décembre 4, 2021

Quelques Pas Vers l’Enfer – Jean-Pierre Andrevon

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Auteur : Jean-Pierre Andrevon

Editeur : Livrior

Genre : Fantastique

Résumé :

Six nouvelles autour de la mort.

Avis :

Grand spécialiste de la science-fiction, Jean-Pierre Andrevon a marqué un genre qui n’a cessé d’évoluer au fil des décennies. Qu’il s’agisse de romans ou de nouvelles, il a tissé au fil de ses quarante-cinq années de carrière une œuvre singulière, et ce, grâce à un point de vue non moins intrigant sur les thèmes abordés. Journaliste, chanteur, dessinateur ou peintre, l’auteur multiplie les fonctions. Cette polyvalence ne semble connaître aucune limite, car s’il écrit, il est également narrateur. Qui mieux que le créateur peut nous guider dans son univers ?

Quelques pas vers l’enfer est un livre audio réunissant six nouvelles autour de la mort, la guerre et l’au-delà. Inutile de chercher une version papier de cet ouvrage étant donné que les présentes histoires sont issues de deux recueils distincts : Tous ces pas vers l’enfer (aux éditions Glyphe) & C’est un peu la paix, c’est un peu la guerre (chez La clef d’argent). Des destins dissemblables, des situations ambivalentes, voire saugrenues, ces récits tendent pourtant vers une destination commune et tellement différente en fonction des protagonistes : l’enfer.

Un champ de bataille, une guerre civile, la mort ou la disparition d’un proche, chaque intrigue est une facette des peurs inhérentes à l’homme. Mais il se dégage un sentiment entremêlé de curiosité et d’appréhension au fil des mots. Étant donné le format court, il convient d’aller à l’essentiel. Dès lors, les circonstances sont vaguement esquissées afin de susciter l’intérêt et, peut-être, l’angoisse chez le lecteur/auditeur. On est porté par les témoignages des différents intervenants en se laissant flouer par leur point de vue pour découvrir en fin de parcours, un contexte à peine développé, mais qui suffit à vouloir en apprendre plus sur ce qui les entoure.

D’une durée inégale, les nouvelles forment une certaine continuité dans l’écoute avec leur lot d’interrogations et de frustration pour les meilleures d’entre elles. Le combattant nous propose de se pencher sur la brutalité d’un conflit dont on ignore tout, ainsi qu’une surprise finale bienvenue. Le sacrifice (la plus longue histoire) s’attarde sur le voyage sombre et sans lendemain d’un beau-père et de sa fille adoptive. De par son atmosphère, le style de l’auteur et sa conclusion désespérée concernant le genre humain, elle évoque : Je suis une légende de Richard Matheson ou La route de Cormac McCarthy. À la fois nuancé et abrupt, son aperçu de l’enfer se révèle sans doute le plus dérangeant.

La présence du Facteur est tellement furtive qu’il est difficile de retenir autre chose qu’un énorme point d’interrogation sur les mystérieux avis de décès qu’il donne à ses destinataires. Étrange, pour ne pas dire déstabilisant. Changement de ton avec Le cimetière de Rocheberne et Tu n’as pas fini d’en baver. Humour noir et sarcasme sont au rendez-vous dans des récits décomplexés où l’on appréhende la mort dans la peau d’un résident (permanent ?) d’un cimetière ou d’un cadavre frais. Les perspectives se nourrissent des idées reçues en les tournant habilement autour du simulacre de la disparition d’un proche et de la suite à venir après la lumière… À l’instar du Facteur, La bête intrigue tout autant sur sa nature que sur sa complicité avec son malheureux hôte.

Au final, Quelques pas vers l’enfer propose six histoires singulières contées avec mesure par un auteur talentueux. Style épuré et fouillé, le ton se veut parfois léger, parfois sombre et pessimiste. En tous les cas, l’originalité reste de mise. La subtilité des sarcasmes succède à un traitement pesant et nihiliste sur le devenir de l’humanité. Conforme à sa volonté de créer des récits engagés, Jean-Pierre Andrevon fait montre d’une excellente maîtrise technique dans l’exercice délicat de la nouvelle pour nous offrir un recueil modeste en apparence, mais riche dans ses intentions. Un plaisir court et non moins délectable pour l’esprit et les oreilles.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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