mars 7, 2021

Le Seul et Unique Ivan

Titre Original : The One and Only Ivan

De: Thea Sharrock

Avec Bryan Cranston, Ariana Greenblatt, Ramon Rodriguez, Eleanor Matsuura

Année: 2020

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie, Drame

Résumé :

Ivan est un gorille de 200 kg qui vit avec ses amis, l’éléphante Stella et le chien Bob, dans le centre commercial d’une banlieue américaine. Il mène une vie paisible et ne lui reste que de vagues souvenirs de la jungle où il a été capturé. L’arrivée d’une toute jeune éléphante, la petite Ruby, qui vient tout juste d’être arrachée à sa famille et à la vie sauvage, va profondément le remuer et remettre en cause ses convictions. Sa tristesse amène Ivan à s’interroger sur sa propre existence, ses origines et son destin.

Avis :

Les histoires vraies alimentent constamment les salles obscures. Il faut dire que c’est une manne importante d’histoires extraordinaires qui peuvent jouer sur les émotions. Initialement prévu pour les salles obscures au mois d’Août, la pandémie de Covid-19 aura eu raison du film Le Seul et Unique Ivan. Histoire plus ou moins véridique sur un gorille qui fut enfermé dans un cirque durant 27 ans, le métrage de Thea Sharrock est surtout une adaptation du roman de K. A. Applegate sorti en 2015. Et Covid ou pas, il semble plus judicieux aujourd’hui de sortir le film sur la plateforme de streaming, pour s’assurer une moindre visibilité. Cependant, les salles se seraient-elles remplies avec ce film ? Pas sûr, car non seulement l’histoire est trop peu connue, mais surtout, le film est relativement mauvais.

Gare au Gorille

La première chose qui frappe quand on regarde ce film, c’est la présence d’animaux en numérique. Et si la chose peut être bien faite, avec des détails importants, notamment sur les poils ou les plumes, on voit immédiatement que ces bestioles ne sont pas réelles. Et cela va poser un vrai souci de projection dans le film, mais aussi de ressenti. En fait, rien ne fait vrai, rien ne fait réel, rien ne fait honnête. En plaçant ces animaux en CGI, les relations sont factices. Et que ce soit entre les animaux eux-mêmes ou avec les personnages humains, on s’en fout un peu, la faute, justement, à un manque de réel dans l’image. Et si Ivan est très beau et imposant, il reste factice. De ce fait, il va être difficile de ressentir de l’empathie pour les animaux, que l’on va prendre pour des amas de pixels. L’exemple le plus flagrant est la mort d’une éléphante qui se veut triste, mais dont on se fout éperdument.

Et pour aller encore plus loin, les acteurs qui jouent dans le film sont assez mauvais. Bryan Cranston tente le tout pour le tout pour sauver le film du naufrage, mais il rame sévère. Il joue un personnage à la fois énervant et touchant, mais qui ne trouve jamais de juste milieu pour nous toucher. Quant aux autres personnages, on restera circonspect devant le non-jeu de la gamine qui se lie d’amitié avec le gorille, et encore plus avec son père. Il faut dire qu’ils n’ont pas d’épaisseur et hormis le fait qu’ils ont besoin du cirque pour survivre, on ne sait rien sur eux. Mais la chose la plus étonnante reste le casting vocal ahurissant (Sam Rockwell, Angelina Jolie, Helen Mirren, Danny DeVito) et qui ne donne pas forcément plus de vie à ces boules de poil.

L’Apologie du Statisme

L’autre gros défaut du film, hormis son amour immodéré pour les bestioles qui papotent, c’est que la mise en scène n’a rien de grandiloquent ni même d’intime. Thea Sharrock n’arrive pas à donner du coffre à son métrage. On en sait pas trop en quelle année nous sommes. On ne sait pas trop en quoi c’est utile d’avoir un cirque dans un tout petit centre commercial. Et surtout, on reste constamment sur place. Les séances se suivent, les animaux dans leur cage bavassent et nous, spectateurs, on s’emmerde sec. Il ne se passe absolument rien. Le film est comme bloqué dans son histoire, n’arrivant pas à lui donner du sens, n’arrivant pas à retranscrire parfaitement l’envie d’évasion de ces bêtes. La réalisatrice semble se contraindre à tout raconter dans les cages, et c’est un peu triste.

Alors peut-être que c’est pour l’ennui de ces bêtes. Peut-être que ce statisme est là pour montrer l’inactivité des animaux. Mais en ce cas, le film se tire une balle dans le pied et n’arrive pas à rendre l’ensemble touchant. La faute à des dialogues à rallonge, des flashbacks banals et surtout très moches visuellement et une redondance des scènes qui frôle parfois le foutage de gueule. Et puis il y a un gros souci avec le scénario du métrage dans sa retranscription. En effet, à la fin du film, on nous montre les images d’archive d’Ivan et outre le fait qu’il est bien embelli dans le métrage, le côté « dessinateur » est vraiment abusé. Là où un singe frotte un crayon sur une feuille, ici, on nous met en avant un singe capable de faire un décor d’extérieur avec de la peinture à doigts. On nous prend vraiment pour des cons…

Au final, il n’y a pas grand-chose à dire de plus que Le Seul et Unique Ivan. Le film est plutôt mauvais et reste cloîtré dans un immobilisme qui fait froid dans le dos. Si les enfants seront certainement ravis de voir un éléphanteau se cracher de l’eau sur la tronche ou un chien péter, les adultes s’ennuieront sévère. Le message libertaire des animaux de cirque aurait pu être intéressant, sauf si c’est pour finir dans une autre prison, un zoo. Le parti pris du métrage demeure nébuleux et chacun végète dans son trou, humain comme animaux en CGI, laissant le spectateur face à un dilemme moral complexe : se dire que Disney a perdu la bataille du streaming ou se dire qu’heureusement, ce film n’est pas sorti au cinéma.

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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