novembre 30, 2021

Le Grand Magicien

Titre Original : Daai mo Seut si

De : Tung-Shing Yee

Avec Tony Leung Chiu Wai, Ching Wan Lau, Zhou Xun, Yan Ni

Année : 2012

Pays : Chine, Hong-Kong

Genre : Drame

Résumé :

Au début des années 20, Pékin est le théâtre des affrontements entre les seigneurs de la guerre et les révolutionnaires. Virevoltant au cœur de cet univers chaotique, des centaines d’artistes sont prêts à relever tous les défis pour se faire un nom. Parmi eux, un mystérieux magicien impose sa suprématie le jour où il accomplit un tour réputé irréalisable. Sa renommée grandissante provoque de vives tensions entre les généraux assoiffés de pouvoirs.

Avis :

Depuis Georges Méliès, la magie et le cinéma sont intimement liés. Cela ne tient pas uniquement au passif de prestidigitateur du réalisateur mythique ou à l’avènement des films à trucs. À l’instar d’un spectacle, le septième art, c’est l’art de son tromper son public, avec ou sans son consentement. Tout n’est que pure fiction et l’image se fait le chantre du mensonge. Si l’on écarte les occurrences dans le domaine du fantastique et de la fantasy, le sujet aime à se pencher sur des figures emblématiques de cette pratique, comme Houdini. On peut également citer des métrages relativement connus tels que L’Illusionniste ou Le Prestige.

Avec son titre évocateur, Le Grand magicien semble donc s’inscrire dans la continuité de ses prédécesseurs, valorisant la prestidigitation comme un art à part entière. À la manière d’un magicien qui prépare son spectacle, Derek Yee orchestre son film comme un tour où le déroulement se structure en plusieurs actes. Davantage coutumier du polar (Shooters, Shinjuku Incident…), l’homme aborde son histoire avec pragmatisme. L’intrigue reste tout d’abord ancrée dans un premier degré qui permet de poser le contexte. À savoir, la Chine des années 1920, partagée entre les promesses de la modernité et l’héritage de son illustre empire.

La magie s’avance donc comme un camouflet afin de dissimuler les velléités de dissidents politiques. En l’occurrence, l’enlèvement d’un général fantoche, pour ne pas dire benêt. À cela s’ajoute une romance soutenue par un triangle amoureux où le personnage incarné par un Tony Leung Chiu-Wai à contre-emploi se confronte au principal antagoniste pour regagner le cœur de sa bienaimée. Au-delà de la reconstitution historique, il en émane une tonalité dramatique, presque tragique, dans cette impossible réunion. Seulement, il ne s’agit que du premier acte du tour. À l’image de costumes clinquants et de décors dispendieux, bien que restreints, on sent poindre la diversion.

La mise en scène tient alors à interpeller le spectateur vers une orientation, tandis que la progression narrative se dirige à l’opposé. Dès lors, le film prend une tournure comique inattendue. Certes, le cinéma hongkongais populaire est souvent connu pour ses exubérances, mais elles s’immiscent ici de façon impromptue. Les mines sombres et les gestes mesurés cèdent la place à un maniérisme parfaitement assumé. L’humour demeure assez basique, mais il vient appuyer le caractère farfelu de l’initiative. Dès lors, on se retrouve plongé dans un imbroglio cinématographique où les premières occurrences solennelles et pleines de circonspection s’oublient devant une approche sciemment saugrenue.

À ce stade, il est important d’adhérer à l’excentricité de certaines productions hongkongaises. Les spectateurs coutumiers de ce style apprécieront l’incursion, tandis que les autres risquent de rester de marbre face à un surjeu évident, mais également volontaire. Devant ces quiproquos et ces faux-semblants en pagaille, il en émane une touche de vaudeville et de burlesque. Preuve en est avec l’orchestration maladroite des rares affrontements, la tentative ratée d’enlèvement ou cette confrontation perpétuelle entre les deux rivaux pour interpeller la belle de service. En contrepartie, le scénario multiplie les sous-intrigues à un point tel qu’il se perd en cours de route.

Personnages, évènements déclencheurs et perturbateurs, évolution des points de vue et du contexte… Tout s’enchaîne avec célérité sans que l’on vienne approfondir une motivation ou un comportement précis. De la fresque historique teintée de troubles sociopolitiques, on se retrouve avec une distraction qui ne se prend guère au sérieux. À noter que les tours de magie réalisés lors des représentations demeurent bien avancés, même si certains d’entre eux sont très classiques. On remarquera également l’exotisme de l’esprit saltimbanque de l’Europe dans ce cadre. En revanche, le film aurait gagné à davantage d’authenticité sans l’irruption furtive et néanmoins visible d’images de synthèse.

Au final, Le Grand magicien s’avère un sympathique moment, voire bon enfant, si tant est que l’on apprécie l’excentricité hongkongaise en de telles circonstances. Il est vrai que le film de Derek Yee perd en maîtrise et en cohérence tant il souhaite divertir à tout prix. D’une fresque historique pondérée, l’intrigue s’oriente vers un ton léger et fantasque. Progressivement, l’orchestration des tours de magie déborde de la scène, comme si le spectacle se poursuivait sitôt les rideaux fermés. L’atmosphère extravagante est à saluer, même si l’ensemble manque de rigueur dans son évolution. Ici, le terme abracadabrant tient surtout à la loufoquerie ambiante, presque insensée face à tant d’étourderies.

Note : 14/20

Par Dante

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