septembre 27, 2022

Cathares 1198 – Olivier Taveau

Auteur : Olivier Taveau

Editeur : Bragelonne

Genre : Historique

Résumé :

An 846. La mort de Charlemagne a laissé un empire morcelé, un monde à l’agonie où le pouvoir de Rome ne tient plus qu’au prestige d’un trône. Au cœur d’une curie rongée par les complots, le pape Serge II refuse pourtant de voir périr l’œuvre de Dieu. Alors que les barbares assiègent la cité, il conclut un pacte avec d’obscurs émissaires et s’engage à protéger un ordre d’élus appelés à restaurer la foi.
Deux siècles plus tard, les premières communautés cathares voient le jour en Languedoc. Par la parole, la volonté et l’exemple, les  » Parfaits  » redonnent espoir en la parole sacrée et le pays entier, saisi par la ferveur, se détourne bientôt des églises pour embrasser la nouvelle religion. Mais à l’ombre des pouvoirs, des voix appellent déjà au sang.

Avis :

Au même titre que les Templiers, l’histoire des Cathares est étroitement liée à celle de l’Église catholique, de son intolérance et de son opportunisme. Elle a fait l’objet de bon nombre d’ouvrages spécialisés, sans compter les romans. On songe, entre autres, à l’œuvre de Michel Roquebert qui s’avance comme l’un des plus grands experts du sujet. Après deux thrillers contemporains, Olivier Taveau se lance dans le roman historique avec Cathares 1198. Un exercice complexe et exigeant auquel il ne demeure pas moins un véritable plaisir d’immersion pour l’auteur, comme pour le lecteur. L’occasion de parcourir une page essentielle du catharisme sous le prisme de la fiction…

Alors que l’entame se situe au IXe siècle, sans doute pour amorcer l’origine des dissensions religieuses, l’intrigue principale s’échelonne de 1197 à 1216, soit une vingtaine d’années. Il s’agit également d’une période clef pour distinguer les enjeux et les intérêts de l’église à endiguer l’« hérésie » cathare. En cela, le roman d’Olivier Taveau retranscrit parfaitement les velléités territoriales et cette incessante lutte de pouvoir qui anime l’Église catholique. Ce n’est pas moins une question de foi, ou de schisme, mais d’une volonté à imposer son autorité et sa domination sur le continent européen. Les seigneurs, rois et nobles sont alors remisés au statut de vassaux, dans le sens où ils ont prêté allégeance à Rome.

On apprécie aussi cette manière de confronter les dogmes des cathares et de l’Église catholique. Deux visions dissemblables du christianisme où les uns défendent des valeurs foncièrement altruistes, bienveillantes, et les autres visent le matérialisme et la violence. Si certains aspects peuvent paraître subjectifs, il n’en demeure pas moins qu’on distingue parfaitement l’intolérance de Rome à l’égard d’une autre religion qui, à l’époque, était en passe de la supplanter. Il n’est pas question ici d’avancer quelques fantasmes propres au catharisme, comme leur fameux trésor ou la quête du Graal. On reste ancré dans un récit réaliste qui expose les tensions politiques et religieuses avec pragmatisme.

L’écriture est fluide, les descriptions méticuleuses et les échanges entre les différents interlocuteurs particulièrement soutenus et denses en sous-entendus. Il est vrai que l’on distingue de nombreux intervenants, qu’ils soient fictifs ou non. Le fait de ne pas avoir de connaissances sur la période ou le catharisme n’est en rien rédhibitoire, même si quelques bases historiques et culturelles demeurent toujours appréciables. En ce qui concerne la qualité de la reconstitution, elle est réussie et tout aussi rigoureuse dans la présentation de certaines coutumes ou de termes de vocabulaire spécifiques. Ceux-ci offrent un bon équilibre entre érudition et vulgarisation, sans nuire à la compréhension de l’intrigue.

Certes, il est particulièrement difficile de « synthétiser » une page historique si dense et de retranscrire tous les évènements notables. Parmi ces dernières, l’évocation de la bataille de Muret impressionne tant par son déroulement, son rapport de forces déséquilibré, que par son issue improbable. On note que certains passages sont volontairement romancés, mais ils n’atténuent en rien la qualité du récit, encore moins au travail d’immersion. On peut même considérer que ces séquences contribuent à apporter l’humanisme nécessaire à un sujet que l’on expose le plus souvent à travers une approche didactique, voire froide et désincarnée.

Au final, Cathares 1198 est un roman historique de qualité. Il évoque une période sombre de l’histoire européenne tout en retranscrivant l’origine de cette opposition des dogmes. Contrairement aux idées reçues ou à un traitement simpliste, elle ne se résume pas aux divergences religieuses, mais à un échiquier géopolitique dont les enjeux et les joutes de pouvoir sont des plus pernicieux. Olivier Taveau parvient à fournir une intrigue entraînante qui maîtrise aussi bien le verbe des échanges diplomatiques que l’épée sur les champs de bataille. Il en ressort un récit réaliste et immersif qui a le mérite d’interpeller sur l’une des nombreuses errances de l’Église catholique.

Note : 16/20

Par Dante

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