janvier 21, 2022

Fragile

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Titre Original: Fragiles

De : Jaume Balaguero

Avec Calista Flockhart, Richard Roxburgh, Elena Anaya

Année : 2005

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

Sur son nouveau lieu de travail, un hôpital pour enfants délabré, une infirmière essaie désespérément de protéger les patients, victimes de mystérieuses attaques…

Avis :

Jaume Balaguero n’est plus un réalisateur a présenté. Reconnu pour son travail avec le terrifiant mais si réaliste Rec, il est le cinéaste de genre à suivre du coté du pays ibérique. Il faut dire que le monsieur a du talent et des idées plein la tête. Mais avant de s’attaquer aux infectés caméra à l’épaule, il a fait en 2005 un petit passage par la ghost story avec des acteurs américains et espagnols. Fragile est le nom du métrage et il prend pour environnement un vieil hôpital en cours de fermeture mais dans lequel réside encore des enfants. Outre le fait que faire jouer des enfants est très difficile, Balaguero va en plus tenter de faire peur aux téléspectateurs en proposant en plus une histoire de fantôme. On est bien loin de l’action et du tumulte de Rec. Mais le film est-il aussi bon ? Finalement, Balaguero ne méritait-il pas une reconnaissance antérieure à son fameux film de zombies ? Voyons voir de plus près ce que vaut ce Fragile.

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Quand un homme et une femme mate un porno ensemble, ça donne ces réaction : l’homme passionné, la femme consternée.

L’histoire de Fragile se compose de deux dimensions. La première dimension concerne les personnages et reste purement terre à terre, ressemblant davantage à un drame qu’à un film d’horreur. La seconde dimension est la présence fantomatique malveillante et son histoire qui consiste à balader le spectateur pour connaître l’identité du méchant être ectoplasmique. Le scénario s’articule autour de ces deux axes donnant de la profondeur aux personnages et surtout à une ambiance oppressante et lourde. On va donc suivre une infirmière un poil dépressive qui se fait embaucher dans un vieil hôpital qui va fermer ses portes. Dans cet hôpital, il reste encore quelques enfants avec des maladies lourdes et souvent respiratoires. Sauf que depuis quelques temps, des enfants se brisent les os et la rumeur d’une présence invisible et vengeresse fait son apparition. Bien entendu, l’infirmière va se nouer d’amitié avec une jeune fille un peu dérangée et mal aimée et elle va mener une enquête pour découvrir l’histoire de l’hôpital et plus précisément d’une infirmière et de sa patiente atteinte de la maladie des os de verre. Comme on peut le voir, on est à mille lieux de Rec.

Balaguero, plutôt que de se contenter de faire un film d’épouvante avec un poltergeist très bruyant et très méchant, va à la place essayer d’insuffler une dimension tragique, et d’imposer à l’écran une ambiance pesante, grise et monotone. Mais attention, je n’ai pas dis que le film était chiant et mou. Quand je dis monotone, c’est dans le sens triste. Et tout est mis en place pour rendre le film le plus sombre possible. Les enfants atteints de maladie lourde, l’infirmière au passé professionnelle relativement chaotique, les relations au sein de l’île pas franchement facile, le temps lugubre et pluvieux, la présence fantomatique infligeant des blessures aux enfants. Bref, le tout donne l’impression d’une chape lourde qui plane au-dessus de la tête des personnages, et le réalisateur arrive à nous faire ressentir cela. Bien entendu, les décors ne sont pas non plus étrangers à cette sensation, puisque l’hôpital décrépi fait plutôt peur, le personnel quasiment absent donne une sensation de solitude, et pour couronner le tout, le troisième étage à l’abandon donne une furieuse envie d’aller y jeter un coup d’œil mais avec tout de même une boule au ventre. On peut dire que Balaguero arrive à son but, en créant un certain malaise chez le spectateur. Et la photographie est superbe.

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Ok Petite, tu dois laver cette pièce de fond en comble, tu as une heure et un chiffon. Si tu ne réussis pas, je te brise les jambes…

Quand on parle de films espagnols, on pense bien entendu à des acteurs connus et de talent, je pense notamment à Sergi Lopez qui livre une prestation ahurissante dans le labyrinthe de Pan. Mais chose surprenante avec ce métrage, c’est qu’il y a deux acteurs américains et pas n’importe lesquels(en même temps, l’hôpital se trouve en Angleterre). L’infirmière légèrement dépressive est interprétée par Calista Flockhart, alias Ally McBeal et épouse de Harrison Ford (cette anecdote ne sert à rien, mais un peu de people pour faire vendre, ce n’est pas plus mal). Elle colle parfaitement au rôle. Son physique, pas dégueulasse, mais suffisamment maigre permet à Balaguero d’en faire un personnage traumatisé par une erreur passée et qui se remet à chaque fois en question. L’actrice s’imprègne bien du rôle et livre une prestation sans faille, tout en émotion. Le deuxième acteur américain est Richard Roxburgh, qui incarne ici le médecin en charge des enfants restant dans l’hôpital. Il livre lui aussi une prestation exemplaire, cachant peut être un lourd passé, mais qui reste un pilier sur lequel peuvent se reposer les infirmières. A la fois attentif et sage, sa belle gueule en fait le parfait interprète pour se rôle. Les autres acteurs ne sont pas en reste, puisque la seconde infirmière, plus dure, mais résolument plus fragile émotivement, s’en sort à merveille et la jeune fille un peu rebelle reste convaincante.

Les amateurs de gore pourront passer leur chemin devant ce film. En effet, le jeune réalisateur espagnol n’a surement pas voulu faire dans la surenchère de crasse et de sale. Il faut dire que l’ambiance lourde aurait été plombée et le film en aurait été gâché. Néanmoins, il place quelques séquences assez dures, notamment lors des fractures. Déjà, quand c’est un adulte qui se fait péter le bras, ça fait mal, rien qu’au bruit, mais avec un enfant, la douleur et le malaise est encore plus grand, surtout quand on sait que c’est fait volontairement par un esprit frappadingue. C’est bien que Balaguero n’est pas mis trop de gore et de sang dans ce film, renforçant ainsi la psychologie des personnages et la mélancolie ambiante. Par contre, le fantôme a vraiment de la gueule et sa seule vision nous remplit d’effroi. Alors c’est vrai que de but en blanc, comme ça, le fantôme ressemble à une vieille personne constipée, mais lorsque l’on connait l’histoire, cela fait froid dans le dos. Les effets spéciaux sont relativement bons et la décrépitude de l’hôpital est un des moments fort de la fin du film.

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T’as pas des laxatifs ?

Au final, Fragile est un film de fantôme qui s’avère efficace et très intéressant dans le domaine psychologique. Les différents personnages brossés par le scénario, la décrépitude mentale de certains personnages et des décors, le gris ambiant, en font un film lourd, triste et à l’ambiance très particulière. Si l’ennui peut guetter quelques personnes, il faut dire que la présentation des personnages ainsi que les liens qui unissent la jeune fille et l’infirmière font la force de l’histoire et qu’à quelque part, cette épreuve n’est pas anodine pour les deux. Pour une fois qu’une ghost story ne fait pas dans le chiant et le gnangnan, on ne va pas s’en plaindre, sauf qu’on en ressort avec une légère mélancolie.

Note : 15/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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