octobre 24, 2020

L’Etau

Titre Original : Topaz

De : Alfred Hitchcock

Avec Frederick Stafford, Dany Robin, John Vernon, Karin Dor

Année: 1969

Pays: Etats-Unis

Genre: Policier, Thriller

Résumé:

Boris Kusenov décide de passer à l’Ouest, avec sa femme et sa fille. Son évasion est organisée et en échange de cette liberté il informe les Américains sur un trafic d’armes Russes à Cuba. Un espion français est alors parachuté à Cuba où, il obtient de précieux renseignements.

Avis :

Au début des années 60, Alfred Hitchcock va fournir deux films exceptionnels qui vont marquer le septième art à tout jamais. Tout d’abord il livre Psychose, qui posera les jalons du Slasher pour les années à venir, puis il enchaîne avec Les Oiseaux, où il revisite le film de monstre. Très souvent en avance sur son temps, il va petit à petit renouer avec une certaine sobriété, privilégiant par la suite des intrigues tortueuses avec une mise en scène plus classique. Pas de Printemps Pour Marnie sera là pour en attester, puisqu’il s’agira d’un thriller psychologique moins marquant que les deux films précédents. Au milieu des années 60, le réalisateur britannique va être obnubilé par une chose, la guerre froide. Les espions, le rideau de fer, la course à l’armement seront autant de sujets qui vont faire fantasmer Hitchcock. De ce délire découleront deux films, le sympathique Le Rideau Déchiré, et le film qui nous préoccupe aujourd’hui, L’Etau.

Après avoir fait voyager un espion américain du côté Ouest du mur de Berlin pour récupérer des informations sur des armes anti-missiles, Alfred Hitchcock va continuer son analyse de la situation de la guerre froide en prenant pour lieu Cuba et la Russie, avec un espion français qui va bosser pour le gouvernement américain. Un petit bordel qui va pourtant parfaitement s’exécuter sous nos yeux. Le film débute avec l’évasion risquée d’un homme d’affaires russe qui va trouver un asile politique aux Etats-Unis. Il est alors gardé et protégé en échange d’informations importantes concernant des missiles que les russes auraient donné à Cuba. Un espion français est alors envoyé à Cuba pour prendre des informations concrètes, car il a un indic sur place. Il va alors découvrir un complot important et dangereux. Complémentaire de son film Le Rideau Déchiré, Alfred Hitchcock va essayer de rendre son film international, pour montrer les tenants et les aboutissants de certaines politiques un peu fallacieuses.

Et c’est bien là tout le sel du film qui va se dérouler à plusieurs endroits à la fois, en Russie, aux Etats-Unis, à Cuba, puis en France. En plongeant son intrigue dans un complot à l’image internationale, le cinéaste va pouvoir pointer du doigt des rouages pas très catholiques pour parvenir à des fins dangereuses. Avec L’Etau, on surtout voir que les espions sont partout, que les traitres sont aussi nombreux et qu’il y a toujours des accointances politiques entre pays, même pour ceux qui ne sont pas alliés. A partir du moment où il y a du brouzouf à se faire, les alliances politiques éclatent. Ainsi donc, en maintenant cette intrigue jusqu’à son point final, Alfred Hitchcock offre quelque chose de très intéressant, de très tendu par moments et dresse un portrait peu flatteur de la politique globale. Entre des dirigeants qui envoient au casse-pipe des larbins espions ou encore des grands pontes qui trompent leur monde pour une poignée de dollars, on se rend compte que la vision du réalisateur est particulièrement cynique.

Cependant, si le fond est très intéressant et que le traitement s’avère intelligent, L’Etau va souffrir d’un gros défaut, son rythme. En effet, comme tout film d’Hitchcock, le cinéaste va prendre son temps pour placer son intrigue, pour présenter ses personnages et pour les mettre dans des situations délicates. Si l’introduction est plus vive que d’habitude, avec une évasion tendue, on va vite tomber dans des dialogues assez longs, des explications un peu redondantes et des moments qui manquent d’impact sur le scénario. Les discussions entre le « héros » et son homologue américain qui l’envoie en mission sont par exemple assez pénibles et n’apportent pas grand-chose à l’intrigue. Le passage à Cuba est très intéressant, mais il comporte quelques longueurs dispensables. Alors bien évidemment, cela permet aussi de s’appesantir sur des moments-clés de l’intrigue et de donner plus de force à certaines séquences, comme la mort d’une femme, mais l’ensemble reste tout de même assez lourdingue.

D’autant plus que la mise en scène du réalisateur reste relativement basique. On est loin des saturations colorées d’un Sueurs Froides, de la sensualité d’un La Main au Collet ou encore de moments angoissants comme dans Psychose. L’Etau n’est pas un film raté, loin de là, il est juste un film auquel il manque une poigne, une vision forte et plus marquante. Comme pour son film précédent, Hitchcock semble vouloir revenir à une sorte de sobriété dans la mise en scène pour mieux poser son scénario, mais ça ne marche qu’à moitié. Le mordant, on l’aura sur certaines séquences, où l’émotion fonctionne parfaitement, comme la relation entre l’espion français et son indic à Cuba. Ou encore une mort qui va être touchante et filmée de façon très pudique. Mais globalement, on peut y voir une certaine fainéantise dans la mise en scène.

Fort heureusement, les actrices et acteurs du film sont resplendissants et à fond dans leurs rôles. Frederick Stafford campe un espion français un peu ingénu, parfois un peu naïf, qui a tendance à donner son boulot à faire à d’autres espions, mais il reste touchant, notamment dans sa relation avec les femmes, mais aussi dans son aspect victimaire. Il reste un personnage qui subit plus qu’il n’agit et cela en fait un héros fragile, mais nécessaire. A ses côtés, on trouvera un casting international, avec notamment un Michel Piccoli froid comme la glace et un Philippe Noiret dans un rôle totalement inhabituel, où sa bonhommie s’efface pour camper un personnage mesquin. John Vernon va quant à lui jouer le rôle du cubain très méchant, et son charisme, ainsi que ses yeux bleus, vont lui permettre d’être glacial, froid, un peu caricatural sur les bords, mais avec tous les traits du colonel qui veut faire la nique aux américains. Du côté des femmes, Karin Dor est bouleversante dans le rôle de l’espionne cubaine éprise de l’espion français. Sa relation est très touchante et sa destinée tragique. Quant à Dany Robin, elle est aussi parfaite dans le rôle de la femme de l’espion, qui elle-aussi va subir les actes de son mari.

Au final, L’Etau est un film assez mineur dans la carrière d’Alfred Hitchcock. Si le fond est très intéressant et plutôt rondement mené (du moins, mieux que dans Le Rideau Déchiré), il manque à ce film un rythme idéal pour mieux faire avancer cette enquête et ce réseau d’espions. La mise en scène n’est pas suffisamment marquante et appuyée et les personnages manquent parfois d’épaisseur pour se faire plus empathiques. Fort heureusement, les acteurs sont vraiment bons et ce casting international force le respect. Pour faire bref, L’Etau est peut-être le film le plus faible de la filmographie d’Hitchcock, mais il n’en demeure pas moins un métrage qui met en exergue les démons de la guerre froide.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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