décembre 5, 2020

La Voie Verne

Auteur : Jacques Martel

Editeur : ActuSF

Genre : Steampunk

Résumé :

Un futur qui pourrait être aujourd’hui : l’usage du papier a disparu et l’ensemble des connaissances a été numérisé, jusqu’à ce qu’un virus informatique terriblement puissant et fulgurant en anéantisse une grande partie.
Dans ce monde au savoir gangrené, John, un homme d’âge mûr, devient majordome pour de mystérieuses raisons dans une famille richissime, recluse dans un immense manoir perché au c ur des Alpes.
C’est là que vit Gabriel, un étrange enfant qui passe son temps dans un univers virtuel mettant en scène un XIXe siècle singulièrement décalé où il retrouve tous les héros, machines et décors de Jules Verne, un écrivain depuis longtemps oublié…
Confronté au mutisme du jeune garçon, aux secrets et aux dangers du monde virtuel dédié à Jules Verne, John s’embarque sans le savoir dans une aventure dont les enjeux se révéleront bientôt vertigineux.

Avis :

Dire que l’œuvre de Jules Verne a inspiré bon nombre d’auteurs relève de l’euphémisme. Écrivain visionnaire et intemporel, il s’est principalement distingué par ses Voyages extraordinaires, cycle littéraire entre extrapolation des progrès technologiques et récits d’aventures sans commune mesure. Fer de lance de grands courants tels que la science-fiction ou même le steampunk, l’homme s’intègre dans le cercle très fermé des écrivains dont la renommée traverse les siècles. Avec La Voie Verne, on s’inscrit dans une sorte d’hommage qui décrit un futur incertain dont la temporalité est tout aussi évasive. Une incursion originale et intrigante ?

De prime abord, cela paraît être le cas. Le contexte dépeint est réellement singulier, notamment avec la disparition progressive des ouvrages papier. Dans un monde où le tout numérique et le dématérialisé régissent la société, le livre tel qu’on le connaît semble être une relique d’un autre âge. Un bien précieux qui interpelle uniquement des collectionneurs avertis et, le cas échéant, peut faire l’objet de trafics en tout genre. Avant de porter son admiration sur les histoires de Jules Verne, le présent ouvrage révèle une passion indéfectible pour cet objet de culture. Il suffit de constater certains descriptifs prompts à dépeindre l’intérêt de cette pratique de lecture pour s’en convaincre.

Par ailleurs, l’hostilité latente des autorités face aux livres dits non déclarés n’est pas sans rappeler un autre classique de la littérature : Fahrenheit 451. Certes, le contexte et le ton sont beaucoup moins sombres et implacables que dans le roman de Ray Bradbury. Toutefois, on retrouve cette même propension à remiser le livre au ban de la société. En l’occurrence, il ne s’agit pas forcément ici d’un danger prompt à ébranler les instances du pouvoir, mais plutôt à le réduire à un objet de considération obsolète. Tout comme la fascination portée à l’œuvre de Jules Verne, ce discours reste bel et bien présent au fil du récit.

On serait donc enclin à avoir un a priori plutôt positif. Toutefois, la tournure des événements fait que la trame perd en crédibilité ce qu’elle gagne en invraisemblances. Sans dévoiler certains aspects essentiels de l’intrigue, on se retrouve avec des révélations pour le moins maladroites et alambiquées qui manquent cruellement de précision. De même, la « véritable » identité du protagoniste se heurte à des questions d’ordre pratique par rapport à ses contemporains. Et l’on ne parle pas ici d’un problème de longévité, mais plutôt d’une méconnaissance de ses traits physiques, et ce, en dépit de sa célébrité. De fait, on se détache progressivement d’une histoire qui perd en intérêt.

Par ailleurs, il aurait été bienvenu d’accentuer le clivage entre un quotidien assez morne et la réalité virtuelle dans laquelle Gabriel, jeune autiste, se réfugie. C’est aussi par l’entremise de cet outil que l’on peut redécouvrir pleinement l’étendue de l’univers de Verne à travers ses Voyages extraordinaires. Au lieu de cela, on se retrouve avec une progression assez laborieuse qui reste statique. Son évolution tend vers des considérations moins complexe et profonde que celles avancées dans les premières pages. Dommage, car le potentiel demeure présent et l’on sent également la densité d’une société qui s’est construite entre l’héritage du passé et les progrès technologiques. En somme, la résultante du rétrofuturisme.

Au final, La Voie Verne augurait une incursion des plus singulières dans le domaine de la science-fiction. Si l’on ne peut contester la passion pour les livres et l’aspect référentiel à Jules Verne, le roman de Jacques Martel pâtit néanmoins de certaines maladresses dans sa trame narrative. On songe à des éléments peu vraisemblables qui entraînent plusieurs incohérences. On regrette que les explications, lorsqu’elles surviennent, demeurent trop tardives et évasives pour assimiler certains tenants. Malgré le contexte plaisant et la qualité des sujets abordés, il en ressort une lecture en demi-teinte qui, à l’instar de sa progression, fluctue sur deux niveaux d’intérêt parallèles, mais nullement complémentaires.

Note : 12/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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