
Titre Original : The Vikings
De : Richard Fleischer
Avec Kirk Douglas, Tony Curtis, Ernest Borgnine, Janet Leigh
Année : 1958
Pays : Etats-Unis
Genre : Aventure
Résumé :
Au Xème siècle, les Vikings sèment la terreur sur les côtes d’Angleterre. Ragnar, le chef viking, tue le roi et viole la reine. Cette dernière donne naissance à Eric qui sera capturé par les Vikings et élevé comme esclave. Devenu adulte, il affronte Einar, le fils de Ragnar, et le défigure en lançant contre lui son faucon. Quelques temps plus tard, Morgana, la future reine d’Angleterre, est enlevée par Einar qui cherche à la séduire, mais elle tombe amoureuse d’Eric.
Avis :
Commençant sa carrière dans les années 40 au sein de la RKO-Pathé, Richard Fleischer se fait tout d’abord connaître dans le montage, puis dans des sketches humoristiques muets qui auront un grand succès. Grâce à cela, à la fin des années 40 et au début des années 50, il va pouvoir réaliser ses premiers films, s’allier notamment avec Robert Altman pour faire des thrillers et des films noirs. Au milieu des années 50, Richard Fleischer part pour la MGM, et Disney lui propose son premier gros film, 20.000 Lieues sous les Mers. Le succès est tel qu’on le considère alors comme un expert dans les films d’action et d’aventures. Quatre ans plus tard, il va alors tourner Les Vikings, avec un casting des plus alléchants. Entre Kirk Douglas, Tony Curtis, Ernest Borgnine et Janet Leigh, on peut dire qu’il y a du beau monde.

Pour de nombreux fans de films de vikings, Les Vikings de Richard Flesicher fait partie des meilleurs, de ceux qu’il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie. Et il est difficile de les contredire, tant le film est réussi sur bien des plans. Ou comment le réalisateur arrive à rendre épique un scénario qui demeure intimiste, ou tout du moins, qui n’est pas aussi grandiloquent qu’on pourrait le croire. Le film commence par une introduction en animation, qui explique les rituels vikings, ainsi que leurs raids contre l’Angleterre. A partir de là, on y voit une attaque courte, mais virulente, et une reine qui va se faire violer par Ragnar, le chef des vikings. Par la suite, cette reine est mise au rébus par l’un de ses neveux, qui prend le pouvoir et devient un tyran. Enceinte de Ragnar, elle cache son bébé en Italie.
« La mise en scène de Fleischer est relativement belle »
Dès le départ, Richard Fleischer nous présente un monde violent, où les vikings passent pour des barbares, mais les anglo-saxons sont aussi méprisables, avec des coutumes patriarcales délétères et un homme qui s’érige en tyran pour avoir le pouvoir. Ici, le choix est malin, puisqu’il permet de ne pas choisir son camp. Les deux communautés ont des tares et des personnages attachants, ce qui fait que l’on ne prend pas parti. D’ailleurs, par la suite, on se rend chez les vikings pour faire la connaissance de Einar, le fils de Ragnar, un fougueux jeune homme qui va se mettre à dos un esclave, dont on découvrira très rapidement qu’il s’agit du fils caché de Ragnar (dont lui-même ignore son existence). Les rites vikings sont mis en avant, avec une certaine débauche et une frénésie qui rend tout ce petit monde insouciant.
La mise en scène de Fleischer est relativement belle. N’utilisant que des décors naturels, le village viking est vraiment beau, et certains plans restent en mémoire, notamment lorsqu’il des passages en bateau. On notera aussi une volonté de faire dans le grandiloquent avec des combats virulents et pourtant lisibles. Mais tout ça n’est que la résultante d’une histoire simple, celle d’un duel amoureux qui va se transformer alors en duel fratricide. Les Vikings est un film dont le scénario s’avère intimiste. On n’ira pas dans la domination des vikings, on n’aura pas droit à une fresque épique sur plusieurs années. Ici, on a deux frères qui s’ignorent et qui vont tomber amoureux de la même femme. Le duel est alors inévitable, et on va avoir des questionnements assez intelligents autour de l’amour et du destin, ainsi que de l’entraide pour mener à bien certaines missions.
« le film explore les affres de la vengeance »
Loin, très loin, d’une dualité linéaire, le film explore les affres de la vengeance et les choix qu’il faut faire pour réussir ses objectifs. A plusieurs reprises, Einar a la possibilité de tuer son rival, non seulement pour la blessure qu’il lui a infligé à l’œil, mais aussi pour l’amour de la reine anglaise. Cependant, il ne veut pas le tuer, ni même le torturer, mais il le garde sous le coude, attendant sans doute le bon moment pour lui infliger une blessure encore plus terrible. L’histoire parle alors de cette dualité, de cette dichotomie qui habite les deux hommes, qui vont établir une relation d’amour/haine passionnante à suivre. Et les deux acteurs sont tout bonnement formidables. Kirk Douglas est parfaitement détestable dans la peau de ce viking sûr de lui, alors que Tony Curtis est plus torturé, rebelle et en même temps fragile.

Au final, Les Vikings est un excellent film, qui au-delà de de la population historique dont il tient son titre. Duel fratricide, personnages empathiques qui essayent de trouver un terrain d’entente alors qu’ils sont ennemis pour vaincre un mal commun, Richard Fleischer livre un film aussi beau qu’il est malin dans ses thématiques. Et pour autant, il s’agit aussi d’un film intimiste, un film de personnages, loin d’un long-métrage épique s’appuyant sur une bataille précise ou sur une longue fresque historique. Bref, si on peut lui imputer un côté sulfureux totalement absent (en même temps, c’était l’époque qui voulait ça), on reste tout de même sur un excellent film.
Note : 16/20
Par AqME
