janvier 31, 2023

La Chambre des Officiers

De : François Dupeyron

Avec Eric Caravaca, Denis Podalydès, Gregori Derangère, Sabine Azéma

Année : 2001

Pays : France

Genre : Guerre, Drame

Résumé :

Au début du mois d’août 1914, Adrien, un jeune et séduisant lieutenant, part en reconnaissance à cheval. Un obus éclate et lui arrache le bas du visage.
La guerre, c’est à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce qu’il la passe, dans la chambre des officiers. Une pièce à part réservée aux gradés atrocement défigurés par leurs blessures. Un antre de la douleur où chacun se voit dans le regard de l’autre.
Cinq ans entre parenthèses à nouer des amitiés irréductibles avec ses compagnons d’infortune. Cinq ans de « reconstruction » pour se préparer à l’avenir, à la vie.

Avis :

François Dupeyron est un réalisateur dont je connais peu le cinéma, puisque je n’ai vu que « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » et son dernier film, « Mon âme par toi guérie« . Sur ces deux films-là, je dois dire que le réalisateur a été très loin de me décevoir, offrant toujours des films aussi beaux qu’ils sont sensibles. En vingt-huit ans de carrière, François Dupeyron a réalisé ou coréalisé dix films et j’avoue que sa filmographie me tente énormément.

Je m’attaque donc aujourd’hui à l’un de ses films les plus connus, « La chambre des officiers« . Adapté d’un roman de Marc Dugain, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce film, tant j’ai tenu à en savoir le moins possible, et cette séance de rattrapage fut un véritable bonheur de cinéma. Sublime dans ce qu’il raconte aussi bien que visuellement parlant, « La chambre des officiers » est un film qui m’a bouleversé pendant plus de deux heures. Revenant sur les gueules cassées de la Première Guerre mondiale, François Dupeyron traite ce sujet ô combien difficile avec une délicatesse et une pudeur qu’on n’avait pas encore vu. Bref, « La chambre des officiers » est un vrai coup d’amour !

Adrien est jeune, séduisant et plein de vie. Nous sommes en 1914 et la guerre éclate et comme beaucoup d’hommes, Adrien est appelé. Quelques jours après être arrivé dans « son camp », il est envoyé en reconnaissance et c’est là qu’un obus éclate tout près de lui et ses hommes. Adrien est le seul survivant. Pour lui, la guerre s’arrête là, mais un autre combat commence, gravement touché au visage, il est amené à l’hôpital du Val de Grace, où il va y rester tout le long de la guerre. Dans cette chambre de la douleur et du regard de l’autre, il va essayer de se reconstruire…

Magnifique et bouleversant, voici les premiers mots qui me viennent en tête à la sortir de cette sublime séance de rattrapage. Si vous vous attendez à un film de guerre, alors passez votre chemin, car « La chambre des officiers » est loin de cela. Non, ici, François Dupeyron nous entraîne dans un film post-traumatique ou comment un, ou plutôt des hommes, vont réapprendre à vivre avec la difformité.

Dès le début du film, il y a quelque chose qui s’échappe des images, du destin de son personnage, comme s’il ne pouvait pas s’en sortir. Très vite, François Dupeyron offre une ambiance particulière, ambiance qui rappelle dans un sens le travail de Jean-Pierre Jeunet, berçant son intrigue dans un ton sépia magnifique. On aurait presque tendance à dire que le temps s’est arrêté dans ce film. Si l’on peut rester dubitatif quand l’attaque parvient de nulle part, François Dupeyron nous fera vite oublier les doutes et les craintes qu’on a pu éprouver pendant ce laps de temps. Car oui, après cet accident, « La chambre des officiers » s’en va sur d’autres sentiers que les possibles champs de bataille, et son titre va devenir officiellement concret. « La chambre des officiers » va se dérouler principalement dans une chambre d’hôpital réservée aux officiers victimes et rescapés des combats. Ce qui est incroyable avec ce film, c’est le traitement qui est fait de ces grands blessés.

Divisé en plusieurs parties, François Dupeyron nous enferme tout d’abord dans l’esprit de son personnage. Défiguré, emmené tout d’abord dans une église, puis dans cet hôpital, François Dupeyron nous place à la hauteur de son personnage, cachant en permanence ce à quoi ce beau jeune homme peut ressembler aujourd’hui. La mise en scène est fascinante et terriblement touchante dans ses idées, jouant énormément sur le regard des autres (la relation qui va naître d’ailleurs entre Eric Caravaca et Sabine Azéma est d’autant plus magnifique grâce à ce jeu de regards et ces paroles réconfortantes, qui font autant de bien qu’elles véhiculent aussi énormément de peurs). Avec ce principe, sans trop en faire, François Dupeyron nous laisse tristement imaginer le plus terrible. Ces quarante premières minutes sont un comble d’émotions et de malaise qui est assez incroyable.

Par la suite, le cinéaste va dévoiler le visage, ou les visages, de ces hommes, offrant encore plus d’émotions et d’horreur, le tout en respectant ces personnages. Jamais il ne tombe dans le misérabilisme ou le sensationnel. Non, « La chambre des officiers » est plus riche et plus subtil que cela. À travers l’histoire de ces hommes, François Dupeyron livre une très belle leçon de vie. « La chambre des officiers« , c’est une détresse, c’est une reconstruction, c’est une acception de soi, c’est des blessures et pas seulement visuelles. Puis, c’est aussi un film qui parle indirectement des avancées en médecine, abordant le travail des chirurgiens pour rendre à ces gueules cassées des formes plus humaines, moins monstrueuses, mention plus que spéciale pour Dominique Collabant pour son travail sur les maquillages qui sont bluffants.

Le scénario est riche et beau et il est soutenu et rehaussé par la vision de François Dupeyron, comme le jeu de ses comédiens. Franchement, Eric Caravaca tient son plus beau rôle, tout comme Sabine Azéma. Denis Podalydès, Grégori Derangère et Isabelle Renauld sont fabuleux en gueules cassées. Puis on peut compter sur les participations d’André Dussollier et Jean-Michel Portal, acteur qu’on ne reconnaît pas assez.

D’émotions en émotions, de scènes fabuleuses en idées qui le sont tout autant, « La chambre des officiers » m’a beaucoup secoué. François Dupeyron livre à coup sûr l’un de ses meilleurs films. Avec « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran« , il m’avait procuré un premier coup d’amour, avec « Mon âme par toi guérie« , il avait aiguisé encore plus ma curiosité, aujourd’hui avec « La chambre des officiers« , il confirme et me donne l’envie de m’envoyer toute sa filmographie. Bref, entre coups d’amour et émotion, oserais-je prononcer le mot chef-d’œuvre ? Un temps de réflexion me le dira plus tard, quoi qu’il en soit, dans le cinéma français de la première décennie des années 2000, « La chambre des officiers » est un immanquable.

Note : 18,5/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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