décembre 3, 2021

Sharko – Franck Thilliez

Auteur : Franck Thilliez

Editeur : Fleuve Noir

Genre : Thriller

Résumé :

 » Sharko comparait toujours les premiers jours d’une enquête à une partie de chasse.
Ils étaient la meute de chiens stimulés par les cors, qui s’élancent à la poursuite du gibier.
À la différence près que, cette fois, le gibier, c’était eux. »

Eux, c’est Lucie Henebelle et Franck Sharko, flics aux 36 quai des Orfèvres, unis à la ville comme à la scène, parents de deux petits garçons.
Lucie n’a pas eu le choix : en dehors de toute procédure légale, dans une cave perdue en banlieue sud de Paris, elle a tué un homme. Que Franck ignore pourquoi elle se trouvait là à ce moment précis importe peu : pour protéger Lucie, il a maquillé la scène de crime. Une scène désormais digne d’être confiée au 36, car l’homme abattu n’avait semble-t-il rien d’un citoyen ordinaire et il a fallu lui inventer une mort à sa mesure.
Lucie, Franck et leur équipe vont donc récupérer l’enquête et s’enfoncer dans les brumes de plus en plus épaisses de la noirceur humaine. Cette enquête autour du meurtre qu’à deux ils ont commis pourrait bien sonner le glas de leur intégrité, de leur équilibre, et souffler comme un château de cartes le fragile édifice qu’ils s’étaient efforcés de bâtir.

Avis :

Si Franck Thilliez nous fournit de formidables one-shot dans le domaine du thriller, il est aussi responsable d’un des duos d’enquêteurs les plus emblématiques de la scène littéraire actuelle : Sharko et Henebelle. Au fil des romans et d’histoires qui rivalisent d’ingéniosité et de maîtrise, l’auteur a construit et déconstruit ses personnages, quitte parfois à les malmener dans des épreuves pour le moins extrêmes. Les derniers volumes (Angor et Pandemia) tendaient à une amélioration de leur vie privée. C’était sans compter quelques nouvelles péripéties destinées à déséquilibrer le fragile foyer familial qu’ils ont bâti. Un choix qui s’inscrit dans la continuité de l’évolution de leur relation ?

Au risque d’une certaine redondance, certaines sagas font se répéter les défis et les événements liés à leur univers pour poursuivre l’aventure. Une décision à double tranchant puisqu’il s’expose à s’imposer comme une redite et non une progression naturelle. Dans le cas présent, on atteint un stade où les protagonistes ont déjà subi des étapes similaires au gré de leur travail. On pourrait donc penser que ce choix amènerait à un énième revers de fortune pas forcément nécessaire. Preuve en est avec la nature des faits qui en découlent. Malgré l’effraction et l’intrusion, les circonstances ne se prêtent-elles pas tout simplement à un cas de légitime défense, à tout le moins dans un premier temps ?

Malgré une entame mystérieuse qui n’est pas sans rappeler celle de Gataca en la plaçant avec des animaux, l’histoire démarre tout en douceur. Non que l’on s’ennuie, mais elle se concentre sur l’acte de Lucie et la volonté de brouiller les pistes pour les policiers. Les tenants narratifs suggérant des investigations bien plus compliquées ne surviennent que tardivement. Dès lors, le parallèle entre l’enquête en elle-même et l’intention de s’éloigner de la vérité trouve une habile alternance dans l’exposition des faits et l’évolution du récit. Le suspense joue donc sur deux niveaux et dévoile progressivement la richesse (et la complexité sous-jacente) du livre.

Comme à son habitude, Franck Thilliez mène de front tous les aspects qui régissent le thriller et le polar avec un naturel déconcertant. L’efficacité des descriptions, l’atmosphère délétère, la documentation fournie et exhaustive. Les sujets évoqués tendent aussi vers une approche scientifique toute pragmatique. Tandis que la rigueur liée aux métiers de flics ne souffre d’aucune fausse-note. L’ensemble est cadré, intelligible et passionnant à découvrir. L’exercice peut paraître évident pour un auteur avec un tel passif, mais il parvient toujours à nous surprendre et nous renseigner, ne serait-ce qu’avec des points de détails en apparence anodins.

Là encore, les principales thématiques (le satanisme et le vampirisme) s’avancent d’abord vers les origines historiques et surnaturelles pour trouver des explications plus rationnelles et plausibles. Pour développer les propos, les investigations tendent même vers d’autres sujets peu usités, notamment le bio-art, la compréhension de la peur d’un point de vue biologique ou le fonctionnement de la distribution du sang après un don. Quelques éléments liés à la spéculation du vivant sur les places boursières sont également présents. Bref, l’entame ne laissait nullement augurer d’une telle densité dans les implications et les conséquences de l’enquête.

Au final, Sharko est un nouveau volet qui démarre de manière timorée et suscite quelques craintes dans les enjeux, surtout pour les protagonistes. Pour autant, l’auteur les balaye bien vite en proposant un thriller habité par des personnages forts et une ambiance non moins remarquable. Même s’il brasse des sujets connus, il en ressort un roman à l’originalité incontestable. En cause, une progression fluide, un style incomparable et une imagination qui s’appuie sur des faits tangibles. L’approche rationnelle de thématiques par essence paranormales (ou liés à l’occultisme) trouve ici une résonnance particulière et pertinente. Pour le bonheur des lecteurs, encore une réussite à mettre à l’actif de Franck Thilliez.

Note : 15/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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