décembre 2, 2021

Les Autres

Titre Original : The Others

De : Alejandro Amenabar

Avec Nicole Kidman, Elaine Cassidy, Christopher Eccleston, Fionnula Flanagan

Année : 2001

Pays : Espagne, Etats-Unis, France, Italie

Genre : Horreur

Résumé :

En 1945, dans une immense demeure victorienne isolée sur l’île de Jersey située au large de la Normandie, vit Grace, une jeune femme pieuse, et ses deux enfants, Anne et Nicholas. Les journées sont longues pour cette mère de famille qui passe tout son temps à éduquer ses enfants en leur inculquant ses principes religieux. Atteints d’un mal étrange, Anne et Nicholas ne doivent en aucun cas être exposés à la lumière du jour. Ils vivent donc reclus dans ce manoir obscur, tous rideaux tirés.
Un jour d’épais brouillard, trois personnes frappent à la porte du manoir isolé, en quête d’un travail. Grace, qui a justement besoin d’aide pour l’entretien du parc ainsi que d’une nouvelle nounou pour ses enfants, les engage. Dès lors, des événements étranges surviennent dans la demeure…

Avis :

Alejandro Amenabar est un réalisateur hispano-chilien qui commence sa carrière au début des années 90. Débutant avec un moyen-métrage lorgnant vers le thriller, il va faire du bruit avec son premier film, Tesis. Thriller à tendance horrifique qui explore les limites du snuff movie, le cinéaste s’attire les regards d’un certain Tom Cruise. En effet, ce dernier rachète les droits du deuxième film d’Amenabar, Ouvre les Yeux. Avec sa société de production, l’acteur américain décide alors de jeter un œil sur le script du nouveau film du réalisateur espagnol, Les Autres. Baignant dans les peurs enfantines et les cauchemars gothiques, Tom Cruise va tomber amoureux de cette histoire, et propose donc de produire le film. En plus de proposer sa femme de l’époque, Nicole Kidman, dans le premier rôle. Et c’est grâce à ce film que le réalisateur va connaître une renommée internationale, qu’il ne va pas forcément tenir longtemps.

L’enfer, c’est les autres

Le film débute avec un cri. Celui d’une femme qui vit seule avec ses deux enfants dans une grande maison, alors que le mari est parti à la guerre. Trois personnes viennent se présenter à la demeure pour travailler. Elle accepte leur aide et explique les différentes règles pour bien s’occuper des deux mômes. Car ce qu’il faut savoir, c’est que les deux enfants sont allergiques à la lumière du jour. Alors que le temps passe, des bruits se font entendre dans la baraque et la fille aînée semble voir des fantômes. Et entre apparitions, personnages qui semblent cacher un secret et peur enfantine, la vie de cette jeune femme autoritaire et pourtant aimante va être totalement chamboulée. Alejandro Amenabar va faire, avec Les Autres, un film de fantôme à part, qui joue énormément sur son twist final pour surprendre et mieux nous cueillir.

Le scénario du film est relativement malin. Nous sommes clairement en présence d’un métrage qui tire ses ficelles du Tour d’Ecrou de Henry James, et qui va tisser des liens d’amour au sein d’une demeure hantée qui réserve bien des surprises. L’écriture est assez fine pour mieux nous tromper sur la fin et nous retourner le cerveau sur un twist inattendu (pour qui n’est pas rompu à ce genre d’exercice). La formule fonctionne assez bien et on sera surpris de voir que le métrage use de manipulation pour mieux nous avoir, jouant avec les personnages, les sensations, mais aussi leur nature même. Et cela est en partir dû à l’ambiance qui est installée et qui rend hommage aux films gothiques de la Hammer, mais aussi et surtout aux films d’épouvante des années 50 où tout semble délétère et immatériel.

Brume et babillages

De cette ambiance, le cinéaste en tire le meilleur pour mieux étouffer son spectateur. La brume qui entoure le manoir. Les personnages qui semblent inconsistants et avec peu de background. Les éclairages minimalistes à la bougie. Tout se regroupe pour peser sur l’atmosphère globale du château et lui donner un aspect gothique et fantomatique, en en faisant un personnage complètement à part. Un personnage qui respire et vit de l’intérieur. Mais qui reste morne à l’extérieur, comme si rien ne pouvait exister en dehors de la maison. Et c’est un joli tour de force de la part du réalisateur, qui instaure un climat angoissant, tout en réduisant au maximum les efforts classiques pour faire monter la pression et la peur. L’ambiance fait tout ici. Mais si on peut saluer l’atmosphère réussie de l’ensemble, il n’en va pas de même avec la vraie frousse.

Celle qui fait claquer des dents et allumer la lumière le plus vite possible. En effet, si l’on peut trouver un défaut très prégnant à Les Autres, c’est que globalement, il ne fait pas peur. On peut se poser la question si c’était le but in fine, notamment quand on voit le résultat final, mais il est vendu comme un film d’épouvante. Et en ce sens, il doit créer ce sentiment chez le spectateur. Et il n’en sera rien. Si l’ambiance reste le point fort, on restera de marbre devant les différents effets voulus pour faire transpirer celui qui regarde. On aura bien une paire de moments angoissants, à l’image de la petite fille qui se transforme en vieillie dame jouant à la marionnette, mais ce sera une maigre consolation. Si le travail sonore est très important, il reste lui aussi minimaliste et ne sert pas vraiment de plus-value.

Fantômes contre fantômes

Les Autres est un film assez bavard, qui est très malin dans son écriture, mais qui oublie de poser des situations terrifiantes. Et c’est bien dommage, car le film a une idée géniale. Le twist de fin surprend et étonne, donnant presque envie de revoir le film une deuxième fois afin de comprendre tous indices distillés sur toute la durée. Cependant, il semble parfois assez mal maîtrisé. A titre d’exemple, on peut parler du retour du père, qui ne sait plus trop où il se trouve et semble tout aussi inexistant que le reste du casting. Si son arrivée est touchante, et apporte même un moment de douceur, elle est étrange et arrive comme un cheveu sur la soupe. A partir de ce moment-là, on se doute bien qu’il y a anguille sous roche.

Alors certes, cela n’enlève rien à la qualité intrinsèque du film, mais ça reste un gros indice qui arrive avec de gros sabots. Une qualité qui est aussi dû à une actrice principale assez incroyable. Nicole Kidman est formidable dans le rôle de cette mère courage dure, mais qui aime profondément ses enfants. L’actrice livre une prestation sans faille et s’avère être à la fois touchante et fragile, se brisant au fur et à mesure de l’histoire. Elle veut protéger à tout prix ses enfants, quitte à être très dure avec eux. Une mère courage qui sera le thème principal du film, faisant tout pour sauver ses gosses, quitte à trop les couver, à les étouffer. Un verbe qui prendra tout son sens à la toute fin du métrage.

Au final, Les Autres est un bon film. Il possède des qualités indéniables, comme la mise en scène racée d’Alejandro Amenabar, la prestation impeccable de Nicole Kidman, ou encore son twist qui fonctionne à plein régime. Cependant, il reste décevant à cause de son statut. Considéré comme une œuvre quasi culte pour de nombreuses personnes, Les Autres reste un film qui ne fait pas forcément peur et auquel il manque justement une approche plus viscérale pour mieux nous percuter. Si l’histoire est belle et cruelle, elle oublie aussi de nous prendre aux tripes à d’autres moments qu’à la fin, et c’est un peu dommage.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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