décembre 6, 2021

Métaphysique du Vampire – Jeanne-A Debats

Auteure : Jeanne-A Debats

Editeur : ActuSF

Genre : Urban Fantasy

Résumé :

Raphaël est un drôle de vampire. Non seulement il est vieux et immortel, mais il entretient un rapport ambigu avec le Vatican. Pour tout dire, il travaille en sous-main pour lui… comme espion assassin. Avec ses dons de vision, ses capacités surnaturelles, il ne peut être qu’un agent hors normes ! Et, voici qu’il se rend au Brésil, mis sur la trace d’une autre créature de la nuit dangereuse, qu’il doit capturer… ou éliminer. Accompagné d’un prêtre, Ignacio, et d’une vampire, Dana, le voici embarqué dans une sombre aventure où la moindre erreur de jugement peut se révéler fatale. Mais Raphaël pense. Lui.

Avis :

Métaphysique du vampire se déroule dans le même univers que la trilogie Testament écrite par l’auteure Jeanne-A Debats. On y retrouve le vampire Navarre, cet être un peu désabusé par la vie, mais qui essaie malgré tout de jouir de ces jours éternels que la destinée lui a obligés de supporter. Le lecteur qui appréciait ce personnage ne sera pas déçu et ressentira de nouveau tout ce cynisme, tout cet humour noir et toutes ces réflexions à la fois drôles et morbides.

Par son caractère et sa longue expérience du genre humain, Navarre nous porte à réfléchir sur le monde, notre société et ses paradoxes. En effet, notre vampire travaille pour le Vatican. Ne serait-ce pas un peu étrange lorsque l’on sait que la religion a tendance à bannir tous les faits fantastiques qui passent à sa portée ? Pourtant, cette alliance constitue une arme efficace, et une base originale pour un récit de vampire qui n’a rien à voir avec les histoires d’amour auxquelles on a l’habitude.

Le ton de Navarre peut s’avérer parfois un peu lourd et ne permet pas forcément à l’histoire d’avancer. En effet, le récit aura tendance à s’embourber, stagner dans des descriptions austères ou peu utiles à l’intrigue. Métaphysique du vampire s’intéresse, comme l’indique de toute façon le titre, aux pensées et pérégrinations du vampire, même si la part de l’aventure reste grande. Ce roman prend des airs de discussions philosophiques et de récits initiatiques, nous menant à penser au sens de la vie et à notre nature profonde. Qui sont les véritables monstres : les vampires ou les humains aux principes douteux et malsains ?

Métaphysique du vampire se décompose en quatre récits, tous de tailles et d’intérêt très variés. L’auteure change souvent de genre et nous montre, une fois de plus, qu’elle sait nous tenir en haleine, peu importent l’histoire ou l’univers. Bit-lit, dystopie, science-fiction, cyberpunk, fantaisie… Jeanne-A Debats démystifie de nombreux styles littéraires pour notre plus grand plaisir, en usant toujours de sa plume incisive et mordante. Même si son humour n’est pas au goût de tous, il a au moins l’avantage d’être recherché et intelligent.

Le premier texte nous propose de découvrir la rencontre de Navarre avec Dana, une des vampires de son cercle, que l’on appréhende dans la série Testament. Dans cette dernière, Dana n’apparaissait qu’en filigrane, et le lecteur ne pouvait imaginer sa personnalité ou son caractère rebelle. Grâce à ce premier texte, le lecteur se rend compte de la complexité qui est attachée à ce personnage, qui doit jongler entre sa condition monstrueuse (que la jeune femme a du mal à accepter), son frère gravement malade et la vie qu’elle désire mener. Dans cette première partie, nous sommes dans les années 60, une époque où la traque des nazis se perpétue après la Seconde Guerre Mondiale. Entre course-poursuite, apparitions divines, exorcisme, manipulations et révélations, l’histoire tient en haleine tout en nous faisant rire et réfléchir.

La seconde histoire s’avère complètement différente, tant dans le ton que dans le genre. Navarre doit s’allier à Lancelot, celui des légendes arthuriennes, pour combattre une bête terrifiante et sauver ceux qu’elle garde prisonniers. Le personnage de Lancelot apparaît plutôt comme un être repoussant, à cause de ses manières frustres, anciennes, et de ses idéologies issues d’un autre temps. Le racisme ambiant qu’il dégage, son ton condescendant et sa manière de s’exprimer désuète, contrastent avec la fébrilité qu’il dégage quant à son contact avec un monde qu’il ne connaît pas. Grâce à la plume facétieuse de l’auteure, le lecteur finit par s’attacher à ce Lancelot farfelu. L’intrigue prend tout son sens lorsque l’on arrive à la fin, quand nos héros combattent la bête et que la nature des prisonniers est révélée. Les liens avec l’histoire précédente sont légions. L’auteur offre un récit génial, entre héroic-fantaisie et récit de guerre.

Le troisième texte est bien plus court, et comporte peu d’intérêt, à moins que l’on considère le retour d’Herfauges (personnage de la série Testament), ou le retour dans le passé d’un autre œil. L’humour d’Herfauges reste succulent, comme l’étrange relation qu’il entretient avec Navarre. Le récit s’avère trop court pour que l’on profite des nouveaux personnages qui accompagnent Navarre dans ce retour en arrière. Cela est dommage car ils paraissaient prenants, tant pour la figure féminine forte et rebelle, quoique peu originale, que pour le portrait du démon curieux et féru d’histoire. L’histoire se termine vite, nous laissant sur notre faim.

Le dernier récit nous transporte en 2112, au sein d’un vaisseau spatial, dans un futur plus lointain que ce à quoi nous avait habitué l’auteure avec sa série Testament. Pour une fois, la narration se partage entre Navarre et une nouvelle figure géniale, pleine de charisme, une femme de pouvoir qui se bat en politique pour que ses idées soient acceptées par le plus grand nombre. Ce récit apporte une bouffée d’air frais, notamment grâce à la nouvelle narratrice, mais aussi grâce à cette ambiance à la fois futuriste et mystique que décrit l’intrigue. L’univers dépeint a tout du futur auquel on imagine, mais innove complètement sur d’autres aspects, notamment religieux ou physiques. De nombreuses questions sur la génétique sont mises en avant et donnent au lecteur quelques pistes de réflexions intéressantes. Il est dommage que ce récit reste également court, et que l’auteure reste évasive sur les causes d’une dégénérescence de la planète Terre et de ses habitants.

Jeanne-A Debats montre clairement sa volonté de créer un univers vaste et original, où tous les genres et styles se mêlent. Le mélange s’avère réussi et efficace.

Note : 16/20

Par Lildrille

Lildrille

Passionnée d’imaginaire et d’évasion depuis longtemps, écrire et lire sont mes activités favorites. Dans un monde souvent sombre, m'évader et fournir du rêve sont mes objectifs. Suivez-moi en tant qu'auteure ici : https://www.facebook.com/ChloeGarciaAuteure. Et en tant que chroniqueuse aussi là : https://simplement.pro/u/Lildrille.

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