mai 11, 2021

L’Eventail de Lady Windermere

Titre Original : Lady Windermere’s Fan

De : Ernst Lubitsch

Avec May McAvoy, Ronald Colman, Irene Rich, Bert Lytell

Année : 1925

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie, Drame

Résumé :

La jeune Lady Windermere vit dans l’insouciance jusqu’au jour où elle apprend que son mari entretient une relation avec une femme au passé scandaleux, Mme Erlynne.

Avis :

À travers le monde et les époques, l’œuvre d’Oscar Wilde s’est majoritairement distinguée par Le Portrait de Dorian Gray, Le Fantôme de Canterville et L’Importance d’être constant. Ces trois exemples sont représentatifs de ses talents d’écrivain en tant que romancier, poète, nouvelliste et dramaturge. L’homme est également connu par sa réputation sulfureuse et ses nombreux déboires ; qu’ils soient d’ordre sentimental, judiciaire ou professionnel. Bien qu’il ne s’agisse pas de son occurrence la plus célèbre, L’Éventail de Lady Windermere est, à l’origine, une pièce de théâtre constitué de quatre actes. En parallèle de ses représentations sur les planches, elle a fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques.

Avant la version de 1949 signée Otto Preminger, Ernst Lubitsch propose sa propre vision de la pièce en pleine période des années folles. Le contexte de la production se fait alors l’écho de l’intrigue initiale. La description de l’aristocratie reste empreinte d’une critique corrosive sur les « bonnes mœurs » et la situation sociale des protagonistes. En cela, l’esprit d’Oscar Wilde et les thématiques abordées sont parfaitement respectés. L’aversion de l’auteur pour les milieux aisés est prégnante dès les premières images. On joue alors la carte de la dérision, voire du dédain, pour dépeindre un panel de personnages obnubilés par les apparences.

Il y a donc cette obsession omnipotente de les soigner pour mieux parader parmi ses pairs. En l’occurrence, il ne s’agit pas uniquement d’afficher sa fortune à travers sa demeure, ses bijoux ou ses vêtements. Le maniérisme tient également à adopter un comportement précis pour correspondre aux attentes des autres. Pendant toute la durée du métrage, on ressent ces réactions guindées, cette retenue hypocrite. Infidélité, ascension sociale douteuse et chantage composent le terreau fertile des rumeurs ; qu’elles soient fondées ou non. Dès lors, la masse aristocratique exhibe sa superficialité et sa duplicité, que l’on floue aisément avec quelques flagorneries bien placées.

On retrouve donc un aspect pathétique qui est ici développé sous le prisme de la comédie afin de renouer avec les racines théâtrales de l’histoire. Si l’on distingue une tonalité vaudevillesque, il renvoie surtout à la succession de sous-intrigues et de conflits en filigrane du fil directeur de la narration. Au vu de ce qui a déjà été évoqué, nul doute que l’on s’éloigne du simple divertissement pour interpeller sur les errances du milieu dépeint. De même, on peut également s’attarder sur l’institution du mariage, particulièrement mise à mal, ou encore ce caractère univoque d’une société codifiée qui ne souffre guère de contradiction ou de remise en question.

À la comédie se dispute aussi un drame à peine voilé. Derrière les atours pathétiques de l’aristocratie, la séparation d’un parent et de son enfant renvoie à de véritables dilemmes moraux. On s’écarte donc progressivement de la légèreté considérée jusqu’alors pour complexifier les enjeux à travers des états d’âme crédibles. L’enchaînement des évènements flirte presque constamment avec les quiproquos, eux-mêmes soutenus par des jeux de manipulation. On songe à la rivalité masculine pour se disputer les faveurs d’une femme ou à l’amalgame entre amante et maîtresse chanteuse. De fait, la tension demeure permanente et accentue l’incertitude quant à la teneur du dénouement.

Exception faite d’une sortie à l’hippodrome et de quelques plans en extérieur, on reste majoritairement ancré dans des lieux clos. Cela permet de souligner l’étroitesse d’esprit d’un monde reclus qui mésestime ce qui s’éloigne de sa sphère d’influence. La mise en scène d’Ernst Lubitsch magnifie chaque décor à travers de subtils jeux de lumière, une gestion des espaces soutenue par un cadrage dynamique ; lui-même enchaîne les gros plans, puis les angles distants. Cinéma muet oblige, l’expressivité de l’image occupe une importance majeure dans la découverte du film, ne serait-ce qu’à travers un regard ou une main que l’on écarte discrètement de celle d’un prétendant aventureux.

Au final, L’Éventail de Lady Windermere se distingue par la pertinence acerbe de son propos à l’égard de l’aristocratie et de ses codes sociaux. Sous couvert d’une comédie dramatique bien menée, Ernst Lubitsch saisit pleinement l’essence de la pièce d’Oscar Wilde pour l’adapter au septième art. Malgré le côté encore balbutiant du cinéma à l’époque, l’excellence de la réalisation s’accompagne d’une intrigue astucieuse qui capte l’intérêt du public jusqu’au dernier plan. À l’instar de son auteur, il en émane un raffinement de tous les instants qui se traduit par une morale implicite marquante, le faste des images et une mise en scène sophistiquée. De quoi contraster les a priori au regard de la fatuité et du matérialisme ambiants…

Note : 18/20

Par Dante

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