
Avis :
Le milieu du Hardcore américain est très riche et très dense. Pour autant, c’est un genre qui véhicule des pamphlets positifs et chaque groupe arrive à s’extirper de la masse par des choix radicaux et des envies de tout casser sur son chemin, surtout s’il s’agit de racisme ou de différences sociales. A ce petit jeu, Converge pourrait presque passer pour un papy du genre. Fondé au tout début des années 90, le groupe commence d’abord par faire des reprises de morceaux Punk et Heavy. En 1994, le premier album de la formation sort, et malgré de nombreux projets parallèles, le groupe va résister à toutes les intempéries et sortir un album de façon régulière. Avec un line-up stable depuis 1999, le groupe a quand même freiné un peu ses sorties, passant d’un album tous les deux/trois ans à un album tous les cinq ans.
Love is not Enough est le onzième effort studio de la bande de Salem, et il ne déroge pas à une règle essentielle du Hardcore (et du groupe par la même occasion), faire court, concis, efficace. Ici, on a dix pistes pour une petite demi-heure d’écoute, preuve que l’on n’est pas là pour faire du chichi, et que l’on rentre directement dans le lard des auditeurs. Ce nouvel album ne fait pas les choses à moitié, même si on sera étonné par les choix du placement des pistes, avec un début tonitruant avec des morceaux très courts, ne dépassant pas parfois les deux minutes, et une fin plus complexe, avec notamment trois titres qui font plus de quatre minutes, et qui installent une ambiance plus structurée. Un choix audacieux, mais qui correspond à ce côté chaotique qui semble coller à la peau du groupe.
Dès le départ, on sait que l’on tombe sur du Hardcore pur jus. Love is not Enough commence avec un riff ravageur et puissant, permettant alors aux guitaristes de partir dans une rythmique beaucoup plus rapide, presque proche du Punk. Le titre dépasse à peine les deux minutes, mais il donne une patate d’enfer, et s’amuse même avec un break moins bruyant, pour repartir de plus belle, avec un solo court, mais diablement efficace. Bref, il s’agit d’une entame parfaite. Derrière, Bad Faith aura fort à faire, mais on va se prendre une mandale de l’espace. Le riff d’introduction est monumental, le rythme ne baisse pas d’un iota et il sera bien impossible de ne pas avoir envie de bouger dans tous les sens à l’écoute de ce morceau. Un titre taillé pour la scène qui va faire très mal.

Par la suite, le groupe va enchaîner deux morceaux qui ne dépassent pas les deux minutes. Et ce ne sont pas des interludes, mais des titres à part entière, qui ont des choses à dire. Distract and Divide est un morceau rageur qui nous frappe de plein fouet, et qui correspond parfaitement au côté chaotique que peut avoir le groupe. To Feel Something va encore plus loin dans le délire bordélique, avec un début qui pourrait presque n’avoir aucun sens musical, mais qui retombe ensuite sur ses pattes pour aller vers un aspect presque mathcore dans son déroulement. Un morceau qui ne fait pas dans la dentelle, et il faudra bien Beyond Repair, morceau entièrement instrumental pour s’en remettre. Ici, l’ambiance devient lourde et lugubre, annonçant alors une seconde moitié plus tortueuse et un poil plus travaillée, avec notamment des morceaux plus longs.
Amon Amok gardera le chant crié surpuissant, ainsi que des riffs ravageurs, mais on aura une structure plus complète, avec une mélodie plus « commune ». Le groupe rentre un peu dans le moule, tout en continuant à nous asséner des coups de pelle dans la tronche. Derrière, Force Meets Presence revient à un titre court et puissant, ce qui permettra alors de laisser plus de champ aux trois derniers morceaux. Gilded Cage ouvre le bal des titres longs, avec un chant qui emprunte presque aux Beastie Boys, avec un côté parlé très incisif. Le résultat est impressionnant et réellement marquant. Make me Forget You épousera des allures de Punk Rock à tendance Hardcore, avec un chant crié toujours autant habité et une envie de tout envoyer valser, mais avec des riffs plus légers. Enfin, We Were Never the Same clôture l’album de façon optimale, avec rage et courage.
Au final, Love is not Enough, le dernier album de Converge, est une belle réussite, et démontre que le groupe est un cador du genre. Court, concis, virulent, sans ambages ni fioritures, le groupe américain reste fidèle à lui-même et déballe une demi-heure de colère trop longtemps contenue. Les fans de la première heure seront ravis, et pour ceux qui découvrent le groupe, ils voudront à coup sûr se plonger dans leur discographie percutante et pleine de fulgurances Hardcore.
- Love is not Enough
- Bad Faith
- Distract and Divide
- To Feel Something
- Beyond Repair
- Amon Amok
- Force Meets Presence
- Gilded Cage
- Make me Forget You
- We Were Never the Same
Note : 17/20
Par AqME
