juin 23, 2021

Another Five Minutes – Fil Rouge

Avis :

Cela devient de plus en plus récurrent, pour que des groupes de rock/hard/métal français se fassent connaître et survivent, il faut qu’ils passent par des petits sites, comme le nôtre, pour espérer quelques vues. Car on ne va pas se mentir, même lorsque l’on aime énormément certains groupes, ce n’est pas notre papier qui va changer grandement les choses. Néanmoins, on se sent honorés de participer, à quelque part, à l’émergence d’un groupe, ou tout du moins à son début de reconnaissance. Ainsi donc, après le formidable Opéra Rock de Foreign, après le rock poétique de Lotus Titan, c’est au tour du Post-Hardcore de chez Another Five Minutes de venir toquer à notre porte pour leur premier album, Fil Rouge. Mélange de Screamo avec des teintes rock et des moments plus éthérés et aériens, Another Five Minutes suit la lignée de La Dispute ou Being as an Ocean.

Originaire de Strasbourg, (mais album enregistré à Bordeaux) Another Five Minutes tente de tirer son épingle du jeu avec un chant particulier, et surtout, une ambiance très forte. D’ailleurs, le groupe commence avec une intro au piano du plus bel effet, qui annonce une certaine douceur dans les mélodies. Ce qui ne sera pas forcément le cas avec le premier vrai morceau, The Sistine Chapel. Le titre débute très fort avec un chant crié qui se rapproche fortement d’un Spoken Word un peu nerveux, pour ensuite varier les plaisirs. On balance de moments rudes à des approches plus douces pour un résultat malin et qui accroche immédiatement. Mais ce sera surtout sur Fading Away que tout le potentiel du groupe explose. Ici, on va pleinement percevoir l’aspect mélancolique du groupe, avec des riffs rugueux, mais qui sont contrebalancés par un aspect aérien, atmosphérique, qui embrasse le tout.

De ce fait, on a la sensation de suivre un groupe qui raconte des choses désespérées, dures, tout en gardant en tête d’embellir l’ensemble. Un peu comme mourir mais d’une belle façon, de partir le sourire aux lèvres. C’est aussi à partir de ce titre que l’on va ressentir quelques références qui ne sont pas piquées des vers. Le chant, tout d’abord, est assez nasillard. Et ce n’est pas un reproche, bien au contraire. On a la sensation de sentir une filiation avec Brian Molko, le chanteur de Placebo. Il y a vraiment une similitude dans la voix, dans l’intonation, mais pas sur la musique. Ici, on nage en plein Post-Hardcore, et finalement, tout cela s’accorde parfaitement dans une belle osmose. Et si parfois, ça souffre d’une production qui manque d’envergure, comme sur Don’t Follow Me, ça reste accrocheur et au sein d’une thématique qui se tient parfaitement.

Et puis difficile aussi de faire la fine bouche sur les ambitions du groupe. Premièrement, le Post-Hardcore en France n’est pas tellement représenté, ni même très vendeur. Pour autant, le groupe se lance dedans à corps perdu et délivre une prestation sans presque aucune faille. Deuxièmement, Another Five Minutes, ce sont de grosses compositions qui dépassent bien souvent les quatre minutes et qui tentent plein de chose. Tout en restant fidèle à une certaine mélancolie insidieuse, les strasbourgeois explorent, expérimentent et délivrent des titres étonnants, à l’image de Moving Zone, avec sa grosse introduction et sa montée progressive vers un chant crié puissant et désespéré qui se marie si bien avec le reste. On pourrait évoquer le côté presque pop-rock de Perpetual Calendar, qui fait écho à Placebo en début de carrière. Ou encore les fulgurances nerveuses de The Round Table, long titre de plus de cinq minutes.

Alors bien évidemment, tout n’est pas rose dans ce premier album. Si certaines compos sont longues et parfaitement maîtrisées, Fil Rouge manque peut-être d’un véritable hit en puissance. Techniquement, il n’y a pas de problème, mais on regrette le fait qu’il n’y ait pas un titre qui ressorte du lot et reste vraiment en tête. Ce n’est certainement pas le but du groupe, mais un morceau court comme The King Stays King aurait mérité d’un refrain plus catchy pour bien rester en tête. Alors oui, on ressent ici de la colère et cela change du reste de l’album, mais il lui manque cette aura si particulière. I am Nothing est un titre sublime, avec une ligne de basse à tomber par terre, mais pareil, il lui manque ce petit truc en plus qui fait que ça accroche l’oreille et que ça marque plus durablement.

Au final, Fil Rouge, le premier album d’Another Five Minutes, est une belle réussite. Les français ne se posent pas trop de questions et délivre une jolie galette qui tient son crédo mélancolique du début à la fin. A la fois doucereux et virulent, détenant une ambiance éthérée tout en proposant un chant screamo qui s’insère parfaitement dans le ton général, les strasbourgeois proposent un bel effort. Un effort trop rare dans nos contrées, qui respire à plein poumon les influences britanniques et américaines, tout en les remodelant pour donner quelque chose d’unique. Si les scories d’un premier effort sont aussi présentes, on reste sur l’aspect positif de la chose et le potentiel fou du groupe.

  • Intro
  • The Sistine Chapel
  • Fading Away
  • Don’t Follow Me
  • Moving Zone
  • Perpetual Calendar
  • The Round Table
  • The King Stays King
  • I am Nothing
  • The Ocean

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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