouche presque à chaque fois. Des répliques débiles, qui frôlent parfois le non-sens, mais qui fonctionnent dans le contexte du métrage. De plus, ces répliques restent dans le temps. Aujourd’hui, beaucoup de phrases, d’intonations font partie intégrante de toute une génération, seule bercée avec H et les premiers sketches d’Eric et Ramzy. Comment ne pas céder à l’envie de dire « c’est de toute beautay » face à un objet un peu ringard. Comment ne pas avoir envie de dire « stop a break a down » lorsqu’il y a une dispute entre deux personnes. C’est là que le film fait fort, en lâchant des punchlines qui, des années plus tard, restent dans le collectif. C’est tellement stupide que parfois, ça relève du génie pur et simple.

Alors il est vrai que le film peut ne pas marcher sur certaines personnes. Entre l’humour absurde, les répliques qui peuvent ne pas plaire, La Tour Montparnasse Infernale est un film qui peut diviser et qui ne fonctionne pas si on le découvre sur le tard. Pour autant, certaines situations sont encore drôles aujourd’hui, dans leur comique de situation. Le coup de la barre de fer brûlante avec la larme d’Eric. Les chaussures qui fondent avec la chaleur de l’explosion. Autant d’effets qui marchent encore maintenant. Cependant, il serait impossible de sortir un tel film aujourd’hui. Il serait traité d’homophobe avec les insinuations sur la sexualité de Ramzy, ou de raciste lorsque Eric prend l’accent asiatique. Mais cette liberté de ton est drôle et fonctionne malgré tout. Mais n’oublions pas les quelques ratés, comme des séquences débiles trop longues, notamment lorsqu’Eric veut passer à travers Ramzy dans le conduit d’aération.

Comment il t’a défoncé

Enfin, même si certains détestent le film, on peut renier l’audace d’un tel projet, en France, en 2000. En effet, si le film parodie Die Hard, il s’en donne aussi les moyens avec une réalisation certes pataude, mais de vrais efforts dans le dynamisme et dans cette volonté de mettre beaucoup d’action. Outre les rigolades des deux compères, on trouvera des explosions, des fusillades, des combats, des cascades et même un crash d’hélicoptère. Rares sont les comédies, même aujourd’hui, qui peuvent se permettre un tel délire et s’en donner autant les moyens. La Tour Montparnasse Infernale, derrière ses atours de débilité entre potes, propose un spectacle. Que l’on soit friand ou pas de l’humour, on en a pour notre argent et il y a une certaine démesure là-dedans, que l’on ne retrouve plus aujourd’hui, si ce n’est dans certains projets plus confidentiels, comme La Loi de la Jungle par exemple.

Au final, La Tour Montparnasse Infernale a beau fêter ses vingt ans cette année, cela reste une comédie qui a bercé toute une génération et qui reste aujourd’hui ancrée dans les mémoires collectives, pour le pire, comme pour le meilleur. Il est toujours difficile de faire rire, mais le film y arrive bien, tout en peaufinant l’écriture de ces deux loosers pathétiques, et en proposant des répliques qui font encore mouche aujourd’hui. Bref, un film audacieux, insortable dans le contexte actuel, mais qui reste l’un de mes plaisirs comiques. Et un plaisir même pas coupable !

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.