octobre 18, 2021

Les Fleurs de Shanghai

Titre Original : Hai Shang Hua

De : Hou Hsiao-Hsien

Avec Tony Leung Chiu Wai, Carina Lau, Michele Reis, Jack Kao

Année : 1998

Pays : Chine

Genre : Drame

Résumé :

Dans le Shanghai du siècle dernier, entre l’opium et le mah-jong, les hommes se disputaient les faveurs des courtisanes qu’on appelait les fleurs de Shanghai. Nous suivons les aventures amoureuses de Wang, un haut fonctionnaire qui travaille aux affaires étrangères, partagé entre deux courtisanes, Rubis et Jasmin.

Avis :

En règle générale, la carrière d’un réalisateur, et plus généralement celle d’un artiste, possède un moment-charnière qui marque sa consécration. Une œuvre qui lui permet de bénéficier d’une notoriété nouvelle. Après s’être essayé à des productions légères, telles que Cute Girl, Hou Hsiao-Hsien s’est rapidement distingué dans la catégorie des films d’auteur, parfois sous couvert de récits autobiographiques, comme l’atteste Poussières dans le vent. Son cinéma reste relativement difficile d’accès, voire hermétique à une certaine frange de spectateurs. Souvent encensée par la « critique », son approche du 7e art présente des qualités évidentes, mais n’en est pas pour autant dénuée d’écueils.

Eu égard à sa présence au Festival de Cannes en 1998, Les Fleurs de Shanghai est sans doute le métrage le plus connu et le plus emblématique de Hou Hsiao-Hsien. L’intrigue prend place dans la ville éponyme, à la fin du XIXe siècle. Il dépeint le quotidien des maisons closes et des courtisanes dont les clients se disputent les faveurs. Il n’est pas pour autant question de sombrer dans une fresque sociétale scabreuse pour mettre en exergue la condition de la femme. L’approche reste très pudique et se focalise sur les relations sociales, les échanges entre deux dîners, deux passes. Le contexte fait donc preuve de pragmatisme pour étayer son propos, parfois jusqu’à la circonspection.

L’intégralité du film se déroule en vase clos. À aucun moment, on n’aura droit à de plans extérieurs ou de séquences qui exposent un environnement différent de celui de la maison close. Il en ressort une sensation étouffante, somme toute étrangère aux vapeurs d’opium exhalées. De même, l’éclairage minimaliste confère une ambiance feutrée. Le public adopte alors un statut voyeuriste pour mieux s’insinuer dans l’intimité des protagonistes. Celle-ci s’apparente à une multitude de tranches de vie. Toute continuité de la narration écartée, il en découle des passages décousus qui peuvent être pris indépendamment. Ce style très théâtral se retrouve aussi dans la mise en scène.

Véritable adepte des plans-séquences, Hou Hsiao-Hsien en use et en abuse. Certes, le procédé convient particulièrement à l’exiguïté des lieux, à ces échanges corrosifs au gré de conservations anodines. Cependant, le réalisateur se contente de faire basculer la caméra d’un point de vue à l’autre. Au lieu de créer un effet de continuité, il instaure une oscillation permanente qui trahit la redondance de la technique. Très vite, on en distingue les limites puisqu’aucune variation ne sera apportée au fil du récit. De même, l’objectif crée une distanciation, volontaire ou non, qui empêche d’éprouver une profonde empathie pour les personnages. Faute d’immersion, on reste toujours étranger à la scène.

Le spectateur a beau être témoin de leurs tourments, il est particulièrement difficile de se sentir impliqué. Cette impression s’accentue avec des dialogues globalement lénifiants, ponctués de lourds silences. Sous couvert de sentiments ou de comportements intéressés, les jeux de pouvoir s’enchaînent en ressassant une portée similaire. Si on apprécie la qualité de l’ambiance qui vacille à la lueur des bougies, il s’en dégage un traitement pompeux. D’ailleurs, les différentes strates de lecture se révèlent plus simplistes qu’escomptées. Elles répètent un propos analogue par l’entremise la multiplicité des points de vue. A savoir : non pas être esclave de son corps ou de son genre, mais de sa condition sociale.

Présenté comme une perle du septième art, Les Fleurs de Shanghai demeure une occurrence surestimée. Il est vrai que le film de Hou Hsiao-Hsien présente des qualités esthétiques évidentes, jouant sur l’épure des décors et la magnificence des costumes pour mieux développer son atmosphère intimiste. De même, le traitement sous forme de huis clos reste assez judicieux pour exprimer l’enfermement social et psychologique des différents intervenants. Il est d’autant plus regrettable que le dénuement des conversations se fait l’écho d’allocutions répétitives et lénifiantes. Celles-ci présentent trop peu de variations au fil de plans-séquences qui demeurent le principal exercice de style du metteur en scène. Un récit qui s’appréhende surtout comme une pièce théâtrale, non sans un fatalisme de circonstances. Il s’en dégage des atours séduisants qui se heurtent à l’élitisme des films d’auteur.

Note : 13/20

Par Dante

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