mai 7, 2021

Clinical

De : Alistair Legrand

Avec Vinessa Shaw, Kevin Rahm, India Eisley, Aaron Stanford

Année : 2017

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller, Horreur

Résumé :

Quand un patient défiguré vient la consulter, un psychiatre revoit en boucle l’attaque qui l’a elle-même traumatisée.

Avis :

La psychiatrie est un domaine relativement intéressant dans les thrillers et les films d’horreur puisqu’il s’agit d’une discipline qui s’appuie sur l’étude du cerveau et des comportements par rapport à des gens ayant des soucis. Un traumatisme à évacuer, une étape difficile à passer, un manque de confiance en soi, des problèmes psychiques, la psychiatrie est pourtant peu utilisée en horreur malgré des débouchés intéressants. En fait, on la réduit souvent à une simple fonction dans un asile psychiatrique au milieu de fous furieux et presque jamais comme moteur d’une peur panique qui amènerait à l’horreur. Clinical d’Alistair Legrand tente le coup de jouer sur un sous-genre de la psychiatrie pour tisser une intrigue bancale et ainsi perdre le spectateur dans un film minimaliste où les malades ne sont pas forcément ceux qu’ils prétendent être. Voulant se la jouer à la Gothika version low cost, le réalisateur américain, à qui l’on doit déjà le très mauvais The Diabolical, se vautre dans la facilité, dans un récit qui accumule les faux-raccords et qui n’arrive pas à passionner le spectateur, la faute à des personnages écrits à la truelle et pour lesquels on ne ressent aucune empathie.

Dès le début du film, on sent une volonté de percuter le spectateur avec une image choc. On va donc faire la connaissance du Dr. Mathis, une psychiatre qui passe sa vie à bosser et qui s’occupe de cas graves, notamment de personnes ayant vécu un lourd traumatisme. Alors qu’elle entend du bruit, elle tombe sur une de ses patientes, Nora, qui va l’attaquer avec un bout de miroir et qui va se trancher le cou. Dès lors, Alistair Legrand sort le grand jeu pour provoquer en nous un intérêt. Pourquoi la jeune fille fait ça ? Quelles sont ses motivations ? Et surtout, que va devenir ce pauvre docteur ? Cependant, le film va ensuite se perdre grandement dans un ventre mou peu passionnant, mettant en avant une psychiatre qui à son tour va voir un autre psychiatre pour exorciser ce passé douloureux et traumatisant. Ne se remettant jamais en cause, on va vite s’apercevoir que le personnage principal est relativement pénible à suivre. Atermoiements, pleurnicheries, phases de dialogue sans intérêt, on tombe dans un téléfilm bas de gamme qui trouverait sa place un dimanche après-midi sur une chaîne hertzienne.

L’élément perturbateur de l’histoire est l’arrivée d’un nouveau client ayant vécu un trauma pour lequel elle va se prendre d’affection. Ce sera alors l’occasion de voir la méthode employée par la psychiatre qui refuse l’utilisation de médicaments, et utilisant plutôt une sorte d’auto-méditation qui raviverait les souvenirs douloureux. Ce patient, défiguré, va être une énigme dans l’énigme. En fait, le film joue sur trois tableaux en même temps, à savoir la thérapie de ce patient qui semble cacher un lourd souvenir, l’analyse de cette psychiatre légèrement dépressive et qui a du mal à retrouver une vie saine, et l’arrivée de la jeune fille que l’on croyait en début du film et qui harcèle sans cesse le personnage principal. En mélangeant ces trois intrigues, le film tente d’imbriquer des liants pour ne faire qu’un tout sur la fin, dans un twist plus ou moins attendu. Mais un twist quelque peu improbable, perclus de faux-raccords et qui intervient quinze minutes avant la fin pour fournir un passage à la limite du torture-porn mais sans la tension que cela aurait pu créer. Il manque vraiment de la cohérence dans le récit du film, notamment sur la fin, où la psychiatre s’échappe et monte de suite dans une voiture ouverte, qui n’est pas la sienne, et se fait piéger par le méchant du film. Tout ça est monté à la va-vite, sans vouloir faire quelque chose de propre et qui ait du sens. C’est un problème récurrent dans le cinéma d’Alistair Legrand, qui ne sait pas gérer les montées en tension dans ses films, incluant à chaque fois des moments incohérents.

Et au-delà de la simple histoire, le film veut  nous raconter quoi ? Très sincèrement, le film brasse du vide sur ses trois-quarts et tente de se rattraper sur la fin en créant une critique acerbe de la psychiatrie. Si deux mondes s’opposent, à savoir celui de la médication et l’autre de la psychologie, le réalisateur semble prendre parti pour aucun des deux, balayant d’un revers de la main les deux méthodes, montrant que la méthode préconisée par l’héroïne est fallacieuse et crée de faux souvenirs, créant de ce fait d’autres troubles, et que les médicaments amène à une addiction et à des mirages malsains. Bref, Clinical tente d’être une critique du monde de la psychiatrie, mais tout ça est fait de manière grossière et maladroite. Reste alors des fulgurances gores qui trouvent une place de choix dans un thriller dont la mise en scène fait plus penser à un téléfilm. Il y a une vraie dissonance dans ce métrage entre une réalisation plate et presque pénible, et des moments où le sang colle à flots. Des effets gores certainement présents pour réveiller un spectateur léthargie face à des personnages sans épaisseur et sans personnalité. Le grand méchant n’est pas vraiment intéressant et ses motivations demeurent éventées, la docteure demeure apathique et Vinessa Shaw fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a, son amoureux de flic ne sert pas à grand-chose et la fille qui joue la psychopathe de service semble s’ennuyer dans un rôle usé jusqu’à la moelle, essayant de trouver un juste milieu entre une malade mentale et un sosie mal foutu de Sadako. Bref, c’est mauvais.

Au final, Clinical, thriller horrifique produit par Netflix, est un mauvais film. Ennuyeux durant ses trois-quarts, le film tente de se réveiller avec un twist qui se veut surprenant, mais qui raccroche mal les liens et sombre dans le bis non assumé avec quelques effets gores qui ne sauve pas le film d’une tragique léthargie. Entre un scénario mal ficelé, des acteurs en dépression, une mise en scène plate et lénifiante ou encore une absence totale d’ambiance ou d’intention (un plan-séquence est présent dans le film mais il ne sert à rien hormis à être présent), Clinical fait partie de ces productions Netflix dont on se passerait bien…

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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