septembre 28, 2020
BD

Horseback 1861

Auteurs : David Hasteda et Nikho

Editeur : Ankama

Genre : Western

Résumé :

États unifiés d’Amérique, 1861. Après le Texas et l’Oklahoma, c’est le Kansas qui devient le 34e État de l’Union. Après une décennie de Guerres indiennes, l’assassinat d’Abraham Lincoln, la réélection houleuse du Président Richard L. Clarks et sa politique d’expansion agressive, le spectre d’un conflit fratricide n’a jamais été aussi présent. L’opposition naturelle entre les États Nordistes et Sudistes semble s’être déplacée. C’est l’Union entière qui s’apprête à envahir les territoires de l’Ouest. Dans le tumulte ambiant, une société de convoyage tire avantage des difficultés de liaison entre les deux blocs. Non loin de Topeka, la capitale du Kansas, la Randall Delivery s’est installée dans le fort abandonné de Hill Haven. Redford J. Randall, son propriétaire, ancien chasseur de primes renommé mais retraité, va accepter un contrat qui risque de changer le destin du pays tout entier. C’est toute son équipe qui se retrouve empêtrée dans une sordide affaire de génocide indien…

Avis :

Dans le monde du neuvième art, le western tient une place de choix. Des séries comme Blueberry, Bouncer, Undertaker ou encore Angela montrent que le genre est apprécié, notamment dans les petites cases. Cependant, aujourd’hui, rares sont les séries à s’aventurer dans ce genre, faute, certainement à des ventes correctes. Le public s’oriente plus facilement vers de la Fantasy ou du Policier et le genre tombe un tout petit peu en désuétude. Pour autant, le genre n’est pas mort, et il retrouve même ses lettres de noblesse grâce à Ankama, David Hasteda et le dessinateur Nikho dont c’est la première œuvre. Car avec Horseback 1861, on assiste non seulement à une histoire nerveuse et intéressante, mais aussi à la création d’un univers qui ne demande qu’à être étendu.

L’histoire de ce western est assez simple. Un ancien chasseur de primes se range et fonde une société de transport. Les Etats Unifiés s’ouvrent de plus en plus vers l’Ouest, mais de nombreuses cargaisons sont attaquées en cours de route. Le gouvernement de l’agriculture fait alors appel à la société de cet ancien chasseur pour apporter de l’engrais spécial à San Francisco. Pour y parvenir, il va falloir traverser tout le pays, dont les terres indiennes. On reste donc dans quelque chose de classique, un road trip avec cinq héros très marqués, qui vont devoir faire face à des menaces diverses et variées pour arriver à bon port. Bien évidemment, des situations délicates et des retournements de situation seront à prévoir.

Avec ce scénario, relativement épuré, les deux auteurs veulent livrer un western âpre et dégraissé, qui laisse la part belle à l’action et aux personnages. On ne perd pas une seconde, le tout va très vite, on assiste à des dialogues qui fusent comme des balles, et à des affrontements violents qui montrent les capacités de chacun. A travers cette histoire revisitée des Etats-Unis (d’ailleurs, ce sont les états unifiés), on va y voir des querelles, des guerres et des manigances politiques pour asservir tout un peuple au nom d’un seul et unique président. Horseback 1861 montre alors un racisme exacerbé envers les indiens, mais aussi envers tous les étrangers, comme les français à la Nouvelle-Orléans. Mais la BD dénonce aussi les magouilles politiques pour faire des génocides et les manipulations dont sont capables les dirigeants pour garder leur place. En bref, derrière le côté fun et un peu punk de l’ensemble, il y a des messages importants et toujours d’actualité.

Les personnages sont aussi très intéressants et ils ont tous un truc qui les rend unique. Nous avons donc cinq personnages, qui nous sont présentés brièvement, mais qui vont avoir droit à un flashback sous forme de mini-roman au milieu du récit. Cela ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe, et la façon de faire est très maline, donnant de l’épaisseur à tout un chacun. Ainsi donc, Si Randall est le chef de la bande, un vieux briscard sympathique, on appréciera particulièrement ses coéquipiers. Comme sa fille, Jackie, une rouquine aimante au tempérament de feu. Ou encore Ripp, cowboy à la gâchette précise et au bagou facile. Ou bien Isiban, un indien musclé et fidèle à son peuple, mais possédant une grande tolérance. On peut aussi évoquer Mara, jeune black, ancien esclave érudit qui s’est enfui de sa condition avec une hyène apprivoisée, Bain-Marie. Bref, tout ce petit monde est très attachant et compose le cœur du récit.

On restera un peu plus de marbre avec les antagonistes. Même si on se doute un petit peu de l’histoire du complot politique, il manque au récit un véritable méchant. On ne voit que très peu le président, le méchant de l’histoire arrive un peu comme un Deus Ex Machina, et seul le haïtien raciste aura un peu de textures. Si cela n’entache pas vraiment le récit, on sent qu’il y a un manque de ce côté-là. Il manque une vraie Némésis.

Enfin, parlons un peu du dessin, puisque c’est la première BD de Nikho. Le début est assez surprenant. Le trait est vif, les couleurs qui débordent font un effet visuel très agréable, mais on pourrait croire que l’ensemble manque de finesse. Pour autant, petit à petit, on va se faire au dessin, au trait, et tout cela s’accorde parfaitement avec les intentions du scénario. Le coup de crayon est rapide, les mouvements sont très bien exprimés et les couleurs chaudes parviennent à nous faire ressentir une certaine suffocation. De plus, il règne dans cette BD une certaine mélancolie, notamment avec le personnage d’Isiban et le dessin arrive à créer quelque chose qui rentre en osmose avec cette sensation. Ajoutons à cela un cadre dynamique et une présentation qui évoque le cinéma de Tarantino ou la violence sèche d’un Carpenter (dont un hommage sera fait dans les remerciements) et on obtient un objet particulièrement réussi.

Au final, Horseback 1861 est un western que l’on conseille fortement. Outre un scénario bien dégrossi et terriblement efficace, scénariste et dessinateur travaillent main dans la main pour fournir une bande-dessinée ultra cohérente entre le récit et le dessin. Dotée de personnages attachants, la BD nous donne l’envie de nous replonger dedans très vite dans cet univers qui ne demande qu’une chose, être étendu.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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