décembre 7, 2021

Les Dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell – James Lovegrove

Auteur : James Lovegrove

Editeur : Bragelonne

Genre : Fantastique

Résumé :

Automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier son passé, Watson voit sa vie changer lorsqu’il rencontre Sherlock Holmes. Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell. Des victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors qu’elles ont été vues en bonne santé à peine quelques jours plus tôt…
Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination. Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou…

Avis :

Malgré les nombreuses itérations et pastiches de Sherlock Holmes dans le domaine du fantastique, notamment face à Dracula ou Frankenstein, l’idée d’une confrontation avec les Grands Anciens pourrait relever du fantasme littéraire. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n’a pas fallu attendre le présent ouvrage pour que l’œuvre d’Arthur Conan Doyle et celle de H.P. Lovecraft se rencontrent. On songe au roman La sagesse des morts, à la BD Sherlock Holmes & le Necronomicon ou, dans le registre vidéoludique, Sherlock Holmes – La nuit des sacrifiés. D’ailleurs, on notera de nombreuses occurrences entre ce dernier et ce premier volet des Dossiers Cthulhu.

Car, avant d’entrer dans le vif du sujet, James Lovegrove effectue une présentation pour attester de la véracité des faits qui vont suivre. De même, il s’invente une ascendance éloignée avec Lovecraft pour crédibiliser l’existence du présent texte et de deux autres qu’il conserve soigneusement chez lui. Au regard de l’importance culturelle des deux monuments auxquels il consacre son ouvrage, l’auteur s’appuie davantage sur l’héritage de ses prédécesseurs qui ont contribué à flouer les frontières entre réalité et fiction. Certaines personnes sont encore persuadées que Sherlock Holmes a réellement vécu à la fin du XIXe siècle, tandis que les spéculations perdurent sur la mythologie des Grands Anciens et l’existence même du Necronomicon.

Il n’est pas ici question de jouer les opportunistes ou de se gausser d’une certaine crédulité, mais d’explorer respectueusement cet aspect fascinant qui découle de ces deux univers aux antipodes. Rendre l’impalpable tangible et appréhender l’influence d’une œuvre au point de s’ancrer dans l’imaginaire collectif. Un point de départ qui traduit la parfaite compréhension des matériaux de base pour proposer une histoire à la croisée des genres et des chemins. Cette approche permet également d’éviter tout amalgame avec quelques considérations mercantiles. Car l’opportunisme de façade que peut susciter une telle initiative est rapidement contredit par la qualité du récit et de son ambiance.

James Lovegrove ne se contente pas de fournir une enquête policière teintée de fantastique, mais de s’affranchir des influences précitées pour se concentrer sur la trame narrative. De fait, il ne réside aucun déséquilibre entre les personnages d’Arthur Conan Doyle et de la présence des Grands Anciens dans cette réalité… ou une autre. Le récit est amené sous la forme d’une affaire somme toute banale. À savoir, des disparitions et des morts inexpliquées dans le quartier de Limehouse. Puis ce sont les implications et les enjeux en devenir qui prépareront le terrain pour l’avènement des dieux imaginés par Lovecraft. L’ensemble est intrigant et soutenu par une ambiance très imagée du Londres victorien. De plus, l’auteur s’attache à une rigueur toute scrupuleuse sur l’appropriation des deux univers littéraires.

Comme n’importe quel récit du canon holmésien, le roman est narré par Watson à la première personne. De nombreuses allusions sont effectuées pour faire le lien entre les histoires originales et cette vérité cachée qui nous dépeint Holmes sous un jour (presque) nouveau. On retrouve le caractère décalé et fascinant du détective, mais aussi une témérité inhérente à sa jeunesse. Pour rappel, l’intrigue se déroule en 1880, bien avant Une étude en rouge. Cette sorte de préquelle officieuse s’attache à rendre cohérents les faits présentés et les connaissances que l’on peut avoir des autres enquêtes, offrant ainsi une réelle continuité. On songe notamment à l’affrontement entre Holmes et Moriarty dans Le dernier problème ou les relations avec les inspecteurs Gregson et Lestrade.

Au final, Sherlock Holmes & les ombres de Shadwell est un récit pour le moins enthousiaste. James Lovegrove intègre parfaitement les ficelles d’œuvres qui, à leur manière, ont concouru à les rendre intemporelles aux yeux de générations de lecteurs. De la reconstitution historique des bas-fonds londoniens à la présence invisible d’un panthéon de dieux oubliés, l’auteur pousse l’expérience jusque dans son style, faisant le parfait amalgame entre la plume raffinée d’Arthur Conan Doyle et l’approche suggestive de Lovecraft. Une réelle prouesse qui débouche sur une intrigue prenante, hantée par des créatures et des personnages immortels. Remarquable.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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