Hamelin

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Auteur: André Houot

Editeur: Glénat

Genre: Fantastique

Résumé :

Oyez oyez l’invraisemblable histoire des enfants d’Hamelin qui rendirent un jour leurs parents orphelins… » Hamelin, un village allemand, au XIIIe siècle. Sur la place publique, les villageois se désespèrent auprès de leur bourgmestre : les rats prennent tellement leurs aises qu’ils ont été jusqu’à tuer un homme ! Le bourgmestre finit par faire appel à un étrange dératiseur. Cet étranger inquiétant entreprend de charmer les rats avec sa flûte, de les mener hors de la ville et de les noyer dans la rivière. La ville est enfin débarrassée des rats ! Seulement les habitants ingrats refusent de payer leur sauveur. Celui-ci décide alors de se venger en s’occupant des enfants du village comme il s’est occupé des rongeurs.

Avis :

Le joueur de flûte d’Hamelin est l’une des légendes allemandes les plus célèbres. Si les écrits la narrant remontent au XIVe siècle, elle se situe en 1284. Tout le monde a entendu parler de l’histoire. Maintes déclinaisons au fil des siècles en ont fait l’un des récits les plus populaires qui soient. Depuis quelques années, les contes ont connu une résurgence surprenante dans nos médias (cinéma, séries, romans et BD) grâce à des interprétations plus matures. On enlève le vernis de la féerie, des bonnes mœurs et d’une certaine candeur pour conserver le matériau brut, ainsi qu’un contexte d’époque sans complaisance. Dans cet ouvrage, on reprend la même recette en s’adressant clairement à un public adulte et, au passage, féru d’histoire(s).

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Ce qui frappe de prime abord en ouvrant l’album, c’est le soin apporté aux dessins qui égrènent les vignettes. On reste dans des tons monochromes pour retranscrire un Moyen-Age peu flatteur. C’est bien simple, le souci du détail sur chaque personnage, chaque élément de l’architecture et sur l’environnement compris dans sa globalité confèrent à une volonté de dépeindre des tableaux miniatures qui ne sont pas sans rappeler le travail fouillé d’Albrecht Dürer. On ne parlera pas de jeux de lumière, mais l’équilibre entre le noir et blanc offre de magnifiques perspectives à contempler. À cela, s’ajoute la crasse ambiante, tant dans les ruelles que sur la population indigente.

L’atmosphère oppressante devient vite pesante face à une époque aussi dure qu’ignorante. Néanmoins, elle possède davantage de points communs avec la nôtre que l’on pourrait croire. Outre son dénouement et la morale qui en découle, le fait d’exposer une société peuplée d’imbéciles et de pleutres incapables de respecter sa parole sont autant d’éléments d’actualité qui s’appliquent à la piètre situation socio-économique dans laquelle nous nous trouvons. L’exemple le plus atypique réside dans la condamnation du cochon au début de l’histoire, à la fois drôle et pathétique devant tant d’absurdité.

Dans le même registre, les faciès hideux, aux expressions grotesques, illustrent parfaitement ce sentiment malsain et délétère que dégagent les pages. Hormis le mystérieux joueur de flûte, on n’a pas vraiment de personnages principaux à mettre en avant, mais surtout une succession de destins qui s’entrecroisent dans un cadre spatial et temporel commun. Exception faite d’Alberic, son petit frère Helmut et la séduisante Éva, les seconds rôles trouveront une place de choix pour témoigner des événements étranges (presque surnaturel) dont ils seront les malheureux acteurs. Malgré la brièveté de l’ouvrage, la caractérisation ne souffre d’aucune faiblesse. Entre compassion pour les uns et aversion pour les autres, l’alchimie fonctionne.

Cette adaptation reste assez fidèle à l’histoire originale tout en y apportant la patte marquante de l’auteur. La trame est bien écrite et fait se succéder les différents moments clés de l’intrigue dans un environnement bien exploité et, surtout, réaliste. D’ailleurs, les notes de fin montreront quelques clichés ou dessins de l’époque pour appuyer son inspiration, ainsi qu’une version courte de la légende. Cela s’étend sur seulement quatre pages, mais contrairement à des productions plus conséquentes et impersonnelles, a le mérite d’être présent, d’offrir un aperçu du travail accompli et, si la légende vous passionne, proposer de nouvelles pistes d’explorations pour poursuivre vos recherches.

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Au final, Le joueur de flûte d’Hamelin vu par André Houot étonne par sa beauté esthétique. On y découvre un Moyen-Age d’une rudesse peu commune et impitoyable envers les faibles. Entre réalisme et fantasme de l’histoire originale, on parcourt les pages assez rapidement et sans accroche grâce à une ambiance sombre et pesante, ainsi qu’une progression fluide. Il en ressort un récit âpre, doté d’indéniables qualités graphiques et narratives (on retrouve le vocabulaire de l’époque dans une certaine mesure et pour ne rien gâcher, quelques rimes bien senties). Une fable à la morale nihiliste qui reste furieusement d’actualité.

Note : 17/20

Par Dante

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