novembre 29, 2021

La Mer Sans Etoiles – Erin Morgenstern

Auteure : Erin Morgenster

Editeur : Sonatine

Genre : Fantastique

Résumé :

Dans la bibliothèque de son université, Zachary Ezra Rawlins trouve un livre mystérieux, sans titre ni auteur. Découvrant avec stupéfaction qu’une scène de son enfance y est décrite, il décide d’en savoir davantage. C’est le début d’une quête qui le mènera à un étrange labyrinthe souterrain, sur les rives de la mer sans Étoiles. Un monde merveilleux fait de tunnels tortueux, de cités perdues et d’histoires à préserver, quel qu’en soit le prix…

Avis :

À travers la magie des mots, la littérature de l’imaginaire repousse le champ des possibles dans bien des domaines. Quel que soit le genre observé, elle est synonyme d’évasion, couvrant de nombreux sujets et presque autant de contrées inexplorées. En somme, il s’agit d’un véritable vivier culturel qui aime à expérimenter de nouvelles pistes dans l’écriture. Avec Le Cirque des rêves, Erin Morgenstern est devenue une figure incontournable sur la scène internationale. Encensée pour son approche hétéroclite, son « originalité », La Mer sans étoiles, son second ouvrage, a nécessité sept années de gestation.

Là encore, la réputation outre-Atlantique de l’auteure suffit à remporter l’adhésion des critiques et d’une majeure partie de son lectorat. Cela étant dit, les bons a priori (comme les mauvais) ne sont en rien des valeurs sûres pour se forger son propre avis. Auréolée de qualificatif prometteur, La Mer sans étoiles présente un pitch initial aussi mystérieux qu’intrigant. On parle surtout de concept où le récit entremêle une succession de points de vue qui n’ont apparemment rien en commun. L’auteure développe son propos autour d’un univers fantasmagorique que ne renierait pas Lewis Carroll ou Roald Dahl. D’ailleurs, il s’agit vraisemblablement d’inspirations clairement assumées.

Avancée comme cela, l’incursion a tout pour plaire. En pratique, l’impression qui s’en dégage est très différente. La faute incombe surtout à un style laborieux et pompeux où l’enchaînement des phrases s’entrecoupe de parenthèses malvenues. Ces dernières apportent des précisions inutiles ou se payent même le luxe d’indiquer l’interprétation de la séquence, sans aucune marge de liberté pour le lecteur. Ce choix se reproduit de manière plus ou moins récurrente avec cette fâcheuse propension à nous prendre pour un benêt, comme si l’on était incapable de comprendre ou d’apprécier la teneur de l’histoire. En un sens, c’est peut-être le cas…

Sous couvert de trips contemplatifs ou de passages soporifiques, on se heurte à une constante remise en contexte avant de s’attarder plus que de rigueur sur des détails dispensables. À cela s’ajoute également un penchant presque maladif à multiplier les répétitions. Au lieu d’intégrer des figures de style appropriées, il en ressort d’innombrables redites qui trahissent un manque de vocabulaire et une approche de la narration plus que douteuse. C’est bien simple, il est extrêmement difficile de s’immerger dans cette aventure cahotante. De là à se sentir impliqué et emporté, il y a un monde qui sépare les intentions d’Erin Morgenstern et le résultat sur papier.

Il est vrai que l’on ressent une passion inconditionnelle pour la lecture. Ce qu’elle suggère à travers les histoires et cette volonté de délaisser le quotidien à l’ouverture d’un ouvrage. Cet intérêt se confirme également par le livre en tant qu’objet. Cette manière de côtoyer un auteur par l’entremise de son récit, son imagination. La transmission du savoir et le caractère essentiel de la culture transparaissent véritablement au fil des pages. Mais une idée engageante ne se suffit pas à elle-même pour écrire une histoire ; encore moins pour faire un bon roman. Et c’est tout le problème de ce livre : se contenter d’une base conceptuelle sans développer son potentiel.

Au final, La Mer sans étoiles est une œuvre surestimée qui lorgnent autant vers la nouvelle que le roman. Malgré quelques propos intéressants et l’esquisse d’une subtile mise en abîme, l’ouvrage d’Erin Morgenstern privilégie un traitement expérimental indigeste. Au lieu de faire preuve d’originalité et d’instaurer une atmosphère fantasmagorique, il en ressort une incursion pompeuse, presque prétentieuse dans sa manière d’avancer ces tranches de vie fragmentaires. Il est apparemment plus important d’expliciter la vision de l’auteure à travers des précisions superficielles que de s’attarder sur la qualité de la narration. Un ouvrage mal écrit, verbeux et trop approximatif dans ses intentions.

Note : 07/20

Par Dante

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