avril 13, 2021

Une Hache pour la Lune de Miel

Titre Original : Il Rosso Segno Della Follia

De : Mario Bava

Avec Laura Betti, Femi Benussi, Stephen Forsyth, Luciano Pigozzi

Année : 1970

Pays : Italie, Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

Un homme se sent incapable de contrôler ses pulsions, qui le poussent à vouloir tuer de jeunes femmes revêtues de leur robe de mariée.

Avis :

Entre la fin des années 1950 et les années 1970, Mario Bava s’est imposé comme un véritable orfèvre du septième art. De ses incursions gothiques particulièrement sophistiquées à la création du giallo, pendant outre-alpin du slasher, le cinéaste s’essaye à de nombreux exercices de mise en scène par le biais de genres disparates, parfois aux antipodes. Au fil de ses productions, ce n’est pas tant la qualité des intrigues qui prévalent, mais un sens de la réalisation aigu. Il aime à se jouer du cadrage, des perspectives environnantes et d’une photographie souvent sublimée par de splendides effets de lumière, comme l’atteste Le Corps et le fouet. Cette approche quasi obsessionnelle se retrouve avec le présent métrage, mais pas forcément dans le sens où on l’entend.

Une Hache pour la lune de miel dépeint le parcours d’un tueur névrosé, parfaitement conscient de son état de déliquescence mentale. Également narrateur au fil de l’histoire, il impose d’emblée une vision biaisée de la réalité exposée au spectateur. Comment peut-on se fier au témoignage d’une âme gangrenée par la folie ? Au vu du chemin subjectif emprunté, on a donc tendance à prendre du recul, s’attendant à ce que les faits soient détournés avec une certaine malice. En un sens, c’est bien le cas puisque les meurtres commis n’ont pas la même portée que dans 6 Femmes pour l’assassin. L’incursion psychologique est ici beaucoup plus appuyée, renvoyant parfois aux théories freudiennes, voire au complexe œdipien.

Le fétichisme apparent permet d’évoquer le mariage, l’union officialisée d’un couple et son impact sur leur relation. En cela, le discours est assez sentencieux, voire cynique à certains égards. L’idéalisation de l’évènement s’agrémente d’une symbolique forte et connue de tous. On songe surtout à la connotation virginale des robes de mariée blanches qui, chez l’antagoniste, provoque un comportement monomaniaque. On pourrait même penser qu’il entrevoit cette pureté « inaccessible » et tant convoitée dans le reflet métallique de son arme, à la fois instrument de mort et de plaisir ; du moins de son point de vue.

Bien que le film demeure pudique, on distingue une tonalité érotique insufflée par cette idée du passage à l’acte. Le contact de la lame présente ainsi une autre forme d’intimité. Il en ressort une atmosphère très particulière qui annihile les repères moraux entre extase et souffrance. Mais l’approche pousse l’ambiguïté jusqu’à conférer une recherche de soi. En l’occurrence, le protagoniste souhaite faire la lumière sur un traumatisme survenu lors de son enfance. Les crimes deviennent prétextes à une réminiscence partielle des souvenirs. La construction narrative fait ensuite progresser le récit vers un jeu de faux-semblant que l’on retrouve à travers les flirts, mais aussi les investigations policières qui viennent se greffer en filigrane de l’intrigue principale.

On notera également d’autres éléments qui permettent de basculer définitivement dans la folie. On songe à la personnalisation des mannequins de plastique et à l’objetisation du corps de la femme. Ces deux aspects demeurent étroitement liés. Malgré une évolution qui présente quelques temps morts, celle-ci est suffisamment insidieuse pour flouer les contours de la réalité. Preuve en est avec les apparitions spectrales d’une victime dont on ignore la nature. Véritable hantise ou hallucination nourrie par une culpabilité grandissante ? L’angoisse latente tient alors à ces effets de transition déstabilisants, ces zooms improbables et ces reflets difformes, presque monstrueux, comme la psyché malade du tueur.

Bien qu’il s’éloigne de la sophistication de ses productions gothiques, Mario Bava s’essaye à un exercice psychologique troublant avec Une Hache pour la lune de miel. Sans pour autant s’y insinuer, on devine les codes propres au giallo dans sa présentation des crimes et la tonalité charnelle à laquelle ils renvoient. De même, le caractère obsessionnel et fétichiste du protagoniste évoque d’autres figures mythiques névrosées telles que Norman Bates dans Psychose. Le rapport à la mère et les fantasmes sexuels déviants à l’encontre de la gent féminine possèdent de nombreuses similarités. À noter que le métrage inspirera par la suite Maniac de William Lustig. C’est dire son influence sur une frange du septième art, même s’il demeure essentiellement connu (et apprécié) par les amateurs du cinéma de genre.

Note : 14/20

Par Dante

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