décembre 6, 2021

Mother of Tears

Titre Original : La Tierza Madre

De : Dario Argento

Avec Asia Argento, Moran Atias, Tommaso Banfi, Carolina Cataldi Tassoni

Année: 2007

Pays: Italie, Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Troisième volet de la trilogie des « Trois mères ». Sarah, jeune américaine étudiant l’art à Rome, ouvre malencontreusement une urne maléfique, d’où s’échappe la pire sorcière de tous les temps. Les sorcières du monde entier se rendent alors à Rome pour rendre hommage à leur chef, tandis que Sarah use de son pouvoir psychique pour tenter de contrecarrer les plans de la sorcière…

Avis:

Dario Argento est un réalisateur émérite qui a reçu ses lettres de noblesse dans le cinéma de genre. Il commence tranquillement dans le domaine du Giallo pour ensuite partir dans les méandres de l’horreur avec une patte graphique très forte. C’est en 1977 qu’il surprendra tout le monde avec Suspiria, une œuvre gothique qui ouvre grand les portes de la trilogie des mères, trois sorcières dans trois endroits différents qui sont là pour répandre la douleur, la peine et les larmes. En 1980, il continue donc son exploration des Mater avec Inferno qui sera certainement son film le plus abouti. Graphiquement à tomber par terre, doté d’une photographie superbe et d’une mise en scène racée, le réalisateur italien signe un chef-d’œuvre qui va rester dans les annales du cinéma de genre. Cependant, le succès va décliner petit à petit malgré de bons films comme Ténèbres. Le cinéaste va enchainer les mauvais films et les subventions vont se faire rares. C’est donc 27 ans plus tard qu’il se décide à clôturer sa trilogie des mères avec Mother of Tears, espérant alors un retour en grandes pompes. Mais c’est plutôt le coup de pompe qui nous attend.

Nous sommes à Rome où une étudiante en art va ouvrir une urne retrouvée à côté d’un cimetière. En faisant ainsi, elle libère alors la sorcière la plus cruelle de tous les temps, Mater Lacrimarum. Alors que le chaos se déchaîne dans Rome et que les hommes s’entredéchirent, Sarah va alors mener son enquête pour retrouver ce consortium de sorcières et l’arrêter avant la fin des temps. C’est avec ce maigre pitch que Dario Argento espère terminer l’une de ses œuvres les plus ambitieuses, et on sent bien que l’envie n’est plus là. Le scénario du film ne tient pas debout et surtout, il ménage son spectateur sur le mystère de la sorcière. On sait qu’elle est belle, qu’elle manipule tout un groupe et qu’elle se cache dans l’ombre. Pour la retrouver, on va suivre Sarah dans ses pérégrinations hasardeuses où elle rencontre à chaque fois le personnage qu’il faut pour avancer, juste avant qu’il ne se fasse buter. Ce faux récit d’accumulation est fatiguant à la longue et montre surtout une certaine redondance dans le déroulement du métrage. Mais là où l’écriture sombre littéralement, c’est lorsqu’une sorcière blanche va sortir d’un chapeau magique pour donner des conseils précieux à l’héroïne, qui va alors se découvrir des pouvoirs, comme voir les morts. Relativement kitsch dans le fond, la forme ne va pas aider à rentrer dans le métrage et le délire d’Argento.

Le manque de moyen se fait grandement sentir dans ce métrage. En effet, la première chose qui frappe quand on lance le film, c’est son image et son absence conséquente de lumière ou de travail sur la photographie. C’est gris, c’est terne, on a l’impression de voir un film amateur avec un type qui fait mumuse avec une grue. Le début est clairement calamiteux et on se demande vraiment ce qu’est venu faire Dario Argento dans cette galère. Alors que Suspiria avait une teinte graphique forte avec des rouges de partout, et qu’Inferno optait pour le violet et un travail très puissant sur l’architecture, Mother of Tears ne fait aucun effort. Rome n’a jamais était aussi moche et on se retrouve souvent à déambuler avec Asia dans les mêmes rues, sans âme et sans aucune envie d’imposer une patte graphique. C’est relativement triste pour ce qui devait être la mère la plus puissante du trio. Même dans les moments iconiques, on ne ressent rien et le réalisateur ne semble pas trouver d’idées pour mettre en avant son histoire et sa sorcière. Il en résulte d’ailleurs une nana très jolie, mais braillarde et qui se fera défoncer en trente secondes montre en main. C’est vraiment triste de voir le père Argento sombrer dans une facilité qui tient plus du téléfilm que du vrai métrage de cinéma.

Et ce dernier cède vraiment à toutes les facilités, même dans ces accès gores, puisque Mother of Tears sera résolument le film le plus sanglant de la trilogie. Si cela aurait pu marcher avec quelques plans un peu creepy, force est de constater que rien ne marche ici, car ces fulgurances sont gratuites, longues et sans aucun intérêt. Le coup du prêtre qui se fait égorger, puis ensuite bousiller la tête en gros plan avec un gros couteau n’a aucun sens (pauvre Udo Kier). Le coup de la nana qui se fait éventrer et étrangler avec ses intestins est un festival de kitsch et de nawak. Non seulement c’est ridicule, mais ça ne renforce en rien l’ambiance globale du métrage. C’est gratuit, c’est poussif et on lorgne clairement vers le torture-porn à plus d’un instant. Et pour dire à quel point c’est mauvais, on aura droit à des monstres au départ du film, qui font le premier assassinat, mais on ne les reverra jamais par la suite. Ils ont visiblement été oubliés dans le script. Tout comme le jeu d’acteur d’Asia Argento, qui est d’une nullité affligeante dans ce film. Elle est inintéressante, elle surjoue toutes les émotions et semble suivre à la lettre toutes les directives de papa sans que cela soit un peu censé… Bref, c’est la merde…

Au final, Mother of Tears, le film qui ferme le chapitre des sorcières de Dario Argento, est une purge infâme et qui ne rend absolument pas hommage aux deux premiers qui sont des chefs-d’œuvre. Sans aucune envie de cinéma, le réalisateur italien livre un film fade, sans aucun travail sur l’image et les lumières et espère tromper son spectateur avec quelques élans gores qui n’ont aucun sens au sein du métrage. Il en résulte une énorme déception tant on a connu le cinéaste en meilleure forme et c’est presque triste de le voir se fourvoyer dans une telle abomination remplie de facilités…

Note: 03/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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