juin 23, 2021

Ozzy Osbourne – Ordinary Man

Avis :

Dix ans. C’est le temps qu’il a fallu attendre avant de pouvoir remettre les écouteurs pour écouter un nouvel album solo d’Ozzy Osbourne. Car si le prince des ténèbres avait fait une grosse surprise avec 13 en 2013, signant le retour de Black Sabbath depuis 1978, il n’avait plus rien fait tout seul depuis Scream en 2010. Enfin… tout seul, c’est vite dit, puisque l’artiste a toujours su s’entourer de musiciens de talent, comme Zakk Wylde à la gratte et pour ce douzième effort, Ozzy Osbourne s’est entouré de Chad Smith à la batterie (Red Hot Chili Peppers s’il vous plait) et Duff McKagan à la basse (Guns n’Roses s’il vous plait bis). Cependant, Ordinary Man est un album qui a été fait dans la souffrance. En effet, Ozzy Osbourne l’annonce de lui-même, il est atteint de la maladie de Parkinson, il pleure ses jeunes années car il n’a plus la même forme physique et il a dû annuler toute une série de concerts à cause de sa santé fragile. Cet effort résonne presque comme un chant du cygne pour le chanteur, qui n’a pas hésiter à bousculer les codes du genre, présentant des featurings étonnants avec Elton John ou encore Post Malone par exemple, livrant même, à la toute fin, un véritable morceau hip-hop. Forcément, accueillir un tel album venant d’une telle pointure, ça fait grincer des dents…

Car il ne faut pas se leurrer, Ordinary Man a déjà fait couler beaucoup d’encre à travers les trois singles déjà sortis. Si on farfouine sur le net, on va vite se rendre compte de l’accueil assez froid de Straight to Hell qui ouvre le bal, alors qu’il s’agit d’un pur son Heavy, remontant un petit peu aux sources de Black Sabbath. Certes, c’est moins pêchu, c’est peu inspiré dans sa structure, mais ça fait le taf et la voix si particulière d’Ozzy fait le reste. Pourtant, c’est plus All my Life qui fait écho à un style plus faiblard et fatigué. Si on comprend le sens des paroles, faisant un point sur sa vie et sur ses regrets du passé, notamment sur les abus d’alcool, la rythmique et l’originalité ne sont pas au rendez-vous. Alors oui, c’est toujours produit avec justesse et la basse de Duff McKagan, assez discrète, apporte une grosse touche puissante, mais globalement, ça reste petit bras. Le prince des ténèbres se rattrapera facilement avec Goodbye, un titre qui parle de départ et qui montre à quel point Ozzy Osbourne se sent sur la fin et cela fait très mal au cœur… Le titre en lui-même est bien lourd, les solos sont parfaitement exécutés et aériens, et on fait face à un titre qui n’hésite à accélérer le rythme pour assoir sa puissance. Ordinary Man, qui fut assez froidement accueilli, certainement à cause de son aspect piano/voix en duo avec Elton John, est pourtant un morceau très touchant, où le chanteur fait le bilan de sa vie, en compagnie d’un ami de longue date. Un joli chant du cygne qui ferait presque mal au cœur quand on jette un œil aux paroles qui font presque posthumes. Et Under the Graveyard n’est pas là pour rassurer tant le chanteur tombe dans le mélo assez facile, mais trouve quelques fulgurances qui font écho à sa santé et son âge.

En attaquant la seconde moitié de l’album, on va se retrouver face à un sacré dilemme. Si le début est finalement assez touchant et même triste, montrant un artiste conscient de son état et de sa santé, la suite va être un énorme regain d’énergie et de cure de jouvence. Eat Me surprendra par sa ligne de basse au début, qui claque parfaitement, et le titre ne va jamais baisser de régime, prônant un Heavy salvateur et réjouissant. Quant aux paroles, on parle de cannibales, ce qui montre que le chanteur a toujours son esprit malicieux et un peu dark sur les bords. Today is the End commence comme un titre thrash que ne renierait pas Metallica, avant ensuite d’aller vers du pur Heavy façon Ozzy et le résultat est assez plaisant, malgré quelques assertions un poil rap qui laissent pantois et un refrain tout mou qui manque de verve. Fort heureusement, Scary Little Green Men déboule et le résultat sera à la hauteur de nos espérances. En effet, Ozzy Osbourne repart sur un sujet plutôt drôle, les extraterrestres qui font des expériences sur les humains et ce sont surtout le pré-refrain et le refrain qui vont marquer les esprits. Energique, inspiré, à la fois rapide et doux avant de lâcher la bride, on retrouve un artiste au meilleur de sa forme. Et quelle performance de McKagan qui survole l’album de son talent. Holy for Tonight pourrait presque se voir comme une clôture à un album qui a du mal à trouver une direction. Car après les extraterrestres, le chanteur revient vers quelque chose de plus dépressif, de très calme, et qui véhicule un message plutôt mélancolique sur la mort. Cependant, le morceau est très réussi et il est surtout très beau. On restera plus circonspect sur les deux derniers titres. It’s a Raid en duo avec Post Malone est résolument punk et se révèle être le titre le plus nerveux de l’album. Court, concis, on regrettera l’utilisation du vocoder pour changer les voix, enlevant résolument un naturel qui aurait eu plus de gueule sur le morceau. Par contre, Take What you Want, avec Post Malone et Travis Scott est un titre hip-hop, qui risque de laisser beaucoup de monde sur le carreau. C’est l’évolution diront certains, mais venant du prince des ténèbres, on pourrait presque croire à un aveu de faiblesse, car la musique du diable, ce n’est certainement pas le rap…

Au final, Ordinary Man, le dernier album d’Ozzy Osborne, est assez étrange et laisse un drôle de sentiment, même après plusieurs écoutes. Oscillant constamment entre des titres mélancoliques où l’artiste fait un point sur sa vie et considère avec tristesse la mort qui approche à grands pas et des passages soit drôles, soit en lien avec un rap qui ne correspond pas aux attentes des fans, Ozzy Orbourne livre une galette qui souffle le chaud et le froid et qui risque fort de décevoir à cause d’une direction pas très nette. De notre côté, on gardera bien évidemment l’aspect chant du cygne de cet album, sans en oublier pour autant ses faiblesses, qui sont malheureusement assez nombreuses.

  • Straight to Hell
  • All my Life
  • Goodbye
  • Ordinary Man feat Elton John
  • Under the Graveyard
  • Eat Me
  • Today is the End
  • Scary Little Green Men
  • Holy for Tonight
  • It’s a Raid feat Post Malone
  • Take What you Want feat Post Malone et Travis Scott

Note: 13/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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