décembre 4, 2021

La Planète des Singes – Pierre Boulle

Auteur : Pierre Boule

Editeur : Julliard

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Y a-t-il des êtres humains ailleurs que dans notre galaxie ? C’est la question que se posent le professeur Antelle, Arthur Levain, son second, et le journaliste Ulysse Mérou, lorsque, de leur vaisseau spatial, ils observent le paysage d’une planète proche de Bételgeuse: on y aperçoit des villes, des routes curieusement semblables à celle de notre terre.
Après s’y être posés, les trois hommes découvrent que la planète est habitée par des singes.
Ceux-ci s’emparent d’Ulysse Mérou et se livrent sur lui à des expériences. Il faudra que le journaliste fasse, devant les singes, la preuve de son humanité…

Avis :

Avancé comme un classique de la science-fiction, La planète des singes connaît un succès incontestable depuis sa parution. Au fil de ses adaptations cinématographiques et télévisuelles, sa renommée et son aura n’ont cessé de croître. Par cet engouement et la quasi-unanimité qu’il génère auprès du grand public et de la profession, l’on tient vraisemblablement un monument littéraire qui hisse son auteur au même niveau qu’Arthur C. Clarke ou George Orwell. Aussi, il est d’autant plus difficile d’en sortir avec un sentiment mitigé en travers de la gorge. Au même titre que Ravage de Barjavel, ce livre a-t-il si mal vieillit que cela ?

Pas si sûr. Ici, l’époque demeure lointaine (le XXVIe siècle). Il n’est pas non plus question de distinguer quelques anachronismes ou éléments contradictoires au regard des avancées technologiques. On pourrait éventuellement justifier cette absence par une odyssée sur une planète extraterrestre ou que les voyages intergalactiques nous soient encore inaccessibles. Sauf que le roman reste volontairement évasif sur ce point, et sur bien d’autres d’ailleurs… Toujours est-il que l’aspect succinct du livre (moins de 200 pages) semble régir les fondamentaux d’une trame répétitive et basique. De là à dire que la déconvenue est de rigueur…

L’intrigue n’en est pas réellement une. La progression en territoire inconnu nous laisse penser à une exceptionnelle aventure. Or, la majeure partie du roman s’impose comme une présentation sommaire de la planète des singes. Le fonctionnement restreint à une seule cité, les mœurs des primates, l’animosité des hommes et un quotidien somme toute banal qui occupe les deux espèces. Si le concept est intéressant, l’auteur s’amuse simplement à inverser les rôles hommes/singes dans un futur éloigné avec une approche rétrograde de sa conception de l’avenir. Soror devient le miroir déformé de l’évolution de la Terre, mais l’aspect futuriste ou propre à la science-fiction demeure archaïque pour un tel bond dans le temps.

Au lieu d’apprécier le sommet évolutif dû à 10 000 ans de domination, on se retrouve dans les années 1960 version simienne, sans extrapolation ou anticipation visible. Et ce n’est pas une explication à l’emporte-pièce sur le caractère obtus des orangs-outans qui changera quoi que ce soit. Alors oui, on peut encenser un fond qui fait preuve d’habileté pour transposer les exactions de l’homme chez les primates. Pierre Boulle jouant sur l’empathie du lecteur qu’il serait susceptible d’éprouver pour ses semblables, réduits à l’état de bêtes de somme ou d’animaux de laboratoire. Cependant, les réactions ne sont pas forcément celles escomptées…

En effet, il en résulte un sentiment misanthrope qui vient appuyer le juste retour de bâton au regard de nos actes envers les animaux. L’aspect ironique d’un homme dépourvu de ce qui le définit trouve une résonnance particulière. Certaines idées portent même la réflexion sur la notion de conscience et d’humanité propres à certains êtres vivants, toute considération religieuse écartée. Et c’est sûrement ces propos avant-gardistes et pleins de bon sens qui sauvent le livre du naufrage interstellaire. Car malgré un cynisme soigneusement dissimulé et des traits d’esprit sarcastiques assumés à chaque page, force est de constater que la prose reste aussi simple que sa structure.

Les deux tiers du roman se cantonnent à l’obscurité d’un laboratoire d’expérimentation. Notre personnage principal a beau se trouver des deux côtés de la cage, la trame s’étend beaucoup trop sur cet aspect en délaissant tout le potentiel propre à la découverte d’une planète et d’une vie extraterrestre. Qui plus est, on remarquera régulièrement des séquences qui manquent de précisions dans les intentions et la progression. L’histoire demeure évasive et redondante sans vraiment approfondir des éléments essentiels. Pour preuve, un dénouement à l’emporte-pièce qui éclipse certains passages délicats à décrire (la fuite de la planète) pour déboucher sur un épilogue confondant de prévisibilité.

N’en déplaise aux puristes et aux inconditionnels de l’œuvre de Pierre Boulle, ce qui s’annonçait comme la révision d’un classique de la science-fiction se termine par une déconvenue de taille. La faute à une histoire limitée, un point de vue qui l’est tout autant et surtout une évolution quasi nulle au fil des pages. L’auteur évite toutes péripéties ou complications par des ellipses flagrantes et révélatrices d’une certaine propension à la facilité dans le style et dans la forme. Il reste néanmoins des propos engagés sur le comportement de l’homme au regard des animaux et une réflexion intéressante sur ce qui définit l’humanité. Les éléments sous-jacents, si habiles soient-ils, supplantent tout autre aspect du roman. Un choix hasardeux qui se fait au détriment de la qualité du récit. Une œuvre dont la réputation et la force prennent tout leur sens avec les adaptations cinématographiques, bien moins évasives et simplistes sur la forme.

Note : 11/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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