janvier 28, 2022

Olivia Ruiz – A Nos Corps-Aimants

Avis :

Qu’est-ce que l’habitus primaire ? Selon Pierre Bourdieu, sociologue français, c’est une certaine disposition d’esprit qui va constituer un être humain. Chez les enfants, cet habitus se caractérise par le milieu social dans lequel il évolue. Ainsi, piochant allègrement dans un certain déterminisme, cela signifie que lorsqu’un enfant né dans une famille où la culture est très prégnante, à ce moment-là, l’enfant aura une prédisposition pour la musique, le théâtre, le cinéma, ou tout du moins une certaine sensibilité. Et comment ne pas être d’accord avec cela lorsque l’on voit tous les fils et filles de chanteur ou d’acteur qui suivent la même voie que leurs parents. Olivia Ruiz n’échappe pas à la règle et ironie du sort, même son frère sera dans le même bateau, bien que moins connu. Avec un papa musicien, il semblait difficile pour la jeune femme de ne pas tomber dans la musique. Celle qui faisait partie d’un groupe de rock au départ, va vite se faire connaître en 2001 avec la première émission de la Star Academy, où elle échouera en demi-finale. Mais ce n’est pas grave, puisque la jeune femme se fait remarquer et cela lui permet de lancer sa carrière. Mais le vrai succès ne surviendra qu’en 2005 avec La Femme Chocolat. Disque de diamant, soit plus d’un million d’exemplaires vendus, la chanteuse a le vent en poupe avant de se faire beaucoup plus discrète. A nos Corps-Aimants est son cinquième album et bizarrement, c’est celui qui s’est le moins bien vendu (35 000 exemplaires), affichant une nette baisse de régime depuis son succès. A quoi cela est-il dû ?

Le skeud débute avec Mon Corps Mon Amour et il est typiquement dans ce que l’on pourrait appeler de la variété française festive qui fait irrémédiablement penser à Dionysos ou tous ces groupes qui ont une véritable marque de fabrique, une identité un peu hybride. Ce n’est pas de la pop, il y a des paroles assez intéressantes et surtout une instrumentalisation assez riche avec du violon, du clavecin mais aussi des cuivres. Le rythme est relativement scandé et l’ensemble fonctionne assez bien, le tout se concordant bien avec la voix de la chanteuse. Le seul défaut, c’est que tout cela reste dans une zone de confort assez flagrante. Quand on met l’album en mode lecture, on sait qui on écoute et il n’y a pas de prises de risque. On peut aussi parler du fort sympathique Il y a des Nuits, qui est une sorte de réflexion sur la routine du jour et que parfois, la nuit, on peut devenir un autre personnage, en dehors du temps. Le morceau est bien gentil, mais il est symptomatique de la chanteuse, à savoir une rythmique assez lente, s’appuyant sur des paroles intéressantes ou drôles et jouant à fond sur une instrumentalisation un peu classique. L’avantage, c’est que l’on n’a pas droit à des boîtes à rythmes insipides et en ce sens, cela fait du bien. Mais on peut clairement dire que tout cela manque de rythme ou de variations. Et ce n’est pas le gentillet Ame en Dentelle qui explose un peu durant le refrain, qui va changer la donne.

Alors ce n’est pas qu’Olivia Ruiz a fait un mauvais album avec A nos Corps-Aimants, c’est juste qu’elle reste dans un genre qui cible une niche très particulière et qu’elle s’éloigne un peu de la chanson populaire entrainante qu’elle avait fait avec La Femme Chocolat. Renouant avec ses racines, on pourra apercevoir certains morceaux en espagnol comme Nino mi Nino ou encore Duerme Negrito, sans que cela nous touche. C’est très introspectif comme façon de faire, et à moins d’avoir une sensibilité à l’espagnol ou à l’Espagne en général, ces titres demeurent agréables, mais ne marquent pas ou ne touchent pas. D’ailleurs, les émotions seront très en retrait par rapport aux albums précédents et même si certaines paroles sont intéressantes et intelligentes, comme sur L’Eternité, on n’aura pas les frissons voulus par la chanteuse. Cependant, pour relever un peu le niveau, on aura certains dits un peu plus rock que d’habitude, à savoir Dis-Moi ton Secret, qui fait presque country, mais qui contient des paroles très enfantines, ou encore Tokyo Eyes, dans une moindre mesure. Ces morceaux font intervenir une jolie guitare électrique, mais ils leur manquent là aussi une certaine dynamique qui ferait sortir la chanteuse d’un carcan musique française qui l’empêche réellement d’exploser et de faire intervenir des rythmiques plus brutes ou plus rapides.

Au final, A nos Corps-Aimants, le dernier album d’Olivia Ruiz, est agréable, sympathique, et même plutôt bon dans son orchestration, mais très clairement, il manque de diversité et de variations. On sent que la chanteuse a envie d’expérimenter autre chose, d’aller vers le rock ou carrément des musiques traditionnelles espagnoles, mais on ne peut s’empêcher d’entendre de la frustration dans ce skeud, tant certains titres ne vont pas au bout des choses. Et c’est dommage parce qu’il y a de l’idée et notamment le featuring avec son frère qui rappe sur Il y a des Nuits, mais qui ne doit pas être assez commercial pour la maison de disques…

  1. Mon Corps Mon Amour
  2. Il y a des Nuits
  3. Ame en Dentelle
  4. La Dame-Oiselle
  5. Nino mi Nino
  6. Dis-Moi ton Secret
  7. Le Blanc du Plafond
  8. L’Eternité
  9. Tokyo Eyes
  10. Paranoïaque Transcendantal
  11. Nos Corps-Aimants
  12. Duerme Negrito
  13. Il y a des Nuit feat Toan

Note : 12/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=j1WBIdKkVp0[/youtube]

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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