octobre 26, 2020

Ariana Grande – Sweetener

Avis :

La variété internationale, ou plus communément appelée Pop, est un genre un peu fourre-tout dans lequel on peut y mettre tous les styles radiophoniques avec quelques notes électro. Ici, on ne cherche pas à faire de la technique, mais on recherche le plaisir immédiat. Soit on touche avec les émotions, soit on donne envie de danser avec des rythmes joviaux et pétillants. Le problème avec la Pop contemporaine, c’est qu’elle est très calibrée. Ne jetons pas la pierre aux artistes qui, s’ils veulent percer, sont obligés de se soumettre aux volontés des maisons de disques et de leurs producteurs. Aujourd’hui, on peut classer la pop sous différents angles. En fonction de sa nationalité, comme par exemple, la variété française, mais aussi en fonction du genre qu’elle exploite, comme le Pop-Rock, la Pop-Electro ou même la Pop teinté de R’n’B. Bref, c’est la Pop, c’est un gros sachet coloré dans lequel on met ce qu’on veut, pourvu que ça passe à la radio et que ça fasse vendre.

Au niveau des artistes populaires, on se rend vite compte que la Pop est trustée par une poignée de chanteuses/chanteurs qui reviennent inlassablement tous les deux ans. Beyoncé, Rihanna, Lady Gaga, Ariana Grande sont autant de chanteuses qui, dès qu’un single sort, on en bouffe toute la journée jusqu’à la lie. Et c’est un gros problème. Un problème de diversité, un problème d’offre et de demande, un problème d’invisibilité pour d’autres styles et d’autres musiques. L’argent est devenu le vrai nerf de la guerre dans la musique et on se retrouve avec des dérives abjectes, comme récemment ce patron de maison de disques qui annonçait froidement que les artistes incapables de sortir un album tous les deux ans devraient se remettre en question. Privilégier la quantité à la qualité afin de toujours rester dans le vent. C’est un peu ce qu’est devenue la musique Pop, un repère de gens faisant le buzz, revenant inlassablement à la charge pour ne pas disparaître des médias et des réseaux sociaux.

Pour prendre un exemple précis des dérives de la musique Pop, on a décidé de s’arrêter sur le quatrième album d’Ariana Grande, Sweetener, qui est symptomatique de cet étalage de musique lambda. Pourquoi cet album ? Tout simplement parce qu’il est, selon les dires de la chanteuse, son plus personnel, mais aussi parce qu’il montre bien les tenants et les aboutissants de producteurs véreux et d’un choix de carrière qui commence à sentir l’hyper sexualisation à gogo. Alors autant vous prévenir de suite, si vous êtes fan de la chanteuse, préparer vous un gros verre d’eau, parce qu’avec le sel de ce papier, vous allez sûrement avoir soif.

Ariana Grande est une artiste qui commence sa carrière sur les planches de Broadway. Elle va ensuite faire de la télévision, puis lancer sa carrière musicale en 2013 avec l’album Yours Truly. Très rapidement en tête des charts, elle va être comparée à Mariah Carey pour sa voix qui couvre quatre octaves et avec laquelle elle peut utiliser la technique du sifflet, à savoir partir dans les aigus. Que l’on aime ou pas, force est de reconnaître qu’Ariana Grande est une bonne chanteuse. Elle a de la voix, elle a du coffre et finalement, elle ne démérite absolument pas son succès de ce côté-là. D’autant plus qu’en début de carrière, elle propose une musique Pop pétillante et colorée, avec des récits d’amour qui font frémir les jeunes donzelles. Ajoutons à cela un physique affriolant et les jeunes garçons tombent aussi sous le charme. Bref, avec tout ce bagage, avec sa culture à la fois italienne et américaine, avec ses featurings, Ariana Grande a tout d’une grande dès le début de sa carrière. Puis survient Sweetener.

Il s’agit d’un album particulier, qui survient après les attentats de Manchester qui visaient son concert et elle a voulu faire quelque chose en réponse, donnant beaucoup de poids à la production et aux paroles de cet effort. Et encore une fois, ce sera un bon succès pour la chanteuse. Ce qui est intéressant ici, c’est de voir pourquoi ça marche malgré un changement de cap dans le style. Car oui, exit l’électro jovial ou les efforts vocaux de malade, l’artiste veut coller à l’actu et propose donc une Pop urbaine et s’entoure pour le coup du très surcoté Pharrell Williams, de Nicki Minaj et de Missy Elliott, qui a toujours odeur de sainteté dans le rap ricain. Des collaborations qui forcent le respect, des titres qui font rapidement mouche comme Breathin et son refrain entêtant ou encore No Tears Left to Cry et le tout devient rapidement un véritable phénomène. Mais tout cela n’est-il pas un peu surfait ?

Car quand on jette une petite oreille attentive à l’album, dans son ensemble, on se rend compte, tout de même, qu’il est très inégal. Des morceaux comme Blazed ou encore R.E.M. seront peu intéressants. Soit parce qu’ils sont trop lents et répétitifs, soit parce qu’ils sont tellement calibrés, tellement dans un moule prédéfini, que l’on a l’impression d’avoir déjà entendu ce genre de titre mille fois. Ensuite, on verra que les collaborations sont assez factices. Pharrell Williams fait une apparition au début, mais il est en grande partie producteur de l’album. Nicki Minaj place un rap dégueulasse avant de se barrer et Missy Elliott, on est plus sur la note d’intention que le véritable duo. Sweetener est un album dans l’air du temps, qui est fait pour proposer des hits, des tubes, et passer un maximum de fois à la radio. Et c’est ce qui se passe. Un seul titre arrive péniblement aux quatre minutes, alors que tous les autres morceaux sont entre 3 et 3 minutes 30, le temps idéal pour les ondes.

Enfin, il y a un art qui se perd totalement dans la Pop contemporaine, les paroles. C’est bien simple, les thèmes abordés sont d’un ennui conséquent. Ariana Grande y parle d’amour, de rupture, puis encore d’amour, de tolérance, de paix dans le monde, et puis elle va faire un petit morceau pour son amoureux de l’époque, Pete Davidson. C’est, encore une fois, d’une naïveté crasse, et surtout, ça ne se positionne jamais dans un élan de révolte, dans un mouvement politiquement incorrect ou autre. On ne veut surtout pas choquer et si thème important il y a, ce sera le féminisme avec God is a Woman ou un retour sur les attentats de Manchester avec Better Off. C’est assez pauvre et c’est surtout hypocrite dans un sens. En effet, l’artiste joue constamment sur son image de petite fille modèle un peu délurée, elle joue de ses charmes pour vendre et derrière, elle va se plaindre d’être prise pour un bout de viande par quelques types obscurs. Pourquoi ne pas aborder ce thème plus souvent, pourquoi ne pas être plus incisif dans les textes ? Tout simplement pour vendre et s’éloigner de toute polémique qui pourrait nuire à son image.

Au final, Sweetener n’est pas un mauvais album, tout comme Ariana Grande n’est pas une mauvaise artiste, loin de là. On a juste la sensation d’avoir un talent complètement gâché par l’engrenage des réseaux sociaux et par une imagerie qui se veut trop sage et parfois un peu provocante, mais dans cette volonté de tout sexualisé à son paroxysme. Avec la voix qu’elle a, elle pourrait faire des performances incroyables, mais elle se contente de subvenir aux besoins primaires de ses fans, sans jamais les questionner sur des thématiques importantes ou sujettes à polémique. Il est bien loin le temps des Noel Gallagher et des Pete Doherty, qui faisaient de la bonne musique, des textes engagés et remuaient un peu la merde du politiquement correct et du lissage systématique des maisons de disques et de production.

  • Raindrops (An Angel Cried)
  • Blazed feat Pharrell Williams
  • The Light is Coming feat Nicki Minaj
  • R.E.M.
  • God is a Woman
  • Sweetener
  • Successful
  • Everytime
  • Breathin
  • No Tears Left to Cry
  • Borderline feat Missy Elliott
  • Better Off
  • Goodnight N Go
  • Pete Davidson
  • Get Well Soon

Note: 08/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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