octobre 20, 2021

Detroit

De : Kathryn Bigelow

Avec John Boyega, Will Poulter, Algee Smith, Jacob Latimore

Année: 2017

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame, Thriller

Résumé :

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation.
À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Avis :

La grande Kathryn Bigelow est la seule femme à jamais avoir décroché l’Oscar de la meilleure réalisatrice, il y a presque dix ans de cela. Si la dame est connue pour son cinéma de qualité, depuis son Oscar, elle se fait plus rare et gagne encore plus en efficacité, et aujourd’hui, chacun de ses films se fait attendre comme un évènement. Un évènement qu’on n’a absolument pas envie de manquer.

Après avoir passé plus d’une dizaine d’années à avoir filmé la guerre et les militaires, Kathryn Bigelow nous revient sur d’autres thèmes. Aujourd’hui, avec « Detroit« , la réalisatrice a décidé de mettre en images les émeutes de la ville de Détroit en 1967 et ainsi, se lancer dans l’enfer du racisme.

Film en forme de coup-de-poing, « Detroit » c’est plus de deux heures vingt d’un film poignant, puissant et révoltant. Plus de deux heures vingt d’un cinéma nécessaire qui résonne encore sur certains de ses thèmes, alors que les évènements remontent à cinquante ans. Bref, les critiques disaient du grand cinéma, et elles ont bien raison.

Amérique, été 1967, les tensions raciales sont à leur paroxysme dans tout le pays et plus particulièrement dans la ville de Détroit. Alors que la police fait une descente dans un club clandestin, elle ne se doutait absolument pas qu’elle allait mettre le feu à la poudrière. Les émeutes vont durer cinq jours, et conduiront à des milliers d’arrestations, des centaines de blessés et pas moins de quarante-trois tués. Parmi ces morts, on trouvera une bavure policière, doublée d’une injustice…

Monumental, voilà comment on peut définir le nouveau film de la réalisatrice la plus couillue d’Hollywood. Avec « Detroit« , Kathryn Bigelow nous enferme dans une longue et insoutenable descente en enfer et le moins que l’on puisse en dire, c’est qu’elle peut encore une fois se préparer à aller aux Oscars.

Terrifiant de réalisme, allant chercher à la limite du documentaire, Kathryn Bigelow ne fera pas les choses à moitié dans tous les aspects de son film. Parfaitement tenu, même si l’on ne peut nier qu’elle tirera parfois dans la longueur, la cinéaste développe très bien l’ambiance, soutient son intrigue, présente à merveille le contexte, comme ses personnages, et en bonus, elle a l’intelligence de ne pas faire dans la gratuité de la violence et ça, même si son « Detroit » est un film très violent. Une violence psychologique qui sera parfois à la limite du soutenable, mais qui servira en permanence le film et cette intrigue.

Ce qui est très bon avec « Detroit« , avant même de s’arrêter sur l’intrigue, ou le parcours tragique et terrible de ses personnages, c’est avant tout la mise en scène de la réalisatrice. Une mise en scène qui est ultra réaliste. Une mise en scène qui sonde les abîmes d’une société malade, qui ne s’écoute pas, une société qui sombre dans la folie et la haine. Pour cela, elle va s’arrêter sur une affaire pointue et difficile d’une de ces nuits d’émeutes. Une affaire qui reste encore aujourd’hui une injustice terrible, dont il aura fallu rencontrer les acteurs des évènements pour raconter au mieux cette terrifiante nuit et plus généralement l’ambiance, les choix, et les pensées d’une partie de la grande Amérique des années 60/70.

Les choix qu’a faits Kathryn Bigelow pour nous parler de ces évènements sont excellents. Ici, on n’est pas vraiment dans le schéma des gentils blacks victimes et des méchants blancs. Et cela même si la ligne directrice de « Detroit » finira quand même par aller sur cette note avec ces flics cherchant une arme qui n’existe pas, n’hésitant pas à abuser de leur autorité pour montrer leur supériorité. Mais malgré cela, Kathryn Bigelow y intégrera une infinité de couleurs et de nuances. « Detroit » parle du racisme, mais il parle surtout de tous les racismes. « Detroit« , c’est des flics racistes et de bons flics, c’est des blancs haineux et inversement, tout comme on trouvera de bons petits blancs. Oppresseurs, oppressés, espoir, désespoir, tous sont logés à la même enseigne par la réalisatrice et ça, malgré la très longue et bouleversante séquence du motel, où tous les plus bas instincts ne manqueront pas de tenir le public en horreur et en haleine.

« Detroit« , c’est aussi un film qui, dans certaines de ses images, part plus loin que les émeutes de l’époque. Le comportement de la toute-puissante police de Détroit qui envahit les rues et maltraite manifestants, émeutiers ou simples passants renvoie presque automatiquement à certaines images de l’armée américaine marchant sur l’Irak ou le Moyen-Orient, imposant un climat de terreur. Des images qui, cinquante ans après les faits, trouvent-là une résonnance d’une troublante actualité.

« Detroit« , c’est énormément de personnages aussi, mais aucun d’eux n’est « principal ». « Detroit« , c’est une fresque réaliste, et malgré plusieurs rôles plus forts que les autres (Will Poulter en route vers les Oscars!), c’est bien l’ensemble des personnages et donc des comédiens qui font la paire. Tous sont essentiels et tous servent le film, les sujets et l’histoire.

Cela faisait quatre années qu’on n’avait plus de nouvelles de Kathryn Bigelow, depuis qu’elle nous avait scotchés avec son « Zero Dark Thrity« , et quatre ans plus tard, la réalisatrice réitère avec « Detroit« .

Puissant et nécessaire, pour son dixième film, la cinéaste n’est vraiment pas loin du chef-d’œuvre. Inutile donc de préciser qu’en plus d’être l’un des meilleurs films de l’année, « Detroit » est un inratable !

Note : 17,5/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=d5h7Kgo-zeI[/youtube]

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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