janvier 22, 2022

Life is Strange

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Résumé :

 

La jeune Max Caulfield est une étudiante en photographie qui revient dans sa ville natale, Arcadia Bay, dans l’Oregon. Alors qu’elle vient de découvrir qu’elle possède le pouvoir de remonter dans le temps, elle enquête rapidement sur la disparition d’une adolescente de la ville.

Avis :

Le voyage dans le temps est sans doute l’un des thèmes de la science-fiction les plus délicats à mettre en œuvre. Il nécessite un scénario travaillé, inventif et d’une complexité sous-jacente qui ne doit rien enlever à la bonne compréhension des événements. Cela a donné quelques références en la matière (autant en littérature qu’au cinéma), mais aussi pas mal de vaines tentatives qui se contentaient d’exploiter un sujet sans pour autant le maîtriser. Hormis la saga de Prince of Persia (les sables du temps et ses 2 suites), le thème ne s’est jamais vraiment imposé dans le domaine vidéoludique. Life Is Strange va-t-il changer cet état de fait ?

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Responsable du très bon et ignoré Remember Me, Dontnod délaisse les souvenirs d’un Paris futuriste pour revenir à une époque plus contemporaine. Le développeur français se lance dans le jeu d’aventures en empruntant une trame épisodique ; ce qui n’est pas sans rappeler les excellents softs de Telltale Games, comme The Walking Dead ou The Wolf Among Us… En cela, la construction est identique à ces titres avec un suspense ménagé au fil de la progression. Depuis quelques années, cette approche marque une nette évolution dans l’appréhension du genre qui, peu à peu, perd son statut de point’n click pour tendre vers une expérience encore plus immersive.

Il est vrai que certains produits empruntent davantage ce procédé pour des questions purement mercantiles sans justifier ce découpage (le dernier Hitman ou, prochainement, le remake de Final Fantasy 7). Toutefois, le jeu d’aventures s’y prête mieux si tant est que l’histoire tienne la route du début à la fin. Dès les premières séquences, on devine sans mal que l’entame nuancée de Life Is Strange saura parvenir à capter l’attention du joueur. On plonge dans les cauchemars d’une étudiante en art (plus précisément la photographie) qui se découvre la capacité de remonter dans le temps pour empêcher certains événements de survenir à court terme.

Dans ses fondements, le gameplay reste basique. Déplacements, fouilles et recherches de zones données, conversations avec différents interlocuteurs… Mais la possibilité de revenir en arrière pour modifier des paroles malheureuses ou une action erronée permet d’aborder le jeu autrement qu’en suivant une progression linéaire. On peut changer à loisir ce que l’on fait (ou ce que l’on ne fait pas), mais les décisions prises sont irréversibles en quittant le lieu concerné. De fait, l’intrigue emprunte des chemins différents à chaque moment clé. Si elles ne sont pas forcément uniques, les parties ne se ressemblent guère.

Les éléments modifiés surviennent sur le court terme, mais quelques exceptions surprennent et montrent que n’importe quelle action peut avoir des conséquences irrémédiables sur l’avenir. Outre la présence d’indices évidents sur le prix à payer pour jouer avec le temps, on tend souvent vers un traitement similaire à L’effet papillon. « Changez une chose, change tout. » Dès lors, les choix proposés ou les réponses privilégiées montrent qu’on ne peut prendre de bonnes ou de mauvaises décisions. Parfois, il y a juste l’illusion de jouir du libre arbitre pour effacer ce qui nous déplaît ou de remanier un élément anodin.

Qu’arriverait-il si nous tournons le dos à une personne pour en aider une autre ? Quelles conséquences ont notre comportement sur notre entourage et notre environnement ? En cela, Life Is Strange fait montre d’une écriture très astucieuse où l’apparente simplicité d’une situation offre des implications plus complexes qu’au premier abord. Si le contexte prend place au sein d’une université, l’approche est très mature. Il s’en dégage une atmosphère contemplative coincée entre nostalgie et peur de l’avenir. Un endroit et une époque où, paradoxe déconcertant, le présent n’a finalement que peu d’importances sur les destins puisqu’on cherche ce qui aurait pu être ou ce qui sera.

Ce potentiel narratif aurait été bien vain sans une palette de personnages à la hauteur. Si certains intervenants ressassent des clichés propres à l’adolescence, les caractères sont suffisamment disparates et réalistes pour les accompagner au fil des épisodes. Torturés, curieux, compatissants, dédaigneux ou prétentieux, les sentiments et les émotions se succèdent, s’entrechoquent, pour laisser place à des individus égarés (certains esseulés) face à un futur dont ils ignorent tout. Encore une fois, les apparences s’effacent progressivement devant les contradictions, aux joies et peines de tout un chacun. Ou comment la perte de l’innocence se heurte à la réalité dans son implacable cruauté…

Au vu de l’expérience intense que procure le jeu, la durée de vie pourra paraître éphémère si l’on accroche à l’ambiance et à l’intrigue. Par épisode, il faut compter entre deux et trois heures. On lorgne donc entre dix et quinze heures pour terminer l’aventure. Si ce n’est pour l’envie de redécouvrir l’histoire et de tester toutes les possibilités, la rejouabilité dépend du ressenti et de l’implication du joueur. Fouiller les lieux de fond en comble, remplir le portfolio de Max et questionner certains personnages pour le simple plaisir de flâner… Les énigmes ne sont guère complexes. Elles nécessitent un minimum de logique et de l’application des mécanismes du gameplay pour les résoudre.

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Derrière un titre aussi sobre que symbolique, Life Is Strange offre un scénario fascinant où le thème du voyage dans le temps est exploité à sa juste mesure. À l’instar de la tornade qui menace Arcadia Bay, l’intrigue nous emporte dans ses méandres et nous ballote par des ressentis à la fois différents et déconcertants. Parfois drôle, parfois triste, elle demeure en tout point touchante et fait preuve d’une profonde maturité dans l’évolution des personnages. Life Is Strange s’adresse à tous les amateurs d’excellentes histoires où l’atmosphère éthérée est portée par une bande-son aussi sensible que magnifique. Plus qu’un bon jeu, le pendant vidéoludique de L’effet papillon

Note : 18/20

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=AURVxvIZrmU[/youtube]

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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