décembre 4, 2021

L’Ange des Ténèbres – Caleb Carr

Auteur : Caleb Carr

Editeur : Les Presses de la Cité

Genre : Thriller

Résumé :

New York, juin 1897. L’épouse éplorée d’un diplomate espagnol engage la détective Miss Sara Howard pour lui venir en aide : sa petite fille a disparu…

Immédiatement, l’équipe de Lazio Kreizler se reconstitue autour de Sara, et de déductions en analyses, le profil psychologique du kidnappeur apparaît peu à peu sur leur grand tableau noir.

Se dresse progressivement le portrait d’un être dont les mobiles ne sont pas politiques, d’une personnalité en proie à une étrange perversion, d’un tueur d’enfants ayant toutes les apparences de la normalité.

Avis :

Auteur peu prolifique s’il en est et n’ayant rien produit depuis près de 15 ans, Caleb Carr avait néanmoins marqué de son empreinte le thriller historique avec L’Aliéniste. Malgré quelques scories et un concept surexploité, il en ressortait une incursion probante, particulièrement bien menée et somme toute réaliste. Au cours des années 1990, l’écrivain signe une suite à son œuvre la plus connue : L’Ange des ténèbres. Cet opus se situe un an après le précédent tome, soit en 1897. En reprenant ses personnages fétiches, on peut s’attendre à une nouvelle plongée immersive dans les prémices du profilage et de la police scientifique à la fin du XIXe siècle.

D’ailleurs, les premiers chapitres tendent à confirmer cet a priori. A l’issue d’un prologue dispensable, on a droit à une présentation des intervenants après l’affaire Beecham. Cela tient à leur évolution de carrière ou leur stagnation. D’emblée, le prétexte pour justifier une suite manque de crédibilité, à tout le moins de pertinence dans son exposition. Cette nouvelle enquête débouche vers la traque d’une criminelle particulièrement machiavélique, autant dans ses actes que dans son comportement. Le portrait dépeint pourrait même rappeler la duplicité de James Moriarty. Tout un programme qui, au gré d’investigations erratiques, va de mal en pis.

Dans un premier temps, la structure du récit présente une narration classique, réitérant le schéma de son prédécesseur. Bien que le manque de renouvellement est patent, l’ensemble reste relativement plaisant à suivre. Si l’on constate de nombreuses digressions, on s’attend cependant à une confrontation cérébrale particulièrement âpre entre les personnages principaux et l’antagoniste. L’intellect et la propension à la manipulation de cette dernière tendent à confirmer cet état de fait. Preuve en est avec quelques efforts consentis sur l’action en elle-même. Pour rappel, l’un des écueils de L’Aliéniste était son aspect didactique par trop théorique.

En l’occurrence, on retrouve cette manière toute méthodique, et néanmoins laborieuse, à s’insinuer dans la psyché de la criminelle. Cependant, l’enquête offre un cadre qui encourage les personnages à passer à l’action. Les discours sont toujours prépondérants, mais l’on sent une volonté de s’en affranchir. À quel prix ? Sur ce point, on regrette un contexte historique à peine esquissé, comme si l’auteur avait régressé dans l’appropriation de l’époque. Les réactions et les mouvements des intervenants sont répétitifs et incorporés de manière artificielle entre deux échanges verbeux. À force « d’allumer un clope » dans n’importe quelles circonstances, le narrateur risque d’attraper un cancer du poumon avant la fin du récit.

On déplore également ce manque d’interactions entre les personnages. Les comportements sont impromptus, parfois incompréhensibles et décalés, au regard de leurs relations et des séquences en question. Mais c’est surtout cette passivité qui mine le roman. À commencer par l’indolence de la prévenue qui se contente d’entretenir le visage d’une veuve éplorée. Il n’y a aucun contraste, aucune nuance dans son caractère, pas plus que l’on peut en apprécier dans le masque qu’elle s’est forgé. Mais tout cela ne constitue qu’une partie du « problème ». L’intrigue s’essouffle très rapidement et aboutit à un revirement complètement hors de propos.

Comme s’il était conscient que la confrontation de ses personnages s’avérait longue et décevante, l’auteur change son fusil d’épaule pour s’essayer inopinément au thriller juridique. La transition est douteuse, tout comme ce qui s’ensuit. Dès lors, on assiste à un procès redondant qui ressasse encore et toujours les mêmes faits, les mêmes arguments. Le verbiage de la défense et de l’accusation est pénible à plus d’un titre. Face à ce déploiement d’efforts et de moyens, la progression est d’autant plus frustrante au vu du dénouement. Quant à l’épilogue de cette affaire, elle est à l’image du reste de l’ouvrage : long, bavard et statique.

Au final, L’Ange des ténèbres est une suite ratée de L’Aliéniste. Là où son prédécesseur proposait un thriller historique convaincant, mais non dénué de quelques défauts, ce second tome manque clairement d’inspiration à tous les niveaux. L’ensemble se révèle laborieux tant l’intrigue est dépourvue de rythme, de suspense ou ne serait-ce que de l’ambiance propre à l’époque dépeinte. Les atermoiements constants entre théories, discours digressifs et investigations débouchent sur des pistes fortuites, peu crédibles et mal amenées. Entre une première partie à l’aune des reflets de L’Aliéniste et une seconde moitié d’une stérilité alarmante, ce retour injustifié s’appuie uniquement sur le succès et l’aura du premier volet, sans trouver un nouvel élan ou une continuité cohérente.

Note : 07/20

Par Dante

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.